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La déliquescence financière du Mans ou les joies du PPP

Convoqué devant la DNCG ce jeudi, Henri Legarda a obtenu un sursis de huit jours supplémentaires pour trouver une solution aux problèmes financiers du club.

Si l’avenir du Mans en Ligue 2 est incertain tant sur le plan sportif qu’administratif, la débâcle financière qui affecte le club risque de se traduire par une envolée des impôts locaux à la charge du contribuable manceau. Non pas que ces derniers soient destinés à sauver ou à renflouer le club mais, à rembourser la multinationale du BTP, Vinci, constructeur et exploitant de la MMArena. Retour sur un partenariat public privé qui, s’il n’était pas légal ressemblerait fort à un braquage.

Seul candidat à l’appel d’offre, le groupe Vinci, signe en 2008 un contrat de concession et d’exploitation pour 35 ans de l’enceinte inaugurée en grande pompe le 29 janvier 2011, sous l’égide du PPP (Partenariat Public Privé). La belle histoire fut de courte durée. En proie à de sérieuses difficultés financières, le club cède ses meilleurs joueurs aux plus offrants et perd en compétitivité sportive ce qu’il gagne en économies. Ces manoeuvres ne lui permettent pas pour autant revenir à l’équilibre financier. De telle sorte, que la DNCG avait décidé au cours de l’été dernier de rétrograder administrativement le club sarthois.

Seul un plan de sauvetage de dernière minute avait permis au club d’éviter une relégation administrative en National. Au grand désarroi de Metz ! Depuis le gouffre s’est creusé dans le déficit du club manceau. Le « trou » est passé de 3 à 4 millions d’euros en juillet dernier à pas moins de 7,5 millions d’euros à ce jour.

Acculé par cette situation, le président du club, Henri Legarda s’est alors tourné vers la municipalité pour trouver des fonds. Une collectivité qui a déjà consenti des efforts financiers substantiels dans le club et ses infrastructures.

Vinci s’exonère de l’aléa sportif

La Mairie a déboursé pas moins de 31,48 millions d’euros sur les 104 millions d’euros qu’a coûté la nouvelle enceinte de 25 064 places, au lieu des 35 millions annoncés lors de la première estimation réalisée en 2002. Les Conseils Général et Régional ne sont pas en reste puisqu’ils ont contribué à hauteur de 8,76 millions d’euros chacun au financement du stade. Des dépenses colossales pour un club qui n’a jusqu’alors évolué que durant 6 années en première division.

La contribution des collectivités ne s’arrête toutefois pas là. Elles doivent s’acquitter d’une contribution forfaitaire annuelle de 1,332 million d’euros, dont 1,032 million pour la seule municipalité mancelle.

Le contrat de Naming conclu par les collectivités et l’assureur MMA afin que la nouvelle enceinte reprenne son appellation, prévoyait la participation de l’assureur aux frais de construction du stade à hauteur de 3 millions d’euros en sus d’une indemnité annuelle d’un million d’euros sur 10 ans.

Le club verse à Vinci un loyer annuel de 700 000 euros (substantiellement réduit depuis) ainsi que 15% des recettes de billetteries pour utiliser la MMArena.

Par ailleurs, comme le rentier éprouve la plus grande aversion pour le risque, Vinci a fait intégrer dans le Partenariat Public Privé une clause « d’aléa sportif » contraignant la municipalité à verser au concessionnaire une indemnité forfaitaire si le club n’évolue pas en Ligue 1. Cette indemnité était fixée à 340 000 euros lors de la première saison puis à 450 000 euros pour les suivantes.

Cette aversion pour le risque a conduit Vinci à aller plus loin encore dans les garanties publiques de ses intérêts privés. En effet, le contrat de concession prévoit que dans l’éventualité où le club serait relégué en National, le groupe de BTP peut résilier, dans un délai de 6 mois, la convention de concession et ainsi exiger une compensation qui s’élèvera à plusieurs dizaines de millions d’euros…à la charge du contribuable manceau.

Face à la menace d’une relégation administrative, la municipalité s’est résolue à acheter, en février dernier, le centre d’entraînement du club, son siège et divers bien immobiliers pour la somme de 2 millions d’euros afin de réduire d’autant le déficit du club. Un site construit en 2008 sur des terrains…municipaux. Le Mans FC restera locataire en échange du versement d’un loyer annuel de 180 000 euros. Autant dire qu’il s’agit d’une mesure déguisée de soutien au club toujours aux mains d’Henri Legarda.

La municipalité mancelle est prise dans un piège duquel elle ne peut plus s’extirper. Face à la possibilité offerte à Vinci de l’indemniser en cas de descente du club en National, la collectivité est contrainte de venir en aide à un club de football incapable d’honorer les émoluments démentiels de ses salariés éphémères, sans la garantie que ces derniers n’arrachent sportivement le maintien tant espéré.

Déjà en juillet 2012, le maire du Mans, avouait son impuissance.

Nous sommes intervenus dans la réalisation du stade à leur demande. Nous réclamons un jugement d’équité. La décision aura une valeur symbolique sur le lien de confiance entre les fédérations et des collectivités sans cesse sollicitées pour des équipements au profit de clubs sur lesquels elles n’ont pas la main.

Un avenir incertain

Malgré les efforts et le soutien des collectivités, le club est toujours en mauvaise posture. Les salaires des mois de février et mars n’ont pu être versés qu’avec l’apport de 500 000 euros par Claude Hervé, le principal, si ce n’est l’unique, candidat à la reprise du club.

Le président Henri Legarda s’est engagé à céder le club contre un euro symbolique mais il n’était en revanche pas disposé à signer n’importe quelle offre. Et si le club n’a toujours pas changé de propriétaires c’est que le consortium d’investisseurs mené par Claude Hervé d’une part et M. Legarda d’autre part ne parviennent pas à s’entendre sur deux dispositions.

Les discussions achoppaient sur la notion de retour « à une meilleure fortune » et sur les garanties du bilan du club. Autrement dit, la dernière offre transmise à Legarda l’oblige en sus de laisser ses parts pour un euro symbolique à renoncer à récupérer tout ou partie de sa mise lorsque le club générera des bénéfices mais surtout à garantir le bilan du club, soit à se porter garant de tout déficit supérieur aux 7,5 millions d’euros annoncés. Dos au mur, il finira par accepter l’offre qui lui sera soumise.

La DNCG a laissé huit jours de sursis au club du Le Mans FC. Par ailleurs, les dirigeants ont décidé d’accueillir le public lors de la réception de Tours ce soir, alors que l’idée de disputer la rencontre à huit-clos avait traversé leur esprit pour économiser les 100 000 euros que coûte l’organisation d’une rencontre dans la MMArena.

Les manceaux, sans Jérémie Janot, seraient bien inspirés de remporter leur septième victoire dans leur enceinte, sous peine de voir leur destin sportif bien compromis. Une chose reste certaine, dans une fin de saison où les salariés du club, son actuel président, la municipalité et les contribuables risquent de perdre gros, les profits Vinci sont à l’abri des soucis.

Appliqué au football, le partenariat public privé privatise les profits et socialise les pertes. Et ces dernières s’annoncent colossales pour le contribuable manceau. Pour autant, on trouve encore des voix pour affirmer que l’imposition est le mal du foot français.

Alors qu’elle s’insurge contre la future tranche d’imposition à 75% au delà d’un million d’euros, la LFP pourrait s’interroger sur le piège qu’elle tend aux contribuables en exigeant des clubs la construction d’enceintes toujours plus majestueuses et fastueuses, et sur sa licence club qui soumet les petits aux mêmes exigences que les grands.