Débats Sports

Ils vont marquer 2015. Bilan des mois d’Août et Septembre.

David-Goffin-Coupe-Davis

Pour la première et dernière fois de la saison, Débats Sports vous propose, non pas le bilan d’un mois, mais de deux. Pour des raisons de calendriers (l’US Open empiétant très largement sur le mois de Septembre), nous avons décidé de présenter communément les mois d’Août et de Septembre. Entre autres, deux Masters 1000, à Montréal puis Cincinnati, puis le dernier tournoi du Grand Chelem de l’année, à New York. Et enfin, après les demi-finales de Coupe Davis, le début de la fin de saison en Indoor. Gros programme, donc, pour nos 13 hommes. Une période de la saison compliquée pour les membres de notre sélection. Avec, comme symbole de ces difficultés, l’abandon de presque la moitié d’entre eux sur les terrains de Flushing Meadows.

Comme la tradition le veut, c’est par Kei Nishikori que nous commençons ce tour d’horizon. Tout avait bien commencé pour le Nippon, titré à Washington après avoir battu, notamment, Cilic puis Isner. A Montréal, il s’est incliné sèchement en demi-finale, mais après avoir vaincu pour la première fois de sa carrière l’ancien numéro un mondial, Rafael Nadal.

Absent à Cincinnati, on l’attendait en grande forme à l’US Open. Finaliste l’an dernier, il arrivait avec l’envie de confirmer cette performance. Malheureusement, il a bénéficié d’un tirage piège, en jouant d’entrée l’un des hommes en formes de l’été, le français Benoit Paire. Malgré le très bon match (et tournoi) de l’avignonnais, Nishikori a manqué de tranchant et d’agressivité pour contrer un Paire ultra offensif, au revers dévastateur (son break dans le 5ème set en est l’image parfaite).

Un simple accroc dans la montée en puissance du Japonais ? Il n’en fait aucun doute. Il n’a pas encore disputé de tournoi depuis l’US Open, mais il a tout de même grandement participé au maintien du Japon dans le groupe mondial avec deux victoires en trois sets contre la Colombie de Falla et Giraldo. La fin de saison en Indoor devrait lui assurer une place à la table des rois, à Londres, lors du Master.

Cet été, on a, par moments, revu le Dimitrov de la saison 2014. Malheureusement, cela n’a (vraiment) pas duré longtemps pour le Bulgare. Huitième de finaliste à Washington et Cincinnati, sorti au second tour à Montréal et à l’US Open, le bilan est franchement vilain. Du bon, mais souvent du très moyen.

Sorti par Kukushkin au second tour à Flushing Meadows, il peut nourrir de gros regrets tant le tableau semblait dégagé. C’est dans l’Ohio qu’on l’a vu au meilleur de sa forme, brillant contre Pospisil, parfois étincelant contre Murray, il a fini par s’incliner 7/5 au troisième set. 19ème mondial, et 25ème à la Race il ne s’arrête plus de dégringoler. Quoi qu’il arrive, 2015 sera à oublier pour le prodige venu de l’Est. Et pas d’embellie en vue puisque l’ancien demi-finaliste de Wimbledon a chuté dès le deuxième tour à Kuala Lumpur, sorti par le modeste allemand Becker en deux manches.

Il y a un an, Gaël Monfils s’offrait, en quart de finale, deux balles de match contre Roger Federer.

Un an après, les choses ont bien changé. Pour la première fois depuis 2005, l’extravagant Parisien a quitté Flushing Meadows d’entrée de jeu. Séparé de son entraineur, Jan de Witt, en délicatesse avec son dos, il n’avait clairement pas rassuré dans les deux précédents Masters 1000. Une victoire en trois matchs, mais une élimination face à Muller au Canada et d’entrée, par Janowicz, à Cincinnati. Malgré tout à New York, dans le tournoi le plus « show » de l’année, où l’ambiance est la plus électrique, on pensait voir Monfils puiser dans cette énergie pour renaître de ses cendres. Un espoir qui n’aura duré qu’un set. Le premier, gagné 6-2, contre Illya Marchenko, obscur ukrainien classé 119ème mondial, et issu des qualifications. Après avoir cédé la deuxième manche 6-4, le Français a fait appel au kiné à deux reprises dans le 3ème set, avant d’abandonner à 5-0 pour son adversaire. Comme pour Dimitrov, un été catastrophique pour l’ancien 7ème mondial, redescendu au 23ème rang du classement ATP.

Si certains ont été privé de jeu à cause de blessures, c’est exactement le contraire pour Alexandr Dolgopolov. On pourra trouver à redire sur la gestion du calendrier de l’Ukrainien, qui ne s’est offert aucune semaine de repos, enchainant Atlanta, Washington, Montréal, Cincinnati, Winston Salem puis l’US Open. C’est dommage, car, comme souvent, on a vu par moment le très, très bon Dolgopolov. Outre ses sorties d’entrée au Canada (contre Dimitrov) ou à Winston-Salem (contre Kokkinakis), il s’est montré à son avantage à Washington, en sortant Karlovic avant de chuter en trois manches contre un certain Alexander Zverev. Mais c’est surtout à Cincinnati, où il s’est offert une deuxième demi-finale en carrière en Masters 1000 (après Indian Wells l’an dernier) que « Dolgo » nous a laissé entrevoir de très belles choses. Tomic, Janowicz battu, il a balayé Tomas Berdych, avant d’offrir une résistance incroyable à Djokovic, le poussant dans un tie break au second set, après avoir gagné la première manche. A l’US Open, son physique l’a rattrapé. Est-ce son trop plein de tournois ? Nous ne pouvons pas l’affirmer. Blessé au coude, il a dû rendre les armes après avoir perdu la 3ème manche, contre le serveur le plus rapide de l’histoire, Sam Groth. Une déception car lui aussi se trouvait dans la partie de tableau désertée par Kei Nishikori et semblait avoir un coup à jouer pour goûter à la deuxième semaine. Il a profité des « petits tournois » de fin septembre pour couper après son été de marathonnien.

101 ans. Il aura fallu attendre plus d’un siècle pour revoir la Belgique en finale de Coupe Davis. A Bruxelles, dans une arène surchauffée, David Goffin a activement participé au succès des Belges contre l’Argentine, offrant à Steve Darcis un match 5 vaillamment remporté par l’ancien tombeur de Nadal à Wimbledon. Contre Delbonis puis Schwartzman, il n’a pas tremblé, s’imposant à chaque fois en trois manches. A Gand, en finale, la Belgique ne sera pas favorite face à la Grande Bretagne. Mais avec un Goffin de feu, Murray peut trembler. Pour l’anecdote, ce sera la revanche de cette fameuse finale de Coup Davis 1904, remporté 5-0 par les britanniques.

Pour le reste de l’été de Goffin, on peut résumer ça rapidement : Deux matchs gagnés, et puis s’en va.  Lors des Masters 1000, le tirage au sort ne l’avait pas épargné car, après s’être dépêtré des deux piégeux premiers tours, il avait rendez-vous avec Kei Nishikori à Montréal, et avec Novak Djokovic à Cincinnati.

Un tournoi où il peut avoir d’immenses regrets. Car, au changement de côté à 3-0 double break en sa faveur contre Djokovic dans la 3ème manche, il semblait avoir fait le plus dur. Le Serbe ne semblait pas dans son assiette, pâle, il se faisait martiriser par le tennis incroyable du belge. Et puis, les choses se sont rééquilibrées, et le futur vainqueur de l’US Open a remis les choses à l’endroit en remportant les six derniers jeux. Des regrets, il peut en avoir également du côté de New York. Abandonner lorsque l’on mène, ce n’est jamais facile. Contre Bautista Agut, c’est pourtant ce qui est arrivé au 15ème mondial, se privant de retrouvailles avec le numéro 1 mondial. La chaleur, qui aura décimé bon nombre de joueurs, est la raison de cet abandon, alors qu’il menait 2 sets à 1. Comme depuis 3 mois, il va devoir continuer à défendre son incroyable fin de saison passée. Mais surtout, tenter de remporter la Coupe Davis. Deux énormes défis.

Dans la famille des abandons, je voudrais Jiri Vesely. A l’instar des trois joueurs au dessus, le tchèque a dû serrer la main de son adversaire avant de perdre trois manches. Pour lui, la fatigue physique n’a pas pu être compensée par le mental. Il faut dire qu’après avoir réussi un petit exploit en sortant le très en forme Ivo Karlovic au 2ème set (7/6 au 5ème), il enchainait avec…John Isner. Jouer les deux meilleurs serveurs du circuit à la suite, ce n’est jamais une sinécure. Mené rapidement deux sets 0, il a préféré se retirer. Fatigué, usé par la chaleur, il n’aura donc pas fait la passe de deux, et n’a donc toujours pas goûté à la deuxième semaine d’un tournoi du Grand Chelem. A Cincinnati puis à Winston-Salem, il s’était fait sortir très rapidement par un joueur, qui, dans l’ombre, réalise une superbe saison, le brésilien Thomaz Bellucci. Après un petit tour au service de la patrie contre l’Inde pour sauver la République Tchèque, avec une victoire contre Yuki Bhambri mais une défaite peu reluisante contre Somdev Devvarman, il est resté en Asie pour disputer le challenger de Taiwan. Tête de série numéro un, il a chuté en demi-finale contre…Yuki Bhambri. Perdre en deux semaines contre deux indiens différents, voilà sans doute un exploit rare cette saison pour un joueur ATP. A Shenzhen, il a battu Zhang puis…Zhang, avant de chuter en quart contre le futur vainqueur, Tomas Berdych. Malgré son été irrégulier et ses péripéties asiatiques, le voilà de retour dans le top 40 ATP

Après son fantastique mois de Juillet, il était compliqué pour Dominic Thiem de tenir le même rythme en Août. Tout avait bien commencé, car, à Kitzbuhel, il n’a été stoppé qu’en demi-finale, par Philipp Kohlschreiber. Il est donc passé à deux matchs de remporter un troisième tournoi en trois semaines. Un exploit qui aurait été colossal, puisque personne ne l’a réalisé depuis…6 ans, et c’était l’oeuvre de Rafael Nadal. Sans doute fatigué, et en difficulté sur la transition terre battue/ béton, il n’a pas gagné un match lors des deux Masters 1000. Réglé à New York, il n’a pas égalé son 8ème de finale de l’an passé, mais a fait le job, sortant Gimeno-Traver puis Istomin avant de chuter en trois manches accrochées contre Kevin Anderson, un des joueurs en forme du tournoi. Au sortir de New York, il a accroché une demi-finale ATP à Saint Petersbourg, battu par Joao Sousa. Grâce au quatrième Grand Chelem de la saison et à son parcours dans la cité Russe, l’Autrichien sauve sa place dans le top 20 mondial.

On a déjà dit beaucoup de choses sur Nick Kyrgios. L’affaire Wawrinka, le non match contre Gasquet. Le tirage au sort à New York lui aura offert le seul joueur à l’avoir défendu, Andy Murray. Battu en quatre manches, la marche était trop haute face à l’écossais. L’Australien a désormais les capacités pour bien finir sa saison, en Indoor. Il a commencé cette entreprise en rejoignant les demi-finales à Kuala Lumpur, battant au passage Ivo Karlovic, et buttant sur un Feliciano Lopez auteur d’une excellent tournoi.

Lui aussi a abandonné. Et s’il ne menait pas au moment de l’abandon, la cuisse de Thanasi Kokkinakis l’a lâché alors qu’il malmenait très sérieusement Richard Gasquet. Alors qu’il menait deux sets à un, l’Australien a « crampé », et il a dû se résoudre à l’abandon au début du 5ème set. On pourrait parler de malchance, mais il est vrai que cette vague d’abandons pose des questions sur la préparation des joueurs de très haut niveau, comme n’a pas manqué de le rappeler Roger Federer.

Dans tous les cas, et lorsqu’on voit le parcours de Gasquet, le jeune homme peut avoir des regrets. On le répète, mais Kokkinakis semble plus en adéquation avec l’idée que l’on se fait d’un joueur de tennis que son copain des Special K. Aligné en demi-finale de Coupe Davis, il a logiquement chuté contre Murray, même si son manque de résistance (seulement six jeux marqués) peut décevoir. A Saint Petersbourg, c’est Marcel Granollers qui l’a sorti d’entrée. L’indoor ne semble pas être le terrain de jeu préféré du jeune homme. Le voici malgré tout 73ème mondial, tout prêt du meilleur classement de sa carrière (69ème)

33ème mondial fin Juillet, Borna Coric a réalisé des performances diverses et variées, mais il conserve sa place à l’entrée du top 30, malgré une légère chute à la 38ème place. Aucune contre-performance pour le Croate sur le béton Nord-Américain. Battu par Tsonga à Montréal, puis par Wawrinka au second tour à Cincinnati, après une victoire au premier tour contre Zverev, dans ce qui était la première manche de ce qui pourrait devenir un classique du circuit ATP dans les prochaines années. Il a ensuite rejoint les quarts de finale à Winston Salem, battu par le futur vainqueur, Kevin Anderson. Tout prêt d’être tête de série, il n’était finalement pas protégé à New York, et il est tombé d’entrée contre Rafael Nadal. Malgré un beau combat, il a fini par céder en quatre sets contre un Nadal relativement solide ce jour-là. Cette élimination précoce lui a permis d’aller remporter à Barranquilla, en Colombie, le deuxième challenger de sa carrière après Izmir l’an dernier. Sur terre battue, il n’a pas tremblé pour battre aisément ses (modestes) adversaires. Il a lui aussi joué les barrages de Coupe Davis, maintenant son pays dans le Groupe Mondial grâce à ses victoires sur le sol brésilien. La Croatie qui sera un véritable prétendant au titre l’an prochain. Désormais, c’est la fin de saison en Indoor qui s’offre à lui. Là où il avait explosé à la face du monde l’an dernier en battant Rafael Nadal à Bâle. Quelle surprise nous réserve-t- il cette année ?

Mois après mois, Alexander Zverev progresse. Encore, et toujours. Ces deux mois, ils les a commencés par un quart de finale à Washington, en sortant Anderson et Dolgopolov, avant de livrer un match solide contre Marin Cilic. Dans l’Ohio, il avait dû se battre pour sortir des qualifications avant de chuter contre Coric. Comme nous le disions plus haut, leur première rencontre est loin d’être la dernière. Tennistiquement, mentalement, et au vu de leur début de carrière, ces deux-là ont tout pour être les futurs patrons du tennis mondial. A New York, il a dû là aussi passer par les qualifications. Zeballos, Langer et le dangereux Dodig écartés, il a goûté à son deuxième tournoi du Grand Chelem. Le second consécutif. Et quelque chose nous dit que, sauf blessure, il n’en loupera plus dans la prochaine décénie. Au premier tour, il a livré un immense match contre le chef de file du tennis allemand, le très sous-coté Kohlschreiber. Malheureusement, il a craqué dans le cinquième set. La fin de saison devrait le voir continuer son ascension, malgré deux défaites d’entrée à Metz contre Verdasco et en Malaisie contre Chardy. Avec une grosse fin de saison, il pourrait continuer de grapiller des places et se situer à l’entrée du top 50.

Un jeune joueur de tennis doit savoir garder la tête froide, et ne rien considérer comme acquis. Exceptionnel en Juillet, avec ce fabuleux parcours à Hambourg, Lucas Pouille a réalisé des performances en deçà. Mais c’est le quotidien des joueurs alternant entre le circuit Challenger et le circuit ATP. Il n’a malheureusement pas passé le cut des qualifications à Winston-Salem, battu par Sekou Bangoura, 439ème mondial. A New York, il a livré un match très terne, pour s’incliner contre Evegeny Donskoy, sorti des qualifications, et disons-le, loin d’être un foudre de guerre. Le jeu à risque du français lui a couté ce qui aurait pu être sa 1ère victoire en Grand Chelem hors de France. Malgré ça, en Russie, il a battu Berankis et Janowicz pour s’offrir un quart de finale, perdu contre le toujours solide Bautista Agut. Avant de chuter extrémement lourdement à Shenzhen contre Mannarino. Pouille continue d’alterner les hauts et les bas. Espérons voir plus de hauts que de bas pour les deux derniers mois de l’année.

Pas de Wild Card pour le tableau principal, mais une Wild Card pour les qualifications de l’US Open. Voilà ce qu’a obtenu Stefan Kozlov. Mais, contrairement à l’an dernier, il n’a pas passé le premier tour, s’inclinant d’entrée contre l’argentin Guido Andreozzi, en trois manches. A Cincinnati, il avait également reçu une wild card pour les qualifications. Mais en Masters 1000, la densité est bien plus forte qu’en qualifications de Grand Chelem, et il s’est incliné d’entrée contre le très dangereux Yen-Hsun Lu, ancien quart de finaliste en Grand Chelem. Pour le reste, Kozlov a subi la plus grosse chute de la semaine, fin septembre, avec pas moins de 196 places perdues. L’an dernier, il avait rejoint la finale du challenger de Sacramento. Cette année, il n’a pas pris part au tournoi de la capitale Californienne, choisissant Columbus, dans l’Ohio, avec une défaite contre Dennis  Novikov, d’entrée. Désormais, Stefan Kozlov va devoir reprendre sa longue marche en avant. A 17 ans, il a tout le temps devant lui.