Débats Sports

Une franchise américaine peut-elle s’installer durablement en Europe ?

Que ce soit en NFL ou en NBA, via le Commissionnaire Roger Goodell ou son vis-à-vis du ballon orange David Stern, la rumeur de l’installation d’une franchise en Europe se fait de plus en plus insistante. Mais nous n’y croyons pas.

Pourtant les ligues américaines y mettent du leur. Depuis 1992, symbole de l’ouverture au monde de la puissance médiatique des sports américains, et en l’occurrence du basket NBA, les États-Unis n’ont pas lâché ce marché si lucratif. Ils ont mis en places plusieurs leviers pour maintenir l’intérêt des européens sur leurs championnats, mais les diverses annonces de mise en place d’une équipe à plein temps sur le vieux continent n’est qu’une tactique de plus.

Que ce soit via l’envoi de groupes d’émissaires sportifs aux grands championnats, comme la Dream Team 2012, ou par la signature de pointures européennes comme Tony Parker, Pau Gasol ou Dirk Nowitzki pour attirer les publics français, allemand ou espagnol, les U.S.A. savent créer une attente et décupler l’intérêt que procurent la NBA et la NFL dans nos pays.

Des pays qui, soyons honnêtes, ne sont pas habitués à voir un tel spectacle dans une salle de basket, et a fortiori sur un terrain de football américain. L’explosion de la bulle internet au début des années 2000, et du streaming, a définitivement fait de la NBA et de la NFL, les plus grandes ligues au monde. Aujourd’hui, afin de combler la perte d’intérêt (et d’argent) créée entre autre par les lock-out, les ligues avancent leurs pions pour maintenir l’intérêt des fans européens.

La ligue majeure de football américain est celle qui paraît la plus avancée dans l’installation pérenne d’une franchise sur le sol européen. Depuis maintenant plusieurs années, la ligue organise un match à Wembley. Bien entendu c’est loin d’être le plus attractif de l’année. La saison régulière comporte 16 matchs, c’est peu, et seulement 8 sont disputés à domicile. Le fait de se rendre à Wembley comporte donc une perte majeure de bénéfices pour l’équipe jouant à domicile. Le plus souvent c’est donc une équipe de second rang qui a du mal à remplir ses tribunes qui doit se rendre en terre anglaise pour y recevoir son adversaire.

Bonne nouvelle pour la ligue, les tribunes du stade légendaire londonien sont pleines. Et cette manifestation se répétera encore durant quelques années puisque la NFL a conclu un contrat avec la franchise des Rams de Saint Louis pour venir disputer un match par an durant trois saisons, mais la franchise s’est défilée devant les menaces de la ville. La Ligue ne désespère pas et ce sont désormais les Vikings qui sont favoris pour traverser l’atlantique. Mais quand bien même ces matchs auraient bien lieu, peut-on vraiment considérer cela comme des prémices d’une installation à long terme ?

Sans aucun doute non. De nombreux points d’interrogation demeurent, aussi bien en NFL qu’en NBA, ou là encore quelques matchs de saison régulière ont été disputés à Londres.

  • Quid de la franchise ? Le nombre d’équipes est fixe. 32 pour le football, 30 pour le basket. Si une franchise doit venir s’installer en Europe, une franchise doit mourir aux États-Unis. Que ce soit les fans, les investisseurs ou les propriétaires actuels, ils n’ont pas clairement démontré leur enthousiasme à cet égard. La ville de Seattle, berceau de la franchise des Supersonics a déjà énormément de mal à retrouver une franchise NBA, alors imaginons si Paris demande l’installation d’une équipe ?
  • Quid des joueurs ? En cas de transfert d’une équipe, tous les joueurs seront d’office sous contrat avec la nouvelle franchise. Mais à l’issue de leurs contrats, quelle proportion de joueurs voudra prolonger dans une équipe demeurant à des milliers de kilomètres de leur famille, et quels seront les free agents attirés par de tels horizons ? A coup sûr, pas les meilleurs.
  • Quid des matchs ? Comment seront organisés les déplacements ? En football américain, les déplacements à l’autre bout des États-Unis sont légions, car les deux conférences n’ont pas été organisées selon un système géographique logique. Se rendre en Europe pour les Patriots de New England (Boston) ne sera donc pas si différent que si les 49ers de  San Francisco se rendent à New York. Au rythme d’un match par semaine, les déplacements sont envisageables pour les visiteurs, mais l’équipe demeurant en Europe pourra-t-elle réellement tenir le calendrier actuellement en vigueur d’un match à domicile suivi d’un match à l’extérieur ? S’agissant de la NBA le problème est plus profond. La Ligue a déjà eu du mal à gérer les back-to-back-to-back (3 matchs en 3 soirs), comment pourra-t-elle organiser un déplacement en Europe qui risque de prendre une semaine complète de calendrier. Et là encore, le calendrier de la franchise européenne sera très problématique.
  • Quid du pays hôte ? En NBA, les pays désireux risquent d’être nombreux. Italie, Espagne, France voire Turquie ou Russie seront à coup sûr partants pour accueillir une franchise. Le problème se pose pour la NFL. Quel pays comporte une faction de fans capables de s’attacher immédiatement à une franchise. Le fait d’installer une franchise NFL en Angleterre ne signifie pas de plus que les fans allemands s’y sentiront proches. Et hormis ces deux nations, aucun autre pays en Europe ne peut décemment prétendre à accueillir une franchise dans des conditions un tant soit peu similaire à celles des U.S.A.

C’est une belle proposition, mais qui manque encore de profondeur et de solutions pour devenir réellement concrète. Pour le moment, ce ne sont que des manœuvres publicitaires. Du vent.

  • MarcFitt

    C'est tout bonnement impossible qu'une franchise américaine puisse s'installer en Europe. Rien que pour les déplacements, ce serait se faire du mal pour rien.
    De plus, la NFL n'est pas assez médiatisée en Europe pour espérer que le public s'y intéresse dès le lancement de la franchise. Et en général, les franchises américaines n'aiment pas attendre…

    Bref, un nouveau rêve de la part d'américains idéalistes mais pas réalistes.

    • Les dirigeants de ligues américaines ne sont pas des "idéalistes" ce sont des financiers. Installer une franchise en Europe serait l'occasion de capter un nouveau public et de générer davantage de recettes marketing, billetterie, droits TV.
      Là où le bas blesse, c'est que précisément je peine à voir la valeur ajoutée qu'apporterait d'avoir une franchise à Londres par exemple, si cette dernière ne devient pas de suite une équipe jouant le haut du tableau. Le risque de voir la franchise européenne réaliser une saison à la "Charlotte Bobacts" est quand même très élevé. Les carrières NBA sont courtes, à l'instar de Jag je ne vois quel joueur prendrait le risque de partir dans une franchise à l'étranger dont les ambitions sportives seraient au moins dans un premier temps plus que limitées.

  • Philo_Dox

    Un article très intéressant. Je répondrai de suite NON.

    Je vais parler de la NFL que je connais mieux mais installer une franchise NFL en Europe est tout bonnement impossible, que ce soit économiquement ou selon l'environnement.

    En Europe seuls les allemands ont les infrastructures avec un public connaisseur pour "accueillir" une franchise nord américaine (je vais plus loin que la NFL puisqu'on a aussi la CFL au Canada)
    L'exemple du foot US en France est déjà criant, peu de spectateurs, peu de reconnaissance et les équipes manquent même parfois de joueurs dans certains clubs !

    Côté économique, le retour sur investissement serait très très long (et encore je suis même pas sur que ce serait rentable) Quand on sait qu'une franchise de NFL peut valoir 2Milliards d'Euros (Dallas Cowyboys), ca me semble impossible de voir une franchise s'ouvrir en Europe.

    Le match qui se déroule à Londres est surtout voulu pour internationaliser un des sports majeurs US contrairement au basket ou au hockey. Ni plus ni moins. Il n'y a pas de coupe du monde ou de championnat mondial de football américain donc c'est un match important.