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Plus que jamais : supprimer la Coupe de la Ligue

Coupe de la Ligue - Sainté

Grâce à son succès, le 20 avril dernier en finale de la Coupe de la Ligue, l’AS Saint-Etienne a débloqué son palmarès. Comme l’Olympique Lyonnais ou l’Olympique de Marseille auparavant, les verts ont mis fin à une longue période de disette en remportant une compétition dont on se passerait bien. Le trophée  dessiné par Pablo Reinoso viendra garnir la salle des trophées du musée que le club s’apprête à inaugurer[1].

Son acquisition permet par ailleurs aux stéphanois de retrouver le chemin des compétitions continentales, facteur déterminant dans l’explication de l’enthousiasme collectif généré par le gain de cette Coupe de la Ligue. La seule perspective de découvrir le Stade de France avait rendu euphoriques bon nombre de supporters des verts. Pour autant, et plus encore aujourd’hui qu’hier, nous militons pour la suppression de cette compétition.

Les arguments en faveur de la suppression de la Coupe de la Ligue sont connus de tous ceux qui défendent un football populaire qui se vit plus qu’il ne se consomme. La compétition créée en 1994 accumule les défauts : encombrement du calendrier, dévalorisation de la Coupe de France, mépris des supporters, système aberrant de têtes de série, accès privilégié à l’Europe, etc…

Toutefois, deux faits sont venus renforcer la nécessité de plaider une nouvelle fois pour la suppression de cette compétition : la victoire stéphanoise et le développement d’un discours favorable à cette compétition non seulement au sein des cercles dirigeants du football hexagonal mais aussi chez les commentateurs, particulièrement ceux liés aux diffuseurs.

Le succès des verts comme argument publicitaire pour la Coupe de la Ligue ?

Au prisme du parcours des stéphanois lors de la dernière édition de la Coupe de la Ligue, les arguments en faveur de la suppression de la Coupe à Moustache prennent une nouvelle vigueur.

Non européens la saison précédente, les stéphanois ont du disputer 5 rencontres pour remporter leur premier titre depuis 31 ans et se qualifier pour la Ligue Europa.

Après un succès arraché à l’issue d’une séance de tirs aux buts expéditive face au FC Lorient pour leur entrée en lice dans la compétition, les verts durent se déplacer à Sochaux au tour suivant. Une affiche qui n’a vu que 7224 spectateurs se rassembler dans des gradins bien épars. Et sans la nostalgie de confrontations au sommet entre les deux formations ce total aurait pu être plus réduit encore puisque les instances avaient programmé la rencontre un mardi à 18h afin de répondre aux exigences des diffuseurs.

Bien aidés par l’ouverture rapide du score de Romain Hamouma, les hommes de Christophe Galtier passaient aisément l’obstacle sochalien pour s’offrir un quart de finale face au PSG qu’ils avaient défait au Parc des Princes quelques semaines plus tôt.

La confrontation face aux parisiens marquait les prémices de la période délicate de l’ASSE qui verrait la troisième meilleure attaque du championnat rester muette pendant 6 rencontres et ne glaner que deux petits points en cinq rencontres de Ligue 1. Les verts ne reprirent leur rythme de croisière qu’au lendemain de la trêve hivernale au prix d’un recrutement judicieux.

En s’imposant à l’issue d’une séance de tirs aux buts épique pour la finale de la compétition, le 15 janvier au soir, les stéphanois faisaient reposer leur saison sur le résultat d’une rencontre programmée trois mois plus tard, en plein milieu du sprint final. La fin de saison du Stade Rennais qui n’a pris que 6 points sur les 14 dernières journées souligne l’ineptie de la programmation de cette compétition.

S’il est permis de penser que sans les 540 minutes passées sur les terrains pour des rencontres de Coupe de la Ligue, les stéphanois auraient pu s’immiscer dans la lutte pour la Ligue des Champions, la relégation de la Coupe de France au second plan est une certitude.

Invraissemblance du calendrier, l’AS Saint-Etienne s’est présentée pour son second quart de finale de Coupe de France depuis 20 ans[2] avec…une équipe bis. Christophe Galtier n’avait guère d’alternative puisque quatre jours plus tard, son équipe disputait la finale de la Coupe de la Ligue. La victoire inextremis des merlus ainsi que l’identité des trois autres demi-finalistes laisseront à jamais ouverte la question suivante. Si l’ASSE n’avait pas privilégié la Coupe de la Ligue en raison de son calendrier précoce, le club aux 10 titres de champion de France ne compterait-il pas une septième Coupe de France dans son palmarès ?

Bien que victorieux, la Coupe de la Ligue aura coûté cher aux stéphanois. Au sacrifice d’un quart de finale de Coupe de France, il conviendrait peut-être d’ajouter le tour préliminaire supplémentaire en Europa Ligue, que l’obtention de la quatrième place au championnat aurait permis d’éviter. Le Stade Rennais a certainement payé un prix plus fort.

L’analyse du parcours de l’ASSE illustre à merveille tous les reproches qui peuvent être formulés à l’encontre de la Coupe de la Ligue : encombrement du calendrier, dévalorisation de la Coupe de France et mépris des supporters qui se déplacent au stade sur l’autel des desideratas des diffuseurs.

Le phénomène nouveau réside dans le progressif changement de ton des commentateurs autorisés vis à vis des deux coupes. Quand bien même, les médias se sont plus à dénoncer les « incohérences » des supporters stéphanois coupables de s’enthousiasmer par la perspective de monter au Stade de France et de disputer une compétition européenne via une compétition dont ils ont toujours souhaité la suppression, la Coupe de la Ligue trouve de plus en plus de partisans. Au détriment de la doyenne des compétitions nationales.

Le dénigrement de la Coupe de France au profit de celle de la Ligue caractérise à l’excès le rôle des diffuseurs sur la nature même des compétitions. La Coupe de la Ligue de par son format, ses participants et les stades dans lesquels elle se déroule fournit tout le confort nécessaire aux diffuseurs là où les exigences et les contraintes des amateurs altèrent leur flexibilité.

Si la pensée autour du football ne s’y restreint fort heureusement pas, il n’est pas anodin que l’Afterfoot de RMC, par l’entremise de son animateur Gilbert Brisbois, ait posé les premiers jalons de la préférence pour une compétition entre professionnels au détriment de la mise en lumière du football amateur. L’émission sur le thème de la valorisation des deux Coupes Nationales, questionnant la prévalence de la Coupe de France sur la Coupe de la Ligue permit de donner à lire les griefs adressés à l’encontre de la Coupe de France :

Au rayon des griefs adressés à l’encontre de la Coupe de France

  • la présence d’amateurs ne favoriserait pas le « spectacle ».
  • Pire, la « caméra placée derrière la main courante » signerait l’arrêt de mort de la Coupe de France puisque les conditions de retransmission télévisuelle de ce  spectacle déjà médiocre ne seraient pas à la hauteur.

Au delà de ce militantisme professionnel, l’émission constitue une nouvelle manifestation du prisme au cadre duquel le football est désormais consommé…devant un écran.

Les audiences et affluences faméliques viennent en appui de l’argumentation des pourfendeurs de la Coupe de France sans que ne soit mentionnée l’incohérence du calendrier et les choix plus que douteux des horaires des matchs de Coupe de France dans leur argumentation sur le déclin relatif de l’intérêt pour la compétition.

Or cette année, l’incohérence de la programmation et le mépris tant des supporters que des footballeurs amateurs ont été poussés à leur paroxysme. L’essentiel de la compétition s’est déroulé en semaine dont la finale organisée le vendredi 31 mai.

Ainsi, le match entre Plabennec et Lille fut initialement programmé à 17h, un jour de semaine. Les bretons ont du se mobiliser afin de faire entendre à la FFF et aux diffuseurs qu’un mercredi après-midi n’était pas le créneau idéal pour l’organisation d’une rencontre opposant des professionnels à des amateurs dont le football n’est pas la profession.

L’organisation de la rencontre entre Moulins et Bordeaux a aussi nourri la polémique. Le diffuseur (Eurosport pour ne pas le nommer) militait alors pour la délocalisation du match à Clermont-Ferrand au motif que le stade moulinois n’était pas le plus adapté au matériel audiovisuel de la chaîne payante.

Des divergences de vues entre les diffuseurs, l’organisateur et les clubs conduiront les décideurs à ne pas téléviser le quart de finale entre le RC Lens et les Girondins de Bordeaux. Un match qui s’est déroulé à guichets fermés dans une formidable ambiance.

Opportunistes, les commentateurs liés aux diffuseurs se sont empressés de souligner le déclin relatif de l’intérêt pour la Coupe de France et le développement progressif de celui en faveur de la Coupe de la Ligue sur le fondement de deux finales qui ne présentaient pas le même produit d’appel. Le retour des verts sur le devant de la scène a permis de valoriser dans l’espace médiatique la finale de la Coupe de la Ligue. L’espacement entre la demi-finale disputée le 15 janvier et la finale programmée le 20 avril, a renforcé sur la foi d’un engouement populaire indéniable, l’emballement médiatique. De telle sorte que la Coupe de la Ligue serait présentée comme une alternative crédible à la Coupe de France.

Que l’on ne s’y trompe pas, la popularité de l’ASSE et la ferveur de ses supporters ne seront pas mises au service de la promotion d’une compétition inepte. Dans tous les stades de France, vous retrouverez des banderoles dénonçant la Coupe de la Ligue dernier avatar du foot business. Celles-là mêmes qui n’ont jamais quitté nos travées.

Alors que le débat sur le retour de Ligue 1 à 18 clubs reprend de la vigueur, il conviendrait de commencer par le commencement et de supprimer une Coupe de la Ligue non seulement illégitime mais complètement inepte dans son mode d’organisation.

Seriez-vous favorables à la suppression de la Coupe de la Ligue?

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[1] Le musée de l’ASSE qui se situe dans l’angle sud-ouest du stade Geoffroy-Guichard, se décomposera en 7 espaces différents. 5 salles renvoyant à une période spécifique.  1933-1958 : l’apprentissage aux premiers succès, 1958-1972 : la suprématie nationale, 1972-1977 : l’épopée des Verts, 1977-1982 : naissance d’une légende, 1982-2004 : des bas et des hauts, 2004 à aujourd’hui : l’aventure continue. Par ailleurs, le musée d’une superficie de 800 m2 comportera une salle des trophées et une salle d’exposition temporaire.

[2] L’AS Saint-Etienne avait disputé un quart de finale de la Coupe de France en 2010 face à Lens au Stade Bollaert (défaite 3-1). Pour retrouver la trace d’une telle performance des verts dans la Coupe nationale, il convient de remonter en 1993.