Débats Sports

Un prospect peut en cacher un autre

A l’issue d’une draft peu lisible, Débats Sports livre ses premiers bilans. Qu’elles aient cherché des apports immédiats ou suivi des logiques à long terme, les franchises ont plus ou moins réussi leur draft ». Dernier volet d’une série dont notre draftologue a le secret avec les franchises dont la réussite de la draft ne pourra être jugée qu’à long terme.

Premier chapitre de cette rubrique avec les Thunder d’Oklahoma City.

OKC Thunder

Satanés Raptors !

L’exclamation n’est certes pas commune mais nulle doute qu’elle s’est faite entendre en fin de saison dernière dans les travées du siège de la franchise d’Oklahoma City.

Bénéficiant de l’arrivée de Rudy Gay, Toronto avait en effet pu relever la tête en fin de saison et éviter les dernières places de la ligue.

Détenteur de son choix de Draft, protégé tout de même en faveur des Canadiens en cas d’obtention d’une sélection du Top 3, le Thunder s’est ainsi finalement retrouvé avec un douzième choix alors qu’il pouvait en espérer un meilleur à l’entame de l’édition 2012-2013 des hostilités NBA.

La franchise n’en restait pas moins dans une situation confortable. Eliminé au second tour des playoffs, principalement à cause de la blessure de la superstar Russell Westbrook, le sérieux prétendant au titre se targuait en plus d’avoir un lottery pick, soit un des quatorze meilleurs de la promotion.

Plusieurs options s’offraient alors au stratège Sam Presti :

  • Céder ses choix au plus offrant (les offres ne se bousculant pas au portillon à cause de la mauvaise réputation de la cuvée 2013)
  • User de ses choix pour prendre les meilleurs joueurs disponibles
  • Prendre des espoirs susceptibles de répondre à des besoins.

La logique privilégiée fut la dernière, mais, le Thunder, en tant que grosse cylindrée, ne souffrait pas nécessairement de lacunes béantes qu’un post-adolescent sans expérience eût pu colmater.

Les  choix de Draft avaient donc pour finalité d’injecter dans le groupe des « projets », c’est-à-dire des joueurs au potentiel certain et nécessitant encore du travail avant de s’intégrer aux rotations.

Le problème prioritaire identifié par les instances dirigeantes réside au poste de pivot, comme en témoigne l’arrivée de Steven Adams dans l’Oklahoma avec le meilleur choix.

Kendrick Perkins s’est révélé totalement dépassé par ses vis-à-vis contre Memphis en playoffs au rebond et en défense alors que ce sont précisément ses capacités dans ces deux aires de jeu qui justifient son gros contrat, encombrant pour la franchise.

Afin de ne plus jamais être inutile des deux côtés du terrain aux moments cruciaux, l’intérieur bougon a promis de s’entrainer d’arrache-pied.

Malgré son rôle de cadre du vestiaire, le Thunder ne pourra plus longtemps se payer le luxe de le payer près de dix millions de dollars, surtout qu’ils n’ont pas eu recours à leur ‘amnesty clause’ – permettant une seule fois à chaque équipe de se séparer d’un contrat à tout moment –… et prépare donc déjà une solution de repli avec le jeune pivot jovial de issu de Pittsburgh affectionnant les sprints d’un panier à l’autre, contrairement au vétéran sur la sellette à la vitesse camionesque.

La question des options offensives en sortie de banc s’est également posée.

Kevin Martin parti, le poste de 6ème homme laissé vacant sera attribué l’an prochain à Jeremy Lamb. Le choix d’Alex Abrines, pépite de la nouvelle génération ibérique, au début du second tour vient pallier une éventuelle incapacité de l’ancien Husky à s’imposer en NBA.

Cette décision est d’autant plus intelligente qu’elle permet de laisser l’Espagnol à son club formateur de Barcelone pour ne pas surcharger un effectif qui peine déjà à respecter la limite maximale de 15 joueurs.

Enfin, Andre Roberson et Grant Jerrett grossiront les rangs de la formation grâce respectivement à un choix de fin de premier tour et un de milieu de second tour spécialement acheté pour l’occasion.

Nick Collison ayant atteint la trentaine, sa succession est très convoitée en raison du statut de premier intérieur à sortir du banc.

Le rugueux Andre Roberson apporte sensiblement les mêmes atouts que le vétéran – sans sa qualité de passe, son expérience et son tir mi-distance bien entendu – tandis que Jerrett aime s’écarter.

Ce dernier, ex-étudiant d’Arizona, intrigue. Il s’est en effet inscrit en dépit d’un temps de jeu modeste qui ne lui a permis que de laisser entrevoir le joueur qu’il pouvait devenir et malgré des prévisions alarmantes quant aux risques de n’être choisi par aucune équipe NBA (prévisions partagées avec Roberson d’ailleurs).

Sam Presti n’avait pas forcément besoin, même à long-terme, d’un tel rookie, similaire à Perry Jones en plusieurs points.

Sa venue obéit donc probablement à la seconde logique suscitée, à ceci près qu’aucun choix détenu par le Thunder n’a été utilisé puisque la franchise est allé jusqu’à monter une transaction pour l’acquérir, signe que Grant Jerrett est à surveiller de près au vu de la réputation de scout du General Manager.

En résumé, le succès, ou l’échec, de la Draft d’Oklahoma City ne pourra être déterminé qu’à long terme.

Andre Roberson constitue l’élément le plus capable à contribuer immédiatemment à  la bonne marche de la franchise puisque ses qualités de bagarreur énergique concernent la défense et le rebond. Or, son poste n’est pas clairement défini puisque ses capacités sont prisées parmi les intérieurs en sortie de banc alors qu’il possède plus une taille de petit ailier. Le rookie ferait donc doublon avec Nick Collison en tant qu’ailier fort tout en se retrouvant barré par Ryan Gomes, recruté par le Thunder sur le marché des agents-libres pour assurer le rôle de doublure de Kevin Durant. Son seul espoir est donc que Scott Brooks opte fréquemment pour un jeu small-ball, qui le privilégierait à Hasheem Thabeet aux côtés de Collison, mais ses minutes resteraient moindres de toute façon.

Son profil, essentiel dans la conquête du titre, demeure clair mais sa place dans l’effectif à l’avenir ne l’est pas entre postes 3 et 4.

Les projets long-terme Steven Adams et Grant Jerrett viennent s’ajouter à une liste d’espoirs aux postes intérieurs comprenant Perry Jones, Hasheem Thabeet, Tibor Pleiss (évoluant dans l’équipe de Malaga, disputant l’Euroleague) et Daniel Orton, sous réserve que ce dernier ne soit pas coupé.

Or, une équipe NBA compétitive se repose généralement sur trois intérieurs dans les rotations avec, depuis plusieurs années, les titulaires Serge Ibaka et Kendrick Perkins ainsi que le remplaçant Nick Collison, le rôle d’Hasheem Thabeet, ou plus largement d’un 4ème homme de la raquette, étant moindre en termes de responsabilités et de temps de jeu.

Alors que Nick Collison aborde dorénavant sa fin de carrière et que Kendrick Perkins présente un niveau de jeu de plus en plus suspect, seul Serge Ibaka est considéré comme un pilier de la formation… tant qu’il se montre capable de justifier un salaire encombrant pour un petit marché.

Quoiqu’il en soit, les places disponibles ne s’élèveront donc, au mieux, qu’à trois unités pour six prétendants.

Si ces deux nouvelles recrues, le douzième choix Steven Adams en tête, ne parviennent pas à s’imposer dans les rotations à terme, la Draft 2013 de la franchise pourra être considéré comme un échec, encore que ce dernier ne porterait pas à conséquence, compte-tenu des alternatives dont elle dispose.

En effet, étant donné l’absence de besoin immédiat du Thunder, choisir un pivot avec sa meilleure sélection correspondant à un besoin de long-terme au détriment du meilleur joueur disponible serait alors reproché au stratège Sam Presti.

En attendant, Oklahoma City n’ayant pas renouvelé le contrat de Kevin Martin, le sophomore Jeremy Lamb, encore un projet l’an passé, sera certainement promu 6ème homme, son coéquipier Reggie Jackson n’ayant pas le profil de shooteur pur propre à assumer ce rôle dans l’effectif de Scott Brooks.

L’arrière devra rapidement convaincre, sous peine de voir Alex Abrines traverser la mer Atlantique d’ici un ou deux étés pour prendre sa place, sans compter les futurs choix de Draft de l’organisation.

Décidemment, dans l’Oklahoma plus que dans les autres équipes NBA, la concurrence interne n’est pas un vain mot.