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LaMarcus Aldridge : Itinéraire d’un leader sous-estimé

Nous sommes en avril 2004, les Lakers sont emmenés par le quatuor Payton-Kobe-Malone-Shaq ! Ils sont favoris pour le titre NBA et s’apprêtent à attaquer les playoffs. Mais en fin de saison régulière, le Shaq souhaite s’entretenir autour d’un diner avec un des tops prospect des lycées. Un prospect qui envisage sérieusement de s’inscrire à la draft puisque c’est la mode. Dwight Howard, Shaun Livingston, Robert Swift, Sebastian Telfair ou encore l’actuel Blazer Dorell Wright vont s’y inscrire et être pris dans le top 20.

Ce prospect ? LaMarcus Aldridge, tout juste 18ans, natif de Dallas et considéré avec Dwight Howard comme le meilleur lycéen du pays à Seagoville High School. Pourtant il n’était pas prévu comme un potentiel top 10 de cette draft.

Mais pourquoi le Shaq insiste-t-il pour diner avec lui ? Pour lui conseiller de retirer son nom et de passer par la case NCAA. Shaquille O’Neal, la superstar croit au potentiel du jeune homme mais pense qu’il est préférable pour lui de parfaire son jeu, progresser défensivement et devenir un leader à l’échelon supérieur.

LaMarcus Aldridge résumera l’anecdote lors des workouts de 2006 par une simple phrase « Il m’a dit que si je n’y allais pas, c’est des années que je ne rattraperais plus ». La rencontre a eu son effet, quelques jours après LMA s’engage avec l’université de Texas et jouera deux saisons sous les couleurs des Langhorns.

A sa sortie du lycée, LaMarcus au-delà de son talent est aussi présenté comme un joueur qui s’énerve facilement et très peu discipliné. Ce passage en NCAA va lui permettre surtout de s’assagir.

Après une première saison assez discrète, sa saison Sophmore fructifiera son travail. Il gagne en exposition nationale et est élu en 1st team et DPOY de la BIG 12 ! Une blessure à la hanche viendra gâcher sa fin de saison, mais à l’issue de celle-ci il, il décide de s’inscrire à la draft !

 

Dans les coulisses du casse du siècle !

 

Cette draft 2006 est présentée comme pauvre par les médias ! Andrea Bargnani vu comme le nouveau Dirk a déjà verrouillé le spot numéro 1. Aldridge lui est annoncé pas plus bas que 4ème choix ! En effet Portland qui possède ce choix a jeté son dévolu sur le joueur.

Mais pourtant 4ème choix ne garantit pas la sélection d’Aldridge. Les Bobcats avec leur 3ème choix ne laissent rien filtrer de leur envie hormis qu’ils souhaitent ajouter un joueur au registre offensif à leur effectif. (Adam Morrison).

Kevin Pritchard, GM des Blazers va alors contacter John Paxson GM des Bulls qui possède le 2ème choix. Chicago est à ce moment une équipe de playoffs qui possède un lottery pick obtenu via un trade des années précédentes. Pour eux l’objectif est d’ajouter une pièce à une équipe en quête de sa gloire passée. Pritchard comprend alors que Chicago à cibler Tyrus Thomas, un intérieur plus petit qu’Aldridge mais très athlétique.

Thomas est présenté par les scouts comme un joueur dynamique et mobile avec de grandes qualités défensives mais frustre offensivement. Aldridge est lui présenté comme un intérieur doué offensivement mais soft et sa blessure aurait du mal à guérir.

Pritchard va alors proposer à Chicago de sélectionner Aldridge avec le 2ème choix et l’échanger contre Tyrus Thomas que les Blazers prendront en 4ème position, avec en cadeau bonus Viktor Khyrapa. Pritchard emballe le tout en précisant que le salaire d’un 4ème choix de draft représente une économie de 4 millions de dollars sur l’ensemble de son contrat par rapport à un 2ème choix. Et sur cet argument, Jerry Reindsorf le proprio des Bulls fait pression sur Paxson pour accepter le deal ! Pritchard vient à réaliser peut être la plus belle affaire de la décennie en matière de draft, il fera même le doublé avec le deal de Brandon Roy. Mais ceci est une autre histoire…

 

2007-2010 : Des débuts efficaces en toute discrétion

 

LaMarcus Aldridge va voir ses débuts retardés en NBA. Il se blesse à l’épaule durant le training camp et est obligé de passer sur le billard.

Comme un symbole il fait ses débuts face à Dallas, sa ville ! Et pour son premier match officiel chez les pros Aldridge va sonner la révolte et faire recoller les Blazers dans le 4QT. Mais Dirk Nowitzki permettra aux siens de gagner.

LMA first game

Aldridge débute comme back-up de Zach Randolph, mais en fin de saison Joël Przybilla se blesse et propulse LMA titulaire au poste 5. Aldridge montrera de belles dispositions offensives avec un match à 30pts face aux Bobcats. Ses belles performances lui permettront d’être élu dans la 1st Team All-Rookie, dans l’ombre de Brandon Roy incontestable R.O.Y. !

Les Blazers vont alors drafter Greg Oden et échanger Zach Randolph, peu apprécié des fans, pas sur la même longueur d’onde que Brandon Roy et Aldridge ayant donné satisfaction pour l’avenir donc…. Z-Bo est expédié aux Knicks ! Aldridge hérite du poste de titulaire et ne va pas décevoir. Ses stats explosent et il participe grandement à la belle série des Blazers (10 victoires).

Portland est pronostiqué comme une équipe de bas de tableau surtout à cause de la blessure d’Oden, mais ils finiront avec un bilan de 41-41 et l’avenir ne peut être que radieux dans le ciel gris de Rip City. LMA confirme sa progression et termine 3ème au vote du MIP bien qu’il soit Sophmore.

Greg Oden prêt pour la NBA, les Blazers sont attendus en playoffs. C’est ce qu’ils feront en décrochant une 4ème place, mais pas vraiment grâce à Greg Oden qui voit sa saison rookie entrecoupée de blessures. Au côté de Brandon Roy, Aldridge confirme et fait une saison du même acabit que la précédente. Mais une fois en playoffs et malgré l’avantage du terrain, Portland va perdre à l’expérience contre les Rockets en 6 matchs. Brandon Roy y est pourtant extraordinaire tout en ayant eu Shane Battier et Ron Artest collés aux fesses toute la série. Mais LaMarcus lui est tétanisé par l’enjeu et face à Luis Scola il va souffrir dans les moments chauds. Après les éloges les premières critiques arrivent et Aldridge doit apprendre à élever son niveau de jeu quand ça compte, mais c’est encore un jeune joueur…

 

A l’aube de sa 4ème saison, il signe quelques jours après Brandon Roy un contrat de 5 ans pour 62.5 millions de dollars. Les attentes ne sont plus les mêmes. Aldridge doit passer à la vitesse supérieure.

Greg Oden se blesse gravement à l’autre genou après un contact avec Aaron Brooks, Brandon Roy connait ses premiers pépins physiques. Aldridge assume sur une courte période le leadership de l’équipe et apporte quelques victoires. Avec plusieurs défections chez les intérieurs pour le ASG de Dallas il a presque eu une sélection mais la NBA retiendra Chris Kaman, sans rancune pour cette saison…

Avec la blessure d’Oden, les Blazers font venir Marcus Camby via un trade. Camby va alors prendre sous son aile Aldridge pour le faire progresser en défense et lui faire comprendre qu’il peut être dominant.

Les playoffs arrivent et les Blazers affrontent les Suns. Brandon Roy se blesse au genou tout seul contre les Lakers lors de l’avant dernier match de la saison. Aldridge se présente comme la première option offensive. Malheureusement les Blazers s’inclineront au 1er tour, LaMarcus n’a ni gagné ni perdu son duel avec Stoudemire. Il ne s’est pas effacé cette fois-ci mais il n’a pas élevé son niveau de jeu non plus. L’apprentissage continue !

 

2011 : La mue dans la peau d’un Franchise Player

 

Eté 2010, Team USA compose son équipe pour le championnat du monde en Turquie. Aldridge est prévu dans le groupe mais Nate McMillan assistant de la troupe à coach K. va demander à LaMarcus de rester à Portland et travailler son jeu poste bas ainsi que son physique pendant l’été. Kevin Love prendra la place d’Aldridge en sélection.

Pendant que la bande à Durant triomphe en Turquie, LMA diminue sa masse graisseuse et prend 9kg de muscles et possède un nouvel arsenal dos au cercle.

Pourtant le début de saison est poussif à Portland, le premier mois est en dent de scie pour Aldridge. En réalité les Blazers vivent une tragédie dans le vestiaire… Brandon Roy n’y arrive plus ! Il s’accroche à son rôle dignement mais il coule et vis mal la situation qui se répercute directement sur le moral du vestiaire.

McMillan prend alors la décision d’écarter Brandon Roy un certain temps pour qu’il se soigne et LaMarcus Aldridge est propulsé Franchise Player par intérim.

Officiellement promu, LMA explose ! Le jeu tourne autour de lui et son association avec Camby cartonne. Mais Portland va connaitre encore et toujours des blessures jusqu’à présenter un roster avec 7 joueurs les soirs de matchs. Pourtant Aldridge conduit les Blazers aux victoires à lui tout seul. Un travail dantesque ou la NBA via David Stern va cracher dessus.

All-Star Game 2011, Los Angeles ! Aldridge n’est pas sélectionné par les coachs, il lui manque une voix pour faire partie du banc de l’West ! Yao Ming étant trop populaire en Chine, Duncan et Gasol bénéficiant d’une aura auprès des coachs sont sélectionnés. Pourtant Aldridge était si proche… Mais voilà Yao Ming blessé, Duncan est appelé à être dans le cinq de départ.

Un spot se libère et David Stern décide de prendre Kevin Love des Minnesota Timberwolves. Love a lui reçu qu’une unique voix des coachs, il a un bilan collectif pitoyable, mais il a des lignes statistiques aussi fausses que certaines courbes de Californie. Sa campagne médiatique et ses pleurs ont fait effet… Alors qu’Aldridge lui passait 34 points en 28 minutes en 3 confrontations. La décision est tellement injuste qu’à Portland le public va se diviser en deux au sujet de Kevin Love pourtant originaire de Lake Oswego la banlieue de Portland.

Pendant que Kevin Love fanfaronne, tous les joueurs des Blazers s’unissent dans la presse autour d’Aldridge pour le défendre. André Miller dira : « Combien de victoires ils ont Minnesota ? » et Marcus Camby aura les mots les plus durs : « La NBA a décidée de mettre une claque dans la gueule a un joueur qui travail vraiment ». L’intéressé ne se plaindra pas, mais accusera le coup. Sa mère étant en phase terminal d’un cancer il espérait être All-Star sous ses yeux dans la crainte du pire.

LMA reprendra vite ses esprits et continuera son chantier. Brandon Roy revient en fin de saison discrètement donné un coup de main et  il conduit l’équipe en playoffs  à une belle 6ème place, miraculeuse vu la succession de malheurs à Portland ! LMA a porté cette équipe à bout de bras ! Pendant que son rival emmènera son équipe à la dernière place… de la ligue. Et l’ironie du sort c’est que Kevin Love se blesse en fin de saison et que Minnesota gagne ses premiers matchs sans lui…

 

En playoffs, Portland va tomber sur le futur champion Dallas et sortira la tête haute après 6 matchs disputés. Dallas est cette année injouable, Camby, Fernandez, Batum et Roy étaient blessés. LMA doit défendre sur un Dirk en mission et se défaire de la défense de Tyson Chandler qui n’a que ça à faire à Dallas. Avec le recul il reste le seul joueur à avoir vraiment posé des problèmes aux Mavericks durant ces playoffs et Aldridge rassure surtout sur l’approche mentale de la post-season.

Brandon Roy sortira une performance de légende lors du match 4, mais elle sonne comme le chant de cygne du magnifique joueur qu’il a été. La passation de pouvoir est officielle !

Aldridge sera récompensé d’une nomination dans le 3ème cinq NBA mais finira 2ème au vote du MIP derrière Kevin Love.

 

2012 à aujourd’hui : Un Franchise Player sous-estimé

 

Portland échange André Miller contre Raymond Felton. Ce dernier sort d’une saison pleine entre New-York et Denver, tout le monde ou presque crie à la bonne affaire !

Mais le lockout se pointe et à sa sortie Felton rate le virage. En plus Brandon Roy est contraint de prendre sa retraite et Greg Oden rechute une fois de plus et est coupé. C’est le début du bordel à Portland !

L’équipe fait un début de saison canon et Aldridge en toute discrétion joue à un niveau de MVP en tapant consécutivement la raquette des Lakers et celle du Thunder.

Mais Portland n’a pas de chance ! Les Blazers sont ceux qui font le plus de kilomètres en NBA et en plus ils héritent d’un calendrier traître avec deux back-to-back-to-back. Les premières blessures arrivent, Raymond Felton est plus large que haut et surtout complètement cramé ! Gerald Wallace se comporte comme un mercenaire, le vestiaire explose après 4 défaites consécutives !

Le message de Nate McMillan ne passe plus et les Blazers offrent un spectacle horrible sur le terrain. Seul Batum et LMA jouent au basket, les autres font exprès de mal joués pour obtenir la tête du coach. La direction ne souhaitant pas revivre le cauchemar Jail Blazers, table rase ! McMillan viré, Camby viré, Gerald Wallace viré… Malheureusement les dirigeants ne trouvent pas de point de chute pour « Fail »ton et Jamal Crawford, mais les deux joueurs sont indésirables.

LaMarcus Aldridge continuera en grand professionnel de faire de son mieux malgré les départs de McMillan et Camby ses mentors. Sa seule saveur sera une sélection au All-Star à l’unanimité et sous les yeux de sa mère ! Ainsi qu’un buzzer beater contre Dallas avant de se blesser à son tour et mettre un terme à sa saison.

LMA buzzer 1

 

La saison suivante est un nouveau départ à Portland. Un nouveau GM, un nouveau coach et un nouveau rookie star avec Damian Lillard. Mais aussi un banc composé de joueurs présents uniquement pour faire le nombre.

La grande nouveauté pour Aldridge c’est son utilisation ! Stotts arrive avec d’autres convictions que McMillan ou Canales l’intérimaire. Par contre son rôle n’a pas changé, ça reste le leader de l’équipe !

Malgré un départ poussif, après un mois de rodage Aldridge va finalement s’adapter à jouer plus loin du cercle. Et aussi s’entendre du mieux que possible avec Hickson qui s’écarte beaucoup du panier et réclame beaucoup de ballons dans son espace. L’effectif des Blazers pourtant très court va quand même se mêler à la course aux playoffs jusqu’au All-Star Game.

Aldridge sera de nouveau sélectionné à l’unanimité par les coachs. Même dans le sillage médiatique autour de Damian Lillard c’est LMA qui assure les matchs en fond. Tous les soirs il applique le même tarif à son opposant et se permettra même de faire des misères à sa ville natale.

LMA buzzer 2

 

Des velléités de départ ? Faux

 

Fin de saison, Aldridge prend rendez-vous avec Olshey et lui demande de renforcer l’équipe de manière significative ! Dans ses meilleures années il veut jouer en haut de l’affiche ! Sinon il demandera à aller ailleurs, une demande légitime pour tout compétiteur. Les deux hommes abordent le sujet de manière constructive et s’accordent une confiance mutuelle.

Après ça Aldridge décide de beaucoup voyager (Chine, Londres, Paris, Madrid…) afin de s’ouvrir à d’autres cultures, lui l’introverti de nature.

C’est alors que les médias vont commencer à sortir la discussion de fin de saison dans un autre contexte et dire qu’Aldridge voudrait partir à Chicago. Rien de mieux que d’essayer de perturber un début de préparation avec des rumeurs sur le Franchise Player. LMA se contente de nier, mais les médias insistent et disent qu’il serait à l’écart de groupe. Aldridge balayera la polémique d’un tweet :

Aldridge Quote

En réalité, le recrutement est à sa convenance. Il va même évoluer dans son rôle de leader en apprenant à être plus vocal sur le terrain et pour cela il passe plus de temps en dehors des parquets avec ses coéquipiers. N’hésite pas à prendre Thomas Robinson sous son aile, et loue publiquement les efforts de Joël Freeland ou encore les performances de Nicolas Batum en équipe de France.

 

Cette saison, Neil Olshey a recruté malin avec la marge financière à sa disposition. Portland était prévu pour la lutte aux playoffs mais les joueurs veulent plus qu’être une équipe poil à gratter. Surtout après avoir été à la lutte l’an dernier avec cinq joueurs.

Portland fait un début de saison canon, sous l’impulsion d’un LMA plus vocal et n’hésitant pas à défendre/réunir ses coéquipiers sur le terrain. Le collectif tourne comme une horloge suisse, son leadership est décomplexé et sa confiance communicative.

Ses qualités de leader sont enfin reconnus par les médias au point d’être enfin considéré comme un potentiel MVP ! Il n’y a plus personne pour parler de départ !

Portland doit bien entendu continuer de prouver son nouveau statut dans la ligue et espérer que ses cadres soient épargnés de pépins physiques. Mais pour Aldridge c’est un long travail qui commence enfin à payer ! 

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