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Un effectif cohérent pour des résultats encourageants

Depuis notre dernier article appelant à la patience des fans, de nombreux événements se sont produits à Cleveland, menant à un changement de dynamique. De l’échange de Dion Waiters, à la série actuelle de cinq victoires consécutives, en passant par l’acquisition de Timofey Mozgov, l’environnement à énormément changé. Aujourd’hui, les Cavaliers ressemblent à l’équipe qu’on attendait cette saison.

Depuis le retour d’un LeBron James bien plus à l’aise sur le terrain, et surtout en meilleure santé, le groupe entier semble mieux fonctionner et bien plus engagé sur l’ensemble des rencontres. Grâce aux changements effectués par David Griffin, l’équipe entière semble plus équilibrée, cohérente et impliquée dans l’effort collectif. Revenons sur les récents événements en quelques (plusieurs) observations.

1- Commençons par le début, tant qu’à faire. Sans grandement convaincre, les Cavaliers ont débuté la saison de manière correcte, avec un bilan de 18 victoires et 12 défaites. A la manière d’une équipe construite en un été, elle a connu des hauts et des bas durant cette période, comme la série de huit victoires consécutives, mais aussi la défaite de 23 points contre Detroit.

2- Toujours à leur manière, les Cavaliers n’étaient guère convaincants durant cette période, mais assez bons pour s’élever parmi les meilleures équipes de la conférence est. Leur offensive rating (107.3) dépassait légèrement celui de leur défense (105.4) mais aucun signe n’indiquait qu’il s’agissait d’une équipe à craindre. Trop fébriles à l’intérieur, avec un jeu stéréotypé en attaque, et en manque apparent de volonté, les Cavaliers n’impressionnaient personne en cette première partie de la saison.

3- Puis, sont arrivées les blessures. Celle de Anderson Varejao, premièrement, le privant du reste de la saison, mais plus particulièrement, la blessure. Celle de LeBron James, qui jouait avec des douleurs au dos et au genou gauche depuis un certain temps. La décision de le mettre au repos par le staff médical représentait un réel défi pour cette équipe. Avec Kyrie Irving et Kevin Love, lui aussi souffrant de douleurs au dos, les Cavaliers allaient-ils pouvoir tenir leur rang ? La réponse semble évidente. Avec deux All Star, pourquoi ne pourraient-ils pas le faire ?

4- Malheureusement pour eux deux, il ne suffit pas d’être une star pour faire fonctionner une équipe. La seule exception s’appelle LeBron James, et il se trouve être sur le banc, incapable de contribuer. Le reste de l’équipe ne suit pas le mouvement. Trop lent, peu familier au schéma de jeu, trop peu talentueux, tout semble s’écrouler autour du groupe de David Blatt, qui sent les critiques s’accumuler derrière son dos. Sur la série de huit matchs sans James, les Cavaliers n’affichaient qu’un médiocre offensive rating de 95.3 (juste devant Philadelphia, dernier de la ligue) et un defensive rating de 108.0 (juste devant Minnesota et New York). En clair, ils étaient terriblement mauvais.

5- Faisons une pause à ce moment particulier de la saison. Les Cavaliers sont tout juste au-dessus des 50% de victoires et cèdent leur sixième place de la conférence aux Bucks, coachés par un surprenant Jason Kidd. A la tête d’un groupe qui ne semble clairement pas impliqué dans son projet, David Blatt subit les nombreuses critiques des médias. Evidemment, sur le papier, on pouvait s’attendre à un meilleur bilan. Néanmoins, avec un groupe qui n’a pas eu la chance d’enchaîner les matchs ensemble pour trouver sa dynamique, la critique était sévère.

6- Ayant grandement besoin d’effectuer des changements au sein de sa franchise, David Griffin réussit à échanger Dion Waiters contre Iman Shumpert et J.R. Smith. Il refilera ensuite deux tours de draft à Denver en échange de Timofey Mozgov, avec qui coach Blatt a déjà travaillé en sélection nationale. Ces modifications apportées à l’effectif sont immédiatement approuvées par l’ensemble de la ligue et semblent réellement répondre aux besoins des Cavaliers. Avec le retour de blessure du numéro 23, l’équipe semblait enfin pouvoir fonctionner à nouveau.

7- Revenons-en à aujourd’hui. Actuellement, les Cavaliers sont sur une série de cinq victoires consécutives et affichent un offensive rating de 120.2 durant cette période. Leur nombre de possessions par match est passé à 97, contre 93 plus tôt dans la saison. Contrairement à l’équipe du début de saison, ces Cavaliers là cherchent à accélérer le rythme du jeu et à concrétiser après leurs stops défensifs. Voilà un sacré changement pour cette équipe qui se faisait déchirer par les Pistons deux semaines plus tôt.

8- Passons désormais à une analyse plus singulière du jeu. Le récent succès de l’équipe correspond à la période où des changements ont été effectués, et ce n’est pas une coïncidence. J.R. Smith et Timofey Mozgov apportent aux Cavaliers ce que Waiters et Varejao n’ont jamais pu apporter au groupe jusqu’à présent. Ils complémentent parfaitement le Big Three et comblent les trous dans le jeu de l’équipe comme la protection du panier et le tir extérieur.

9- Commençons par l’homme aux 14 000 tatouages. En seulement neuf matchs avec le groupe, il a déjà inscrit 29 tirs à trois points, pour un pourcentage de réussite de 39.7%. Depuis le retour de James sur le terrain, Smith rentre 44.2% de ses tirs à trois points en catch and shoot. Cela dit, sa production ne s’arrête pas là. Défensivement, il se trouve être hyperactif et parfaitement concentré. Il a déjà récolté 15 interceptions et semble vouloir lancer des contre attaques sur chacune d’entre elles. Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est une attitude que l’on n’a pas vu à Cleveland depuis un bout de temps. Mis à part Irving, personne n’osait déclencher des contre attaques ou lancer des lobs du milieu du terrain comme Smith le fait. Son énergie fait le plus grand bien à l’équipe et maintient le niveau d’intensité au plus haut.

10- Avec le retour d’Iman Shumpert face aux Hornets, on peut se demander qui des deux arrières débutera les rencontres aux côtés de Kyrie Irving à l’avenir. Les deux contribuent différemment mais l’entente naturelle de Smith avec le reste des titulaires pourrait jouer en sa faveur lorsque David Blatt prendra sa décision.

11- Penchons-nous désormais sur le cas Timofey Mozgov. Un réel pivot de 2m16, capable de se servir intelligemment de sa taille, on n’avait plus vu ça à Cleveland depuis Zydrunas Ilgauskas (non, Ryan Hollins ne compte pas). C’est d’ailleurs exactement ce qu’a déclaré LeBron James en parlant du nouveau numéro 20 des Cavaliers. La présence de Mozgov à l’intérieur transforme véritablement la défense. Sur pick and roll, sur les isolations au poste, sur l’aide en pénétration, le pivot russe aide partout. En complément de Kevin Love, c’est l’idéal.

12- Jusqu’à présent, Mozgov a contré neuf tirs en huit matchs avec les Cavaliers. Cependant, son impact va bien au-delà de cette statistique. Sur la série actuelle de cinq victoires, l’équipe affiche un defensive rating de 98 en sa présence, contre 102 sans lui. Ce nombre, 98, classerait Cleveland comme la deuxième meilleure défense de la ligue, derrière Golden State (96.9). Encore mieux, sur les trois derniers matchs joués à la Q, sa présence permet à Cleveland d’afficher un defensive rating de 92.5.

13- Ajoutons à ces statistiques les cinq double-double enregistrés en huit matchs, ainsi que son 58% au tir, et nous obtenons le pivot complémentaire tant recherché par les Cavaliers. Bien évidemment, on se base sur une courte période en évoquant les statistiques de Modzilla, et sa production ne sera probablement constante sur le reste de la saison, mais il ne fait aucun doute que la défense a grandement changé avec sa présence sur le terrain. Une chose est certaine, il s’entend bien avec ses coéquipiers, se rendant disponible pour des lobs et autres paniers faciles à l’intérieur.

14- Pour rester sur la défense intérieure, que serait une réelle protection du panier sans des arrières pour empêcher la pénétration ? C’est la question que les Cavaliers se posaient en début de saison et à laquelle Kyrie Irving répond actuellement. Véritable peste en défense depuis quelques temps, le (bientôt) triple All Star a pris à cœur de rendre la vie difficile à ses adversaires directs chaque soir. Sur les six derniers matchs (pour inclure Eric Bledsoe), Irving tient ses adversaires à 36.4% de réussite au tir. Pour donner une idée plus précise de la performance, les joueurs sur lesquels Irving défendait durant cette période rentraient habituellement 44.0% de leurs tirs, soit une différence de 7.6% au tir. Besoin de plus de contexte ? Avant cette période, ce pourcentage s’élevait à 47.8%.

15- Le All Star Game approche à grands pas, et outre la sélection de LeBron James dans le cinq majeur à l’Est, aucun autre Cavalier n’apparaît. C’est plutôt logique, en voyant les saisons respectives de John Wall et Kyle Lowry. Cela dit, un débat a surgit concernant Kyrie Irving. Selon plusieurs personnes, la différence entre Irving et Brandon Knight n’est pas énorme. Statistiquement, la différence n’est certes pas énorme, mais le moment semblait bien choisi pour rappeler l’importance de Kyrie au sein des Cavaliers. Sur l’ensemble de la saison, en sa présence, les Cavaliers ont un offensive rating de 110.5 et marquent  en moyenne 13.2 points en contre attaque. Sans lui, ces chiffres dégringolent à 95.8. et 9.4.

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16- Contrairement à ce que son image laisse suggérer, Irving n’est pas seulement un dribbleur d’exception capable de rentrer des doubles pas compliqués. Il est également un meneur capable de gérer une équipe, de contrôler le tempo et de servir ses coéquipiers dans les meilleurs positions. Bien sûr, le chiffre dans la catégorie « passes décisives » n’impressionne pas à 5.2, mais c’est ce qui arrive lorsque l’on joue avec le meilleur playmaker du monde et que celui-ci récolte 7.5 passes décisives par match. Avec sa progression en défense, Kyrie Irving se révèle être un joueur bien plus complet que l’on pouvait l’imaginer en premier lieu.

17- Pour continuer sur le thème de la progression, parlons de Tristan Thompson. Véritable âme de l’équipe, incarnant l’effort et l’énergie même, il a probablement été le seul joueur régulier de la saison. Sa production au rebond, huit par match dont quatre offensifs, a tendance à délivrer les Cavaliers à de nombreuses reprises mais c’est également en défense que l’intérieur canadien s’illustre désormais. Forcé à jouer pivot plus régulièrement depuis la blessure de Varejao, Thompson répond présent en défendant le panier à sa manière. En 44 matchs, il a déjà contré plus de tirs (38) que lors de la saison dernière en 82 matchs (35).

18- Son entente naturelle avec Kyrie Irving lui fait le plus grand bien offensivement (le fameux buddy ball) puisqu’il peut s’illustrer de la même manière avec LeBron James, en pivotant autour de la raquette, recherchant un lob ou bien un panier facile à la suite d’un tir manqué. Il représente le complément parfait du cinq majeur en sortie de banc, puisque son énergie permet à l’équipe de maintenir un niveau d’intensité considérable afin d’étouffer l’équipe adverse. C’est d’ailleurs dans ce registre que Matthew Dellavedova s’illustre, à condition de ne pas le faire jouer plus de 15 minutes par match.

19- Concernant son contrat, Thompson aurait refusé une extension de $52 millions sur quatre ans durant l’été. Cela représente $13 millions par saison, soit environ le contrat de Kenneth Faried à Denver. Mis à part le côté athlétique nettement supérieur de l’intérieur des Nuggets, Thompson n’a rien à envier à Faried. On peut donc comprendre sa décision, mais craindre pour les finances des Cavaliers. En sachant que Anderson Varejao récoltera $30 millions sur les trois prochaines saisons… Voilà.

20- Revenons-en à l’aspect sportif des Cavaliers. Leur série de cinq victoires consécutives est intervenue à un moment crucial de la saison. David Blatt perdait ses joueurs, semblait-il. Il n’appliquait aucun schéma de jeu. Il ne s’adaptait pas à la NBA. Voilà une réponse qui devrait rassurer la plupart des fans et faire taire les médias l’espace de quelques jours.

21- Néanmoins, les récentes performances ne veulent en rien dire que les Cavaliers ont trouvé la bonne formule ou qu’ils ont atteint le statut d’intouchable. Loin de là. Malgré les écarts de points, les deux derniers matchs se sont joués face au Jazz, enfoncé à la 13e place de la conférence Ouest, et face aux Hornets qui, malgré leur récente forme, ne restent pas pour le moins fragiles et facilement atteignables. Cependant, depuis leur défaite à Cleveland, les Bulls sont allés battre Dallas chez eux et ont vaincu une équipe de San Antonio légèrement affaiblie.

22- Face à Chicago, on peut réellement parler de match référence. Tous les éléments étaient présents. Chaque joueur du cinq majeur a marqué au moins 15 points. L’équipe a dominé le secteur intérieur, récoltant 54 rebonds contre 40. Les Bulls ont fini le match à 37.5% au tir (30-80) et Pau Gasol a été tenu à 11 points (4-14 au tir) et 11 rebonds. Sur le mois de janvier, il tournait à 22.7 points (51.8% au tir) et 12.4 rebonds avant de se frotter à Modzilla.

23- Avant de débuter la saison, LeBron James avait fait la promesse de guider ce jeune groupe et d’être leur leader sur le terrain comme en dehors. Pourtant, on ne voyait qu’un jeu reposant sur l’isolation et des tirs longues distance de sa part. Sa santé a grandement affecté sa production sur le terrain mais il n’a pas été exempt de tout reproche. La meilleure décision qu’il ait pu prendre cette saison, c’est de prendre le temps de se reposer. A l’âge de 30 ans, il cumule déjà plus de 40 000 minutes dans la ligue. A la même période de leur carrière respective, Kobe Bryant et Kevin Garnett en avait joué 4 000 et 7 000 de moins. C’est considérable, en sachant le type de jeu pratiqué par LeBron James.

24- Depuis son retour face à Phoenix, James semble bien plus à l’aise et exposif. Ses statistiques depuis ne laissent aucun doute : 29.7 points, 6.8 points et 6.5 rebonds de moyenne, à 52.9% au tir. Avant cela, il était à 25.2 points et 48.8% au tir. La différence apparaît dans le nombre de lancer francs tentés : 7.9 avant son repos, 10.2 depuis. Il est plus agressif, plus menaçant et plus impliqué défensivement. Avec de meilleurs genoux et un dos qui ne le fait pas souffrir, c’est plus confortable. Voyez plutôt.



25- Concernant les problèmes de dos, Kevin Love aussi aimerait en être soulagé. Depuis la pré-saison, il se dit gêné par une douleur dans le bas du dos. Sa mobilité en est grandement affectée et peut-être que cela affecte également son tir. Il a débuté la quinzaine de premiers match avec une relative réussite à l’extérieur (17.9 points, 45.4% au tir, 38.7% à trois points). Depuis, il semble beaucoup trop s’écarter, sans pouvoir réussir le moindre shoot (17.2 points, 41.6% au tir, 29.3% à trois points).

26- La tendance durant les matchs est claire depuis maintenant quelques mois : tenter de lancer Kevin dans le match pour ensuite s’écarter de son jeu progressivement. Ses tentatives de tirs, et même ses touchers de ballons diminuent au fil du match et cela cause un réel problème pour lui, mais aussi pour l’attaque. Les Cavaliers ont besoin de la production de Love à l’intérieur et de la menace qu’il représente pour les défenses. En le limitant au tir extérieur, ils se privent d’une arme offensive considérable.

27- C’est là qu’interviennent David Blatt et ses schémas offensifs. Sans l’effectif adéquat pour mettre en place son système, il était difficile d’arriver à des résultats concluants.  Dorénavant, le coach dispose d’un réel arrière shooteur en la personne de Smith, qui sache contribuer autrement que Mike Miller et James Jones, et donc une menace extérieure autre que Love. Cela permet à Blatt de mettre en place des combinaisons visant à donner le ballon à Love à l’intérieur sur la durée entière du match. On espère voir de telles actions plus régulièrement. Tout comme celle-ci.

28- Un dernier mot sur David Blatt pour finir. Pour quelqu’un de têtu et « trop fier » pour apporter des changements à son style, comme souvent décrit par plusieurs journalistes américains, il a su changer son approche défensive lorsqu’il le fallait. Il semblait évident que Kevin Love s’exposait trop sur pick and roll, mettant en danger la défense intérieure des Cavaliers. Désormais, Blatt donne pour consigne de piéger le porteur du ballon en sortie d’écran, permettant une rotation défensive rapide du défenseur le plus proche et forçant une lecture rapide de l’attaquant. Avec Mozgov à l’intérieur pour empêcher la pénétration, cela laisse le tir extérieur. En cas de mauvaise rotation, cela donne certes un tir ouvert à l’adversaire, voire contesté en retard, mais sur ce que l’on a vu jusqu’à présent, les rotations fonctionnent parfaitement. Pour illustrer ces propos, il aurait été plus utile de faire appel à des images, mais ce sera pour une autre fois.

29- Le calendrier actuel est clément envers les Cavaliers. Jusqu’à présent, ils en profitent pleinement. Les prochains matchs se joueront contre Oklahoma City (coucou Dion), à Detroit, contre Portland, contre Sacramento, à Minnesota (coucou Andrew) et contre Philadelphia. Les Cavaliers sont actuellement cinquièmes de la conférence Est, à cinq victoires de la quatrième place détenue par les Bulls.

30- Après tout ce tas de mots, prenons un peu de recul sur la situation. Les Cavaliers ont un bilan de 24-20 et surfent sur une série de cinq victoires consécutives. Le jeu qu’ils proposent est complètement différent de ce que l’on a pu voir en début de saison, tout comme leur effectif actuel. Tout le monde semble impliqué et volontaire, ce qui est assez rare à Cleveland pour être souligné.

30- La reconstruction est néanmoins loin d’être terminée. Il y a encore des imperfections, des trous à combler et des erreurs à corriger. Cependant, le gros point positif, c’est que cette équipe possède encore une grande marge de progression. La base de l’effectif semble définie et cohérente, il suffit maintenant de bâtir autour.

31- Finissons avec quelques mots de Timofey Modzilla, nouveau roi de la Quicken Loans Arena : « Team is team… We just want to play basketball. » L’illustration de ces propos, aux dépends de la vie des Charlotte Hornets :

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