Débats Sports

Jules Bianchi gage de la crédibilité de la Ferrari Driver Academy?

Romain Grosjean confirmé chez Lotus, le plateau 2013 présentera trois pilotes français en Formule 1. Peut-être même quatre si Jules Bianchi parvient à décrocher le baquet libéré chez Force India par le départ de Niko Hulkenberg en direction de Sauber. Plus que son avenir personnel c’est la crédibilité de la filière jeunes pilotes de la Scuderia qui est en jeu.

La renommée de la Ferrari Driver Academy (FDA) auprès des fans français doit beaucoup à l’adhésion au programme de Jules Bianchi. Le pilote niçois en fut le premier membre en décembre 2009 et il pourrait bien devenir le premier pilote à obtenir une place de pilote titulaire dans un baquet de Formule 1 en partie grâce au soutien du programme. Sergio Pérez est bien passé dans les rangs de la Ferrari Driver Academy mais il avait déjà obtenu un baquet chez Sauber tout en bénéficiant du soutien de Carlos Slim, bien plus déterminant dans l’obtention d’un volant dans l’élite du sport automobile que l’appartenance à la FDA.

Car depuis sa création en 2009, la filière jeunes pilotes de la Scuderia a semblé fonctionner sans véritable stratégie. Là où Red Bull a mis en place un véritable système de détection, de formation et d’accompagnement des jeunes pilotes des séries les moins prestigieuses à la Formule 1 avec Toro Rosso, la ligne directrice de la Scuderia peine à se faire connaître.

Destinée à encadrer les jeunes pilotes et à accompagner leur développement jusqu’à leur permettre d’intégrer l’élite du sport automobile, la FDA semble multiplier les mauvais choix. Depuis sa création, la FDA a engagé 8 pilotes. Seuls 4 sont encore sous contrat avec le programme de développement de la Scuderia. Sergio Pérez a vu son engagement rompu au moment même où il paraphait son contrat chez McLaren. Ce transfert en dit long sur l’influence de la FDA sur la carrière des pilotes engagés. Les espoirs italiens, Mirko Bortolotti et Daniel Zampieri n’auront pas survécu à leur première année faute de résultats suffisants. La même absence de progrès est la cause de l’éviction du français Brandon Maïsano qui n’aura pas digéré la transition du kart à la monoplace.

Outre Jules Bianchi, restent engagés avec la Ferrari Driver Academy pour l’année 2013, l’italo-suisse, Raffaelle Marciello, le jeune canadien, Lance Stroll et le seul italien du groupe, Antonio Fuocco.

Présent depuis 2010, l’italo-suisse a roulé en Formule 3 cette année, terminant second au championnat d’Europe de Formule 3 avec 7 victoires, et troisième des Formule 3 Euro Series.

Le jeune canadien est un prodige du karting, bien aidé par les moyens financiers de son cher père qui met à sa disposition le meilleur matériel possible depuis sa plus tendre enfance. Et pour l’instant cela paie. Il n’a que 11 ans lorsqu’il rejoint la Ferrari Driver Academy, plus jeune encore que Lewis Hamilton lorsqu’il avait rejoint McLaren. Antonio Fuocco a quant à lui eu le plaisir d’être engagé suite à ses solides performances en karting.

Lance Stroll, le jeune prodige du Kart bientôt dans un baquet Ferrari?

Lance Stroll, le jeune prodige du Kart bientôt dans un baquet Ferrari?

La route est encore longue pour reproduire les success story de Lewis Hamilton chez McLaren et de Sebastien Vettel chez Red Bull Racing. Plus qu’ailleurs, on peut légitimement s’interroger sur la pertinence même d’une filière de détection et de promotion des jeunes talents pour une équipe où tous les talents veulent un jour poser les pieds. Sebastian Vettel, triple champion du monde avec la marque autrichienne ne cache pas que piloter une Ferrari reste un des objectifs de sa carrière.

Alors existe t-il une place pour les jeunes pilotes chez la Scuderia ? L’histoire de l’écurie démontre que l’intérêt de la marque pour la formation de jeunes pilotes maison est proche du néant. Imprégnée par le prestige de la marque, la Scuderia est l’idéal type de la structure plus grande que ceux qui y sont de passage. Contrainte par son histoire et son image de marque à jouer la victoire tous les ans, la Scuderia ne peut s’inscrire dans une dépendance envers le temps long de la formation et de la promotion des jeunes talents. Elle doit offrir son baquet aux meilleurs.

La Scuderia a toujours attiré en son sein les plus grands pilotes. Sa politique sportive des 20 dernières années consiste précisément à embaucher le (supposé) meilleur pilote du plateau. Michael Schumacher et Fernando Alonso ont rejoint Maranello après avoir conquis chacun deux titres de champion du monde sur d’autres monoplaces. Kimi Raïkkönen le dernier champion du monde au volant d’une Ferrari jouissait d’une solide réputation lorsqu’il a rejoint une Scuderia qui venait de perdre le baron rouge. A l’avenir, tout porte à croire que Di Montezemolo confirmera cette politique sportive en tentant de mettre le grappin sur Sebastian Vettel. Nul espoir donc de voir la Scuderia puiser son numéro 1 au sein de sa filière jeunes pilotes à moyen terme. Toutefois la structure n’est pas dénuée de tout intérêt eu égard aux modes de gestion du tandem de pilotes de la marque aux 16 titres de champion des constructeurs.

Dans la transparence la plus totale, la Scuderia nomme un pilote numéro 1 qu’elle accompagne d’un pilote numéro 2 sensé rapporter des points pour le titre constructeur et protéger son leader au besoin. Cette saison la logique a atteint son paroxysme à Austin où les scellés sur la boîte de vitesse de Felipe Massa furent brisés afin de permettre à Fernando Alonso de s’élancer du côté propre de la piste, quitte à sacrifier de réelles chances de succès du brésilien. La Scuderia a bien fait de renouveler le contrat de Felipe Massa, elle ne trouvera nulle part ailleurs un second pilote aussi talentueux et corvéable aux consignes les plus iniques.

Dans ce contexte, l’idée de soutenir la carrière de jeunes pilotes avant de les promouvoir au rang de pilote titulaire fait sens. La Ferrari Driver Academy serait la voie toute tracée à la formation de pilotes talentueux et redevables envers l’écurie. En somme, la filière jeunes pilotes de la Scuderia est le mode de recrutement idéal d’un second pilote. Et à ce petit jeu là, le français Jules Bianchi présente le profil idoine. A condition d’obtenir un volant dès cette saison.

Et là encore la stratégie de la Scuderia interpelle. Jules Bianchi a obtenu l’hiver dernier le statut de pilote essayeur chez Force India, une écurie qui dispose d’un moteur…Mercedes. Pire pour les années à venir, c’est Niko Hulkenberg qui serait suivi avec insistance pour rejoindre Maranello. Ce dernier a en effet quitté Force India pour Sauber. Un transfert qui s’explique davantage comme un rapprochement vers la Scuderia que comme une franche progression. Quoiqu’il en soit, son départ de l’écurie indienne ouvre la voie à une titularisation de Jules Bianchi aux côtés de Paul Di Resta.

Le pilote français avait impressionné lors de la première session des essais pour les jeunes pilotes que ce soit au volant d’une Ferrari que d’une Force India. Cette saison il a pris part à 11 séances d’essais libres et a complété son agenda avec une participation aux World Series Renault 3.5 où il a décroché la seconde place au championnat.

Sa resignature au sein de la Ferrari Driver Academy en fait la figure de proue de la structure de promotion des jeunes pilotes de la Scuderia. Luca Baldisserri confirme l’objectif de placer Bianchi dans un baquet de Formule 1 dès la saison prochaine et dans un baquet marqué du cheval cabré dans un avenir proche.

« Il est important pour notre projet que Jules atteigne son objectif. L’objectif est de lui offrir un bel avenir en tant que pilote Ferrari ».  Alors que Force India et la Scuderia sont en négociation pour que l’écurie de Vijay Mallya dispose à compter de 2014 de moteurs Ferrari et non plus Mercedes, la Ferrary Driver Academy joue sa crédibilité. Elle dépend de la capacité des rouges à placer Jules Bianchi dans un baquet dès la saison prochaine. Le jeune français aurait alors une saison pour justifier le soutien de la Scuderia dont il bénéficie depuis 2009 malgré un palmarès encore vierge. Avant de succéder à Felipe Massa en 2014 ?