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Premiers pas des Wildcats

Intervenant régulier sur Débats Sports, Anthony Dubourg commet un nouvel article sur l’actu NBA. Draftologue confirmé, Anthony nous livre son analyse sur la gestion des Wildcats dans la longue durée, et sur leur prestation dans l’opening night de la NCAA. 

Plus que le renvoi de Mike Brown, l’événement basket de la nuit de vendredi à samedi était la reprise de la saison universitaire, l’occasion pour nous de débuter notre couverture de la NCAA pour les initiés comme pour les néophytes, impatients de connaître les stars de demain. A tout seigneur tout honneur, nous commençons par les Champions 2012 : les Kentucky Wildcats.

 

Qui sont les Wildcats ?

Dans le basket universitaire, le coach est roi, et la rentrée permet de retrouver, en même temps que la voix de l’éternel Dick Vitale, commentateur Hall-of-Famer, les figures emblématiques que sont les entraineurs historiques (Roy Williams, Rick Pitino, Tom Izzo, Mike Krzyzewski). John Calipari, dont la carrière d’entraineur est déjà longue, apparait comme le technicien le plus controversé. L’entraineur de Kentucky s’est distingué ces dernières années en parvenant à acheter attirer certains très gros prospects.

C’est un temps fort de l’année NCAA, le recrutement voit chaque année les plus gros programmes se battre pour obtenir le « commitment », l’engagement, des meilleurs lycéens. Les arguments de vente officiels pour faire venir les jeunes restent les mêmes. La possibilité de progresser sous les ordres d’un entraineur réputé, on en revient à l’aura de ces développeurs de jeunes talents, demeure le premier avantage proposé par les universités.

L’attrait que peut exercer un campus, la présence de joueurs de qualité dans l’équipe ou encore le palmarès et l’Histoire de l’université sont également fièrement mis en avant.

Derrière les méthodes officielles se cachent presque systématiquement des manœuvres occultes qui ont à voir soit avec du versement de liquide sous la table, soit de manière plus subtile. Ainsi, l’on peut parfois constater avec amusement la coïncidence du recrutement d’un joueur de premier plan avec l’embauche de l’un ou plusieurs de ses proches dans l’administration de l’université en tant que responsable(s) photocopie ou qu’enseignant du 8ème degré en mécanique rabelaisienne appliquée aux plantes. La signature de l’entraineur au lycée comme assistant de l’équipe est également monnaie courante.

Celui que l’on surnomme Coach Cal’ est passé maître dans le domaine du recrutement. Il surfe ainsi sur la nouvelle règle édictée par la NBA il y a quelques années. Cette dernière interdit aux lycéens de faire directement le saut vers la NBA, ce que les plus talentueux faisaient, impatients de réaliser leur rêve et certains d’être choisis haut à la draft.

En conséquence, chaque année livre son cru de « one-and-done », ces joueurs qui passent par la case NCAA pendant une année avant de s’envoler vers d’autres cieux. Si les one-and-done restent des compétiteurs, l’important pour eux demeure tout de même de ne pas faire baisser leur cote durant la saison afin de ne pas tomber dans la draft.

S’ils affectionnent particulièrement Calipari, c’est peut-être autant pour ses qualités de promoteurs de talents que pour sa capacité, régulièrement remise en question, à faire progresser ses joueurs. La faculté de l’homme fort de Kentucky à placer ses poulains aux premières places de la draft ne sont plus à démontrer.

Précédemment entraineur des Memphis Tigers, il y avait eu sous ses ordres Tyreke Evans, et avant lui, Derrick Rose, dont la triche au test d’évaluation scolaire du SAT est, en outre, avérée à l’heure actuelle.

Probablement bon défenseur dans sa jeunesse, Calipari sait marquer son prospect de près en l’appelant régulièrement, ainsi que ses parents, lors de ses années lycée pour prendre de ses nouvelles et lui prodiguer des conseils avisés. Les visites de campus par les futurs étudiants, temps forts du processus de recrutement, ne sont alors plus que des formalités.

Débarquant dans le Kentucky en 2009, il y a successivement obtenu l’engagement de jeunes tels que Wall, Bledsoe, Cousins, Terrence Jones, Michael Kidd Gilchrist ou encore Anthony Davis. Les recrutements de certains d’entre eux sont d’ailleurs d’ores et déjà considérés par la corporation des entraineurs comme faisant partie du top 10 des signatures les plus sales de l’Histoire du basketball universitaire américain. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter.

Le recrutement de 2014 avait déjà commencé avant le match de reprise puisque le sulfureux coach s’est adjugé les frères Harrison, classés sur tous les sites de recrutement comme les meilleurs joueurs de lycée aux postes de meneur et d’arrières. Il se murmure de manière de plus en plus audible qu’Andrew Wiggins, numéro 1 de sa classe d’âge, et Julius Randle se dirigent vers le Kentucky. Il est intéressant de savoir qu’ils sont respectivement meilleur ailier shooteur et meilleur ailier fort au lycée, et tout deux dans le top 3 des prospects de lycée. Autrement dit, le recrutement 2014 du coach des Wildcats pourrait entrer dans l’Histoire.

Si nous avons longuement développé la vision de Calipari, ce n’est pas seulement pour vous initier au monde du basket universitaire : elle a des conséquences sur l’identité des Kentucky Wildcats.

Alors que l’accent est mis sur la continuité et l’apprentissage du jeu en NCAA, Kentucky se singularise par un chamboulement d’effectif annuel.

Ciblant les joueurs les plus talentueux, Calipari incorpore chaque année des Freshmen, étudiants en première année, parmi ses titulaires tandis que les équipes universitaires, en règle générale, ne comptent que rarement sur eux dans le premier cinq, préférant s’appuyer sur ses joueurs plus expérimentés formés par le coach lors des saisons précédentes.

En résultent des ajustements à faire en fonction des forces en présence, des difficultés causées par la naïveté des novices et des automatismes à trouver à l’orée de chaque exercice.

UK est donc une attraction depuis 3 ans puisqu’elle propose toujours un nouveau visage et se compose de talents de premier plan.

Premières impressions des Wildcats 2012-2013

La coutume veut que le cadre du match de reprise soit exceptionnel et la rencontre de vendredi soir n’a pas fait exception à la règle.

Si Kentucky s’était produit l’an passé sur un porte-avions américain devant le Prix Nobel de la Paix 2009, le récemment réélu Barack Obama, leur première confrontation s’est cette fois tenu au Barclays Center, la toute nouvelle salle des Brooklyn Nets, sous les yeux du rappeur Jay-Z, actionnaire minoritaire de la franchise NBA.

Sûrs d’eux-mêmes et dominateurs en première mi-temps, les Wildcats ont pris l’avantage à la pause (49-36) grâce à une défense plutôt solide (moins de 30% au shoot pour Maryland) et une adresse au rendez-vous (58%). La tendance s’est totalement inversée en seconde période, et les hommes de Calipari se sont fait peur en laissant Maryland prendre la tête à quelques minutes de la fin. Faisant preuve d’un véritable sang-froid dans les derniers instants, les Wildcats se sont finalement imposés 72 à 69. Le match pose Kentucky dans un statut de prétendant sérieux tant l’impression donnée promet pour une équipe qui a plusieurs mois devant elle pour se roder avant la March Madness.

Auteur d’un match complet (23 points à 10/18, 12 rebonds et 4 contres), Alex Len a été sans conteste le joueur le plus impressionnant. Il a totalement démoralisé son adversaire direct en prenant 7 rebonds offensifs et en faisant étalage d’un arsenal offensif complet, alternant turn-around jumper, dunks, tirs mi-distance et claquettes. Le pivot de sept pieds s’est montré de plus intraitable en défense, gardant la raquette avec autorité, et a fait preuve d’un mental irréprochable dans le money time. Une performance qui fera sans doute le plus grand bien à la cote du géant d’origine ukrainienne. Seul petit bémol pour Kentucky : Alex Len joue pour Maryland…et avait pour ennemi d’un soir Nerlens Noel, star des Wildcats 2013.

Les critiques pleuvent sur le jeune homme à la coupe douteuse. Certains observateurs gardent en travers de la gorge la hype entourant le jeune homme que l’on comparait à Anthony Davis il y a encore quelques jours. Annoncé potentiel numéro 1 de la draft 2013, Noel est présenté comme un défenseur intérieur d’élite mais dont la première pierre du jeu offensif doit encore être posée. Pourtant, malgré la grosse performance d’Alex Len, le jeune Nerlens ne nous a pas semblé aussi décevant que ses détracteurs le laissent entendre. Sur le plan offensif, le pivot a manqué ses trois lancers-francs et a dévoilé ses lacunes. Marquant sur alley-oop, il a également rentré un hook shot, et en a manqué quatre, portant sa marque finale à 4 points. Si cette performance est, il faut le reconnaitre, tout à fait médiocre, elle n’en était pas moins attendue par tous les observateurs sérieux et ne constitue donc pas une déception. Noel a dévoilé des rudiments de footwork et tenté sa chance, deux éléments encourageants pour un prospect qui demeure encore à une des premières phases de son développement.

De l’autre côté du terrain, le constat doit aussi être nuancé. Tout d’abord, Alex Len a marqué un nombre non-négligeable de ses points lorsque la star de Kentucky était assise sur le banc lors de la première période. Ensuite, le pivot des Wildcats a prouvé qu’il possède plusieurs armes indispensables pour devenir la clef de voute d’une défense de haut niveau en réalisant 3 contres mais en provoquant aussi des passages en forces. Ses mains sont restés actives, bien qu’impuissantes, et ont tout de même gêné Len, malgré le déficit de taille qu’accuse Noel sur son homologue. Le reproche que nous pourrions faire au visage de Kentucky cette saison est son manque de rigueur lors de la prise de position au rebond qui donna plusieurs rebonds offensifs à son adversaire qui faisait preuve d’une intensité bien plus grande.

Surtout, le potentiel numéro 1 de la draft 2013 a été l’un des artisans de la victoire finale de Kentucky. Provoquant un passage en force dans la dernière minute, c’est aussi Noel qui a défendu sur l’arrière lors du dernier tir et l’a empêché d’égaliser à la sirène.

Le pivot reste un diamant brut, dont les principaux atouts, à l’instar de Dwight Howard, sont qualités physiques et athlétiques hors norme. Regarder un match de Kentucky dans deux mois pour constater le travail achevé par le pivot sera des plus révélateurs. Il est bien trop tôt pour déterminer à quelle rapidité le jeune homme va mûrir sur le plan basketballistique…et sur le plan mental.

Le second freshman de Kentucky, Alex Poythress, ne s’est pas particulièrement distingué.

Celui qui était classé dans le top 15 des lycéens de sa classe d’âge a tout de même pris 7 rebonds lors de sa première apparition mais il bénéficie, il est vrai, d’une taille (6’8) supérieure à la moyenne pour son poste dans le milieu universitaire, une taille qui rend la définition de son poste difficile. Jouant naturellement ailier-fort en NCAA, le joueur pourrait ne pas survivre à ce poste dans une NBA dont les postes 4 sont bien plus grands et se décaler au poste 3 à l’échelon supérieur. En résumé, il est ‘bloqué’, à cause de son physique, entre deux postes : c’est ce que l’on appelle en langage de scout un  tweener.

Doté d’un shoot fiable selon les rapports de scouting de lycée, il n’a à aucun moment tenté de s’écarter du cercle. Scorant 8 points dans le match, sous le cercle, Poythress a tout de même laissé voir de bonnes vitesse et détente. L’ailier s’est retrouvé sur le banc très tôt après avoir commis deux fautes, dont un passage en force, que l’on peut imputer soit à l’inexpérience, soit à un QI basket peu élevé. Le temps donnera la réponse et l’occasion pour le jeune joueur de travailler sur ce point.

D’une manière générale, l’ « opening night » n’a apporté que peu de réponses concernant ce prospect.

Vient enfin Archie Goodwin. Le scouting oblige parfois à formuler des comparaisons, plus ou moins valables, pour catégoriser les prospects selon leurs qualités et défauts. On trouve ainsi au fil des ans des joueurs présentant des jeux et/ou physiques similaires. Goodwin est ce que nous nous proposons d’appeler un « sleepy hollow » (droits réservés), ou cavalier sans tête. Ce profil, plus répandu depuis que la NBA a favorisé l’attaquant au détriment du défenseur par les changements de règlement successifs, se caractérise avant tout par sa vélocité. Galopant à toute allure balle en main, l’action menée par ce type de joueur se résume à une course effrénée jusqu’au panier. Adepte des pénétrations, il est également capable de se contorsionner pour réaliser de stupéfiants « circus shots », c’est-à-dire des double pas ponctuées de grands mouvements de bras afin d’éviter tout contre de la part des défenseurs adverses. Il résulte de cette agressivité, de cette provocation permanente de l’équipe adverse, de nombreux lancers à venir tirer sur la ligne, à l’image de la performance (9/11 aux lancers francs) de Goodwin.

Si nous proposons de nommer ce profil de joueur « cavalier sans tête », c’est que, comme l’a illustré Archie Goodwin dans la nuit de vendredi à samedi,  le basketteur type correspondant à cette catégorie cherche systématiquement à faire la différence tout seul envers et contre tous, malgré des défenses qui se resserrent. La sanction s’est immédiatement fait ressentir vendredi soir pour le chat sauvage. Ses envolées se concluant souvent par des pertes de balles ou des tirs affreux.

Vision du jeu restreinte, voire inexistante, et imprécision des passes empêchent le wildcat de créer le jeu et de faire profiter à ses coéquipiers des brèches dans la défense que ses pénétrations peuvent causer. Les deux passes décisives de l’arrière en sont symptomatiques. Trop loin du cercle et percutant un défenseur ayant mis son corps en opposition, le chat sauvage a lancé le ballon pour éviter la perte de balle, ballon récupéré non sans peine par un coéquipier avant d’aller marquer.

Si l’on ajoute son incapacité à contrôler le tempo, le « sleepy hollow » ne possède aucune des qualités de meneurs, à l’exception de son dribble correct, alors qu’un arrière se doit de posséder ces compétences, même à un niveau moyen.

Ce qui pousse également le profil du « sleepy hollow » à ne faire que pénétrer, en règle générale, est un shoot douteux. Lors du premier match, Archie Goodwin n’a tenté, et réussi, qu’un tir longue distance et les rapports de lycée indiquaient cette lacune dans le jeu du néo-Wildcat. Tout de même auteur de 16 points, l’arrière n’en a pas moins dévoilé ses limites.

Là encore, il ne s’agit que d’un match et la progression, ou non, de Goodwin sera intéressante à suivre …et à comparer à celle des autres « sleepy hollow » de la ligue universitaire.

Pour conclure sur les champions en titre, il convient de noter la bonne impression laissée par le dernier freshman de l’équipe. Willie Cauley-Stein ( 8 points, 6 rebonds dont 2 offensifs et 4 contres), remplaçant de Noel, a montré une mobilité au-dessus de la moyenne pour un joueur aussi grand (7’0 ft.) et une intensité à surveiller. Le sophomore Kyle Wiltjer s’est fendu quant à lui de 19 points en 24 minutes, profitant des départs de Doron Lamb et Darius Miller. Spécialiste du shoot longue distance, l’ailier pourrait trouver chaussure à son pied dans une franchise NBA en quête de shooters mais son arsenal offensif demeure unidimensionnel et le cantonne aux seconds rôles. Enfin, Jarrod Polson a été décisif en fin de match, et précieux sur l’ensemble du match en qualité de meneur de jeu. Le titulaire, Ryan Harrow, a totalement déjoué, sans doute en partie en raison d’une grippe selon des informations relayées par plusieurs sources.

Calipari tient en ce dernier le moins bon meneur titulaire de son passé récent, ce qui pourrait constituer le talon d’Achille de sa formation cette année.

Il est intéressant de noter la qualité décroissante des postes 1 dont dispose le coach au fil des ans. Rappelons en effet que Coach Cal’ a successivement entrainé Derrick Rose, Tyreke Evans, John Wall, Marquis Teague et finalement Ryan Harrow.

En définitive, il nous faut rappeler une dernière fois que les performances de la soirée d’ouverture ne sont pas paroles d’évangile et que cette équipe qui ne se connait pas évoluera probablement de manière significative, à commencer par ses têtes d’affiche. La saison ne fait en tout cas que débuter et nous donnera l’occasion de vous faire découvrir les autres prétendants au titre…et aux lottery picks.