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Débat : Faut-il échanger David Lee ?

Les Warriors réussissent un début de saison exceptionnel : un bilan de 22 victoires et 3 défaites, une série de 16 victoires consécutives, un niveau de jeu impressionnant, une efficacité des 2 côtés du terrain. Le tout sans David Lee ! Bref, tout va bien (ou du moins tout allait bien jusqu’à la blessure d’Andrew Bogut).

Quand le chat n’est pas là, les souris dansent.

Le grand gagnant de cette absence de Lee est sans conteste Draymond Green. Son nom revient très souvent parmi les outsiders au titre de Most Improved Player. Drafté au second tour de la Draft de 2012 en toute discrétion, Green est en constance progression dans tous les secteurs du jeu. A son arrivée dans la ligue, il était décrit comme mauvais shooteur. Ce n’est plus le cas maintenant, avec des bons pourcentages aux tirs (45,2 %, dont 34,5 % à 3 points). Il était décrit comme mauvais défenseur. Ce n’est plus le cas après sa défense impressionnante lors des playoffs 2014, où Green a réussi à faire sortir de son match Blake Griffin. La liste est encore longue. Ses performances face aux Bulls et au Thunder ont marqué les esprits.

Derrière Green, Marreese Speights a trouvé son rôle et sa place dans cette équipe de Golden State. Il est même arrivé que Speights sauve la mise aux Warriors, notamment face aux Charlotte Hornets.

Un été 2015 délicat à gérer

A la fin de la saison 2014-15, Draymond Green sera agent libre, non restrictif. N’importe quelle équipe pourra alors faire une offre à Green, qui sera libre de choisir sa prochaine destination. Au vu de la saison qu’il réalise et sa production, de très nombreuses équipes seront intéressées. Jeff Van Gundy, consultant sur ESPN, avait pronostiqué un contrat à hauteur de 10-12 millions de dollars par saison pour l’ancien Spartian. Une prolongation de Green à ce tarif-là entraînerait les Warriors bien au-delà du cap.

A l’heure actuelle, le salary cap est d’environ 81 millions de dollars. L’explosion du salary cap entre la saison 2014-15 et la saison 2015-16 est tout simplement liée à la prolongation de contrat de Klay Thompson. Le salaire de l’arrière des Warriors passe ainsi de 3,075 millions de dollars en 2014-15 à 14,476 en 2015-16. Ajoutez à cela les très gros contrats déjà présents dans l’effectif (David Lee à 15 millions, Andrew Bogut à 12 millions, Andre Iguodala à 11,7 millions et Stephen Curry à 11,3 millions), et vous obtenez un cap à 81 millions de dollars. Sans compter la prolongation de Draymond Green !

En considérant que Green soit prolongé aux environs de 10 millions de dollars la saison, la masse salariale des Warriors exploserait pour atteindre 90 millions de dollars. Il y aurait ainsi une différence de 12 millions de dollars entre le seuil fixé pour la luxury tax (environ 78 millions pour 2015-16) et la masse salariale des Warriors.

Une luxury tax inévitable

Le dernier CBA, Collective Bargaining Agreement, signé en 2011, pénalise plus sévèrement les équipes ayant une masse salariale supérieure au seuil de la luxury tax. Les Nets en ont été l’exemple le plus parlant, avec 143 millions de dollars de taxe à payer au cours de 2011-12 jusqu’à la fin de la saison 2015-16. Pour les Warriors, il n’est pas question d’une telle somme pour la simple raison que le contrat de David Lee arrive à son terme à la fin de la saison 2015-16. Dans ce cas, les propriétaires des Warriors n’auraient à payer cette amende que pour la saison 2015-16. La différence étant d’environ 12-13 millions de dollars, l’amende à payer se chiffrerait aux environs de 23 millions de dollars.

Mais est-ce que Gruber & co sont prêts à payer cette importante somme ? Même s’ils ont affirmé leur volonté de gagner et d’avoir une équipe compétitive, ces 23 millions de dollars restent une somme importante, d’autant plus que les travaux de la construction de la salle à San Francisco auront vraisemblablement commencé (à moins que…).

 Scénario n° 1 : les propriétaires jouent all-in en attendant 2016-17

La somme a été mentionnée plus haut : 23 millions de dollars. C’est le montant que les propriétaires devront débourser s’ils veulent garder tout leur effectif pour la saison prochaine. L’issue de cette saison 2014-15 jouera grandement sur la décision de s’acquitter ou non de cette taxe. Si les Warriors atteignent les NBA Finals (ou même plus…), je vois mal les dirigeants ne pas faire un effort pour conserver le même effectif pour la saison suivante.

Derrière, cette luxury tax ne sera qu’à payer qu’une seule saison puisque le contrat de David Lee prend fin le 1er juillet 2016. C’est aussi à cette intersaison que les droits TV seront renégociés. L’explosion des droits TV aura pour conséquence une forte augmentation des revenus des franchises, et ainsi du cap space. Ce dernier pourrait atteindre les 75 à 80 millions de dollars, avec un seuil d’environ 95 millions de dollars pour la luxury tax. Avec une telle marge financière, la prolongation du contrat de Stephen Curry et l’arrivée d’un agent libre de très très gros calibre seront possibles.

Enfin, les propriétaires, dirigeants auront évidemment à coeur de réussir leurs débuts dans leur nouvelle antre à San Francisco. Ce déménagement dans une plus grande ville, un plus grand marché permettra d’obtenir plus de revenus.

Il est clair que cette solution est sportivement la meilleure, il n’y a aucun doute là-dessus. Financièrement, c’est l’inverse. Et si jamais les travaux pour le déménagement à San Francisco prenne du retard, il est très probable de voir les propriétaires mettre le pied sur le frein en termes d’investissement…

Scénario n°2 : les propriétaires refusent de payer la luxury tax

C’est là que tout se complique. Pour ne pas franchir le seuil de la luxury tax, les dirigeants n’ont pas d’autres choix que de transférer un joueur avec un gros contrat. Stephen Curry (34,1 millions, 3 ans), Klay Thompson (70 millions, 5 ans) et Andrew Bogut (36 millions, 3 ans) sont intouchables. Il ne reste alors que deux possibilités : David Lee (30,5 millions, 2 ans) et Andre Iguodala (35,1 millions, 3 ans).

David Lee semble être le candidat le plus facile à échanger, au vu de sa valeur marchande (son contrat se termine avant celui de Iguodala, et pèse 5 millions de moins) et aussi parce que les Warriors ont très bien tourné sans l’intérieur 2 fois All-Star.

2 questions viennent à se poser ensuite : quand faire l’échange, et quelle(s) contrepartie(s) ?

Il sera possible d’échanger David Lee à deux reprises dans l’année : soit d’ici à février et la trade deadline, soit à la fin de l’année (avant la Draft). La décision d’échanger Lee en plein milieu d’une saison réussie est très délicate pour l’équilibre de l’équipe. A la fin de l’année, l’échange semble plus opportuniste puisque Lee aura un contrat expirant, et avec la Draft approchant, les discussions seront plus nombreuses.

L’effectif des Warriors est sur le papier l’un des plus denses de la ligue. Cependant, la blessure de Bogut a mis en lumière une faiblesse évidente au poste de pivot. Festus Ezeli et Ognjen Kuzmic peuvent faire l’affaire sur 10-12 minutes maximum en saison régulière, mais n’ont pas le niveau nécessaire pour une série de playoffs.

L’autre hic dans l’effectif des Warriors se situe à l’arrière. Derrière Klay Thompson, Leandro Barbosa n’a semble-t-il pas satisfait Steve Kerr et son staff. Le brésilien voit son temps de jeu fondre comme neige au soleil, et il est même arrivé qu’il ne rentre pas du tout en jeu. Quant à Brandon Rush, la situation est encore plus critique : l’ancien Pacer ne rentre plus un seul tir, et son impact est nul ou presque.

Enfin, David Lee et son contrat très élevé ne sont pas attractifs pour n’importe quelle équipe ayant des dirigeants censés. Si David Lee part, Harrison Barnes devra être inclus dans la transaction. Vu les prestations actuelles du Black Falcon, il est peu probable que les dirigeants soient favorables à un échange de Barnes…

Au final, quel scénario verra-t-on se produire ?

Le bilan des Warriors est impressionnant. La manière suit. L’ambiance dans le groupe est excellente. Alors pourquoi échanger David Lee maintenant ? D’autant plus que Lee est très proche de Curry, et qu’un échange de Lee pourrait fortement contrarier la star des Warriors. Même si le contrat de Curry ne prend fin que dans 3 saisons, les dirigeants n’ont aucun intérêt à aller à l’encontre de la star de la franchise. Au final, tout laisse penser qu’un éventuel échange de David Lee se fasse au cours de l’intersaison, peu de temps avant la Draft.

Mais comme je l’ai dit plus haut, si les Warriors se retrouvent à aller très très loin cette saison, les dirigeants seraient plus enclins à payer une taxe qu’ils n’ont jamais payé de leur histoire.