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En ne transférant pas Kemba Walker, les Hornets veulent aller au bout de leur projet

Le 19 janvier dernier, les Charlotte Hornets affichaient un bilan de 18 victoires pour 25 défaites, les plaçant à la 11ème place de la conférence est. Bien que pouvant être expliqué par de nombreuses blessures sur les premiers mois de compétition, c’était en dessous des ambitions affichées à l’aube de la saison 2017/2018. C’est alors que l’homme par qui passe la majorité des annonces et rumeurs de transferts en NBA fit une annonce fracassante :

Le Front Office des Hornets semble donc prêt à envisager l’idée d’un départ du joueur qui fut drafté à la 9ème place de la draft 2011. Lui qui est reconnu par la majorité des fans comme le joueur le plus emblématique des Bobnets depuis l’implantation de la franchise à Charlotte en 2004. Toujours selon Woj, la contrepartie recherchée contre le meneur all star serait un jeune prometteur ou un choix de 1er tour de draft haut placé. Bien que n’étant qu’une rumeur, cette information provoqua remous et inquiétudes parmi les fans. Le propriétaire de la franchise, Michael Jordan, fut obligé de calmer le jeu en déclarant au Charlotte Observer « Nous ne souhaitons pas trader Kemba à tout prix.[…] Nous avons demandé aux autres équipes quels joueurs pourraient être inclus dans une transaction et ils répondent toujours Kemba […] Je ne pourrais pas l’échanger pour autre chose que pour un all-star ». Malgré ses paroles se voulant rassurantes, la majorité des fans des Hornets craignait un transfert de son meneur star jusqu’à la trade deadline. Celui-ci n’a pas eu lieu, provoquant un soulagement chez beaucoup.

Néanmoins, échanger Kemba à cette occasion aurait pu être le coup d’envoi d’une nouvelle direction pour la franchise. Engluée dans les profondeurs de la conférence est, celle-ci pourrait manquer les play-offs pour la seconde saison consécutive. Pourtant, le front office avait pris le pari à l’été 2016 d’investir les nombreux dollars pour reconduire des pièces majeures de l’effectif qui remporta 3 matchs de play-off cette année-là, une première depuis 2002 pour une franchise NBA basée à Charlotte. Le prérequis fixé à la réussite de cette construction d’effectif n’est pas un titre – le graal absolu en NBA – mais une qualification annuelle en play-off le temps des contrats des éléments majeurs de l’équipe. Cet objectif ne fut pas atteint en 2017 et semble également compromis pour 2018, à l’heure où le bilan des Hornets est de 23 victoires pour 32 défaites.

En janvier 2017, la masse salariale fut encore alourdie pour une longue durée avec le transfert de Miles Plumlee, échangé dès l’été suivant contre Dwight Howard. La situation salariale de la franchise est désormais la suivante :

Le front office n’aura aucune marge de manœuvre avec sa masse salariale à l’été 2018, alors même que certains ajustements seront nécessaires pour compléter le banc, aux postes de meneur et ailier notamment. En dehors de contrats pour le minimum, le seul moyen d’améliorer fortement l’effectif à l’été 2018 est de réussir un échange favorable sportivement à court terme. Chose qui n’est pas souvent aisé, même si des opportunités peuvent exister, comme celles ayant permis d’acquérir Batum ou Howard. Pire encore, le montant total des salaires garantis pour la saison 2018-2019 atteint déjà le plafond actuel de la luxury tax, alors même qu’il est annoncé que celui-ci devrait rester stable. A ce prix-là, il est légitime d’attendre d’un effectif aussi coûteux qu’il soit à même de jouer les premiers rôles. Or, ce n’est pas le cas des Charlotte Hornets sur les 2 dernières saisons.

Face à ce constat n’incitant guère à l’optimisme, le front office a cherché à réduire le budget salarial. En effet, toujours selon Adrian Wojnarowski, Rich Cho et son équipe souhaitaient en priorité se débarrasser d’un des vétérans au contrat onéreux et à longue durée : Nicolas Batum, Marvin Williams, Dwight Howard ou Michael Kidd-Gilchrist. Cependant, ils ont tous été jugés trop payés par les 29 autres GM de la ligue. Pour lâcher un de ces contrats, il faut donc en complément ajouter une pièce plus intéressante : un 1er tour de draft, ou un joueur avec un deal plus rentable. Le plus indiqué est donc Kemba Walker, qui ne touche que 12M$ par saison jusqu’en 2019. C’est alors qu’un dilemme se pose à Michael Jordan : continuer avec cet effectif coûteux qui montre déjà ses limites, ou repartir sur une nouvelle ère, quitte à sacrifier la star de l’équipe.

Compte tenu de l’impasse dans laquelle semblent se trouver les Charlotte Hornets, la solution d’un pas en arrière pour reconstruire une équipe jeune peut se poser. Si une telle entreprise se valide avant tout par la qualité et le développement des joueurs acquis lors du processus, la démarrer dans le bon timing peut accélérer son succès. L’échéance du contrat de Kemba Walker est fixée à l’été 2019. Il sera alors agent libre non restreint. Pour le retenir il faudra lui offrir un contrat onéreux et pour une longue durée, alors qu’il aura 29 ans au moment de sa signature. Surtout, même s’il a de nombreuses fois répété son amour pour la ville de Charlotte, il pourrait décider de rejoindre une équipe offrant des perspectives sportives plus attirantes. Il n’a joué les play-off qu’à 2 reprises dans sa carrière, sans jamais passer un tour. Les Hornets perdraient alors leur leader sans aucune contrepartie, les laissant dans une situation inconfortable. De la même manière le contrat de Jeremy Lamb arrivera également à échéance alors qu’il était avantageux pour la franchise, puisque seulement de 7 millions d’euros. Si ces 2 joueurs quittent la franchise sans rien en retour, alors celle-ci se retrouvera dans une situation délicate sportivement, alors même que les onéreux contrats de Kidd-Gilchrist, Williams et surtout Batum seront encore en cours.

Manager une équipe NBA, c’est construire un effectif cohérent à court terme, mais aussi manager à moyen terme. Dans ce contexte, anticiper un scénario où des pièces quittent la franchise sans contrepartie est indispensable. C’est pourquoi, échanger Kemba Walker avant la trade deadline avait du sens. Plus il se rapproche de la fin de son contrat, plus sa valeur marchande se réduit. En le transférant à cette occasion, sa côte était probablement encore suffisante pour récupérer un joueur prometteur ou un haut tour de draft, tout en ajoutant un contrat encombrant à la transaction pour diminuer la masse salariale. Cela aurait permis de faire d’une pierre deux coups en se débarrassant d’un contrat encombrant, tout en ayant une première pièce d’une reconstruction ayant pour objectif d’aboutir à une équipe compétitive. Si cette décision aurait été impopulaire à court terme auprès des fans, comment reprocher à un front office d’avoir une vision à longue durée ? Cela aurait été également l’occasion d’admettre que l’orientation prise à l’été 2016 fut un échec et de partir dans une nouvelle direction.

De même, cela aurait pu mettre fin à l’entre deux qui caractérise la saison en cours alors que les Hornets sont très en retard dans la course en PO. L’occasion d’assumer que l’objectif jusqu’au printemps est de se placer pour une position élevée à la prochaine lottery. Bien qu’il faudrait terminer avec 67% de victoires sur les 27 matchs restants pour avoir un bilan de 50% en fin de saison, les Hornets continuent à répéter que les play-off sont leur objectif. Pourtant, seuls les Warriors, les Rockets, les Celtics et les Raptors ont actuellement un bilan au-dessus de 67%. Réussir à atteindre ce pourcentage de victoires, même sur 27 matchs, serait une performance inattendue de la part des hommes de Steve Clifford. Cela sans compter que terminer à 4 victoires ne serait même pas forcément une garantie de se classer dans les 8 à l’est. On semble donc se diriger, comme en 2017, vers une fin de saison où l’équipe sera trop faible pour se qualifier en play-off, mais trop performante pour être vraiment bien placée à la lottery. Avec un trade de Kemba Walker, la direction à prendre pour cette fin de saison serait apparue d’elle-même.

Néanmoins, les Hornets ne sont pas restés totalement inactifs lors de la dernière semaine des transferts. Le mouvement effectué permet même d’émettre des suppositions sur la stratégie à moyen terme de la franchise. Le pivot sophomore Willy Hernangomez, en manque de temps de jeu à New York, a été acquis en échange de Johnny O’Bryant et deux seconds choix de draft en 2020 et 2021. Après une deuxième partie de sa saison rookie encourageante, l’espagnol a vu sa valeur marchande chuter depuis l’été dernier. C’est un mouvement opportuniste que le récupérer à ce prix, surtout qu’il possède un contrat avantageux pour la franchise (moins de 2M$/an jusqu’en 2020). Cela permet d’avoir un jeune joueur à développer comme 3ème pivot de l’équipe et qui pourrait également devenir le remplaçant du poste si Howard ou Zeller venait à partir. Le plus intéressant réside dans les éléments lâchés par les Hornets pour faire faire venir Hernangomez. En effet, ils ont cédés leurs seconds tours de draft pour 2020 et 2021, sans protections. Compte tenu de la valeur donnée aux choix entre la 31ème et la 40ème place à la draft, on peut penser que les dirigeants auraient moins facilement cédés ces deux futurs choix si l’objectif à moyen terme était de reconstruire à l’aide de choix de drafts hauts placés. Cela rendait de facto incompatible un transfert de Kemba Walker contre un ou plusieurs jeunes joueurs.

Un autre élément à prendre en compte pour analyser la stratégie des Hornets lors de cette trade deadline est une rumeur apparue le 6 février, 2 jours avant la deadline. Chris Mannix du site Yahoo Sport affirmait que Jordan n’avait pas l’intention de reconduire Rich Cho à son poste de GM, alors que son contrat expire à l’été 2018. Le favori pour le remplacer serait même déjà désigné en la personne de Mitch Kupchak, un ancien de l’université de North Carolina comme Jordan et GM des Lakers pendant plus de 15 ans.. Dans ce contexte, comment Cho pouvait se projeter à moyen terme sans garanties de profiter des fruits de son propre travail ? On peut ainsi se demander qui était le véritable décisionnaire du côté de Charlotte ces derniers jours.

En ne tradant pas Kemba Walker à l’occasion de la trade deadline, les dirigeants des Hornets ont décidé de laisser une dernière chance au groupe actuel. En cas d’échec du projet, pouvant potentiellement se traduire par des départs de joueurs majeurs sans contrepartie en 2019, les Hornets se retrouveront dans une situation délicate. En ne choisissant pas d’anticiper le pire scénario possible, ils ont pris un risque. L’avenir dira si celui-ci a été payant.

Article rédigé par Alexis