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Harden aux Rockets. Coup de tonnerre dans le Texas !

A 20 ans, Anthony Dubourg possède une solide connaissance de la NBA. Pour cause, c’est au milieu des années 2000 qu’il se prend de passion pour le basket nord-américain.Draftologue confirmé, Anthony nous livre son analyse du trade qui envoie James Harden du côté de Houston, et un son lot de talents et de picks de choix à Oklahoma City. 

Un trade à l’avantage des Rockets ?

Fans et observateurs s’accordent à le dire, Houston est le grand bénéficiaire de ce transfert. Si les premiers donnent leur verdict par le biais d’un sondage sur le site de NBA.com (113K sur 200K vont dans ce sens), les spécialistes s’enthousiasment pour cette décision qui rend les Rockets ‘relevant again

Et pour cause, c’est l’un des meilleurs arrières de la ligue, tout juste âgé de 23 ans, qui donne un visage à cette équipe en reconstruction que nous dépeignions précédemment. Ce joueur, à la palette offensive ginobiliesque (sens de la passe, tirs à trois points, pénétrations avec flopping si nécessaire pour gagner de précieux lancers), est annoncé par le GM texan, Daryl Morey, pas peu fier de sa prise, comme « le joueur autour duquel nous voulons cimenter notre équipe ».

Cependant, derrière le discours d’usage propre à ce genre d’évènement, l’équipe dirigeante ne peut occulter certaines réalités dans son projet de mettre sur pied à terme une équipe championne :

Les seules équipes championnes, dans un passé récent, dont le franchise player jouait au poste d’arrière sont les Lakers de Kobe Bryant et le Heat de Dwyane Wade. Il parait plus que présomptueux de ranger le sympathique barbu dans cette catégorie de joueurs, au moins pour le moment.

Il faut toutefois apporter une nuance. Le contrat maximum qui attend l’agent libre restrictif à la fin de l’année, ou avant, constituera évidemment une montée en grade. Si Harden montre qu’il n’a pas les épaules d’un franchise player, ce qui reste l’hypothèse la plus probable, il passerait néanmoins du rôle de troisième larron du Big 3 de l’Oklahoma à celui de lieutenant de la future star des Rockets. En attendant celle-ci, il constituerait un Franchise player de substitution, à l’image d’un Joe Johnson époque Atlanta, d’un Rudy Gay ou d’un Danny Granger.

Nous étions prévenus, le gros contrat expirant de Kevin Martin avait vocation à ne pas faire de vieux os dans le Texas. Si Houston a décidé de faire table rase du passé, son acharnement à se débarrasser de tous ses vétérans pourrait s’avérer préjudiciable. Relais du coach dans le vestiaire et sur les terrains, les joueurs d’expérience encadrent les jeunes joueurs, leur enseignent les ficelles du métier mais aussi la manière de gérer leur vie de professionnel, la célébrité, et le succès auprès de la gent féminine qui en découle. Leurs précieux conseils sont parfois des déclencheurs d’une amélioration visible des jeunes pousses sur le plan du jeu. Si des résultats ne sont de toute façon pas attendus des youngsters cette saison, l’année 2013 doit être une année d’apprentissage du jeu et du cadre NBA pour nombre d’entre eux. Le départ du dernier vétéran n’aidera pas à la mise en place d’un esprit de la gagne et de routines d’entrainements acharnés. La logique de la jeunesse poussée à outrance n’est pas gage de réussite. 

Une équipe championne lors de la décennie 2010 aura un banc ou ne sera pas. A l’exception du cas très particulier du Heat de l’an passé, on assiste à une course à l’armement de la part des armadas qui se traduit par l’acquisition de bancs d’une grande solidité. A l’aune de la saison 2012-2013, on ne peut qu’être impressionné par la qualité des rotations des Lakers, des Spurs, du Thunder, des Celtics, du Heat et des Clippers, pour ne citer qu’eux. Dans un effectif plein de potentiel comme celui des Rockets, tous les joueurs ne répondront pas aux attentes pour s’affirmer soit comme des cadres du 5 majeur, soit comme des éléments clés sortant du banc. Il apparait donc nécessaire d’injecter de nouveaux potentiels à l’avenir et la perte du choix de draft canadien 2013, certainement dans la lottery, demeure un point noir du trade.

Le choix de Dallas, envoyé à OKC, aurait pu également être utile même si un choix à partir du 20ème choix ne semble pas déterminant dans une draft annoncée, a priori, faible. Cependant, si les Mavs ne font pas partie des 10 meilleures équipes de la ligue cette saison, et qu’ils récupèrent donc leur choix 2012, ils devront céder leur choix 2013 selon les mêmes conditions. Or la draft 2013 s’annonce plus fournie en talents.

En résumé, un 20eme choix 2013 sera probablement meilleur qu’un choix 2012 et il est possible que Dallas cède celui de 2013 plutôt que celui de 2012. Mais ceci ne reste que des calculs d’apothicaires très bancales à l’heure actuelle, tant les inconnus demeurent nombreuses.

Les observateurs attentifs de la draft, plus communément appelés « draftologues » s’étonneront sans doute de ne trouver la perte du rookie Jeremy Lamb qu’en dernier point.

Et pour cause ! Barré initialement par Martin, Lamb avait vocation à prendre le pouvoir au poste 2 à terme et à devenir une des figures majeures du projet texan de championship-caliber team. Mais l’arrivée d’Harden vient apporter le cadre au poste 2 que Lamb était destiné à devenir. Un joueur confirmé a plus de valeur qu’un rookie, qui, comme tout novice, n’a pas prouvé sa valeur au plus haut niveau, et l’ancien Huskie aurait fait doublon avec le barbu, dont il ne partage par ailleurs pas le talent en pénétration.

Pour le reste, le néo-Rocket est accompagné de role players qui seront probablement coupés. Aldrich Cole, perdu en summer league avant de se reprendre en pré-saison, pourrait être conservé mais son addition à l’équipe ne sera pas déterminante.

En définitive, l’arrivée d’Harden constitue un plus indéniable dans ce projet de construction à long terme et il apportera sûrement à la franchise quelques victoires supplémentaires mais les drafts 2012 et 2013 restent en point de mire pour Houston dans sa recherche de la nouvelle star (Muhammad ? Wiggins ? Parker ?).

Et si le Thunder avait encore frappé ?

Houston, nous l’avons dit, est considéré quasi-unanimement comme le grand gagnant de ce mouvement. Pourtant, il est encore bien trop tôt pour donner un verdict dans les trades qui impliquent des rookies.

La Cité des anges nous en donne des exemples éclatants. Le trade de Pau Gasol n’avait-il pas été considéré à l’époque, et à juste titre à ce temps t, comme un braquage à main armée des Lakers ? Rétrospectivement, en revanche, la capacité d’adaptation et l’évolution de son petit frère, jouant à un poste 5 peu dense dans la grande ligue, ont considérablement rééquilibré le transfert. Et que dire de celui de Kobe Bryant en 1996 ?

Du côté d’Oklahoma City, on peut légitimement penser que l’absence de leur 6ème homme ne se fera pas tant ressentir que cela. Ce dernier se montrait particulièrement précieux par ses qualités de scoreur, de créateur et ses paniers clutchs. Le retour de blessure d’Eric Maynor, et dans une mesure bien moindre l’apprentissage de Reggie Jackson, assureront la mise en place du jeu de la seconde unit du Thunder tandis qu’on pourra compter, encore plus que par le passé, sur le duo Westbrook-Durant dans le money time.

Reste une carence en points marqués… Et que récupère Oklahoma dans cet échange ? Deux scoreurs !

D’un côté, un joueur d’expérience. Unidimensionnel, Kevin Martin n’en a pas moins été considéré un temps comme un franchise player par défaut (voir plus haut). Une prouesse pour un joueur qui n’a jamais existé que par le scoring et qui en dit long sur sa compétence dans ce domaine. Si son expérience en playoffs n’est pas impressionnante, il remplira le rôle de 6ème homme immédiatement.

De l’autre, un rookie à fort potentiel. Si Bradley Beal a été sélectionné en 3ème position de la dernière draft, Jeremy Lamb reste le meilleur arrière universitaire de l’an passé sur le plan statistique. Il soit sa place dans la dernière draft à une mauvaise March Madness, des questions sur sa motivation et des difficultés à attaquer le cercle. Si ses pénétrations demeurent perfectibles, son activité au rebond et en défense ne laissent planer aucun doute sur sa volonté de progresser.

Le Beardman demeurait la seule option offensive de premier plan en sortie de banc, ce qui rendait les soirs sans du néo-Rocket particulièrement difficile pour sa franchise. Celle-ci récupère deux solutions en attaque, pouvant se compenser lorsque la réussite de l’un d’eux n’est pas au rendez-vous.

Oklahoma City, qui joue le titre dès cette saison, ne sort pas nécessairement perdant et peut-être même grandie, du départ du troisième membre de son Big Three. A moyen terme, l’opération effectuée par Sam Presti dénote une intelligence stratégique encore une fois au-dessus du lot. La décision du 28 octobre se présente comme le point d’orgue d’une intersaison menée de main de maître.

En récupérant Kevin Martin, Presti se dote d’un gros contrat qui arrive à expiration. En d’autres termes, il libèrera de la masse salariale cet été.

Tout d’abord, l’argent débloqué pourra servir à resigner Eric Maynor. Le jeune tatoué s’est déjà imposé comme l’un des meilleurs remplaçants à son poste. En outre, il permet d’alterner le tempo en sortie de banc derrière le supersonique Westbrook, qualité à laquelle on peut ajouter sa clutchitude prouvée au niveau universitaire. S’il n’est pas trop gourmand, son avenir dans l’Oklahoma est assuré. Dans le cas contraire, l’énergique Reggie Jackson recevrait une promotion méritée.

Mais surtout le banc du Thunder, élément primordial dans la quête du titre comme dit précédemment, se pose comme l’un des meilleurs ,si ce n’est le meilleur, de la grande ligue et pour longtemps !

Derrière Maynor et l’inamovible Nick Collison, qui occupe la fonction d’un PJ Brown des Celtics 2008, qui jouera 4 et 5, l’intersaison a apporté beaucoup de talents à la second unit.

En signant Hasheem Thabeet, la franchise s’est dotée d’un ex-espoir déçu qui n’a jamais mis sa carrière sur les rails. En conséquence, le jeune tanzanien a accepté un faible contrat de deux ans. Par conséquent, Oklahoma City se retrouve avec un grand pivot à fort potentiel, qui a prouvé qu’il pouvait se rendre utile pendant la pré-saison quand il ne prenait pas 10 fautes par minute. A terme, s’il comprend comment gérer ce problème, il pourrait devenir une rotation défensive des plus valables au poste 5.

Kevin Martin, joueur âgé et habitué aux équipes médiocres, est enchanté de jouer enfin pour un candidat pour le titre, comme le prouve sa réaction Twitter.

On imagine aisément qu’il sera très enclin à resigner pour un petit contrat avec sa nouvelle équipe cet été, ce qui garantit la présence d’une menace offensive de premier plan aux postes 2 et 3 pour plusieurs années.

Mais les plus grands bénéfices sont à chercher du côté de la draft 2012. Oklahoma City a obtenu deux joueurs qui en sont issus, c’est-à-dire qu’elle est assurée de la présence de ces deux joueurs dans son effectif pour quatre années (en comptant l’option).

D’une part, Jeremy Lamb, arrière travailleur qui peut s’imposer en sortie de banc s’il dispose de minutes conséquentes, à la manière de…James Harden ! Il peut être utilisé comme un spécialiste du shoot en remplacement de Daequan Cook, parti à Houston, mais ce serait le limiter à un rôle réducteur.

De l’autre, Perry Jones III, ovni basketballistique qui, pour une raison qui dépasse l’entendement, était toujours disponible au choix 28. Outre, un soi-disant problème au genou, ce qui a causé une telle chute à ce joueur pouvant jouer aux deux postes d’ailier, c’est son caractère atypique sur et en dehors du terrain. A priori, Jones se démarque positivement. Il allie la taille d’un ailier fort, le maniement de balle d’un arrière, un  shoot de petit ailier et des capacités de passe très encourageantes. Bien entouré, Perry Jones a le potentiel pour être un top 5 de la draft sur le plan du talent brut. En donnant au rookie le seul environnement dans lequel il pouvait réellement donner la pleine mesure de son potentiel, c’est le Thunder qui récupère un atout majeur en sortie de banc pour les quatre prochaines années.

Le Thunder va ainsi bénéficier d’un banc en progression constante et qui est déjà pétri de talents, plus que le 5 des Bobcats? Outre le cas Maynor, qui devrait être réglé facilement, leur prochaine échéance contractuelle est donc dans 4 ans. Le problème sera alors de trouver des fonds mais aussi et surtout des arguments pour des joueurs qui voudront sûrement des places de titulaires assorties de trentaines minutes de temps de jeu.

Mais Sam Presti veille au grain, et l’équipe qu’il a mise sur pied jouera le titre lors des 4 prochaines saisons. De quoi s’accorder quelques jours de vacances…