Débats Sports

Sam Hinkie est-il un imbécile?

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A l’issue d’une draft peu lisible, Débats Sports livre ses premiers bilans. Qu’elles aient cherché des apports immédiats ou suivi des logiques à long terme, les franchises ont plus ou moins réussi leur draft ». Dernier volet d’une série dont notre draftologue a le secret avec les franchises dont la réussite de la draft ne pourra être jugée qu’à long terme.

Quatrième et dernier chapitre de cette rubrique avec les Philadelphia Sixers.

Philadelphia Sixers

Crétin ! Abruti ! Félon à la solde des Pelicans ! Fasciste !

La foudre s’est littéralement abattue sur le pauvre Sam Hinkie, nouveau General Manager des Philadelphie 76ers le soir du 27 Juin dernier.

Son sacrilège ?

Avoir cédé Jrue Holiday, All-Star 2013 et meilleur joueur de l’équipe, avec un choix au second tour contre le rookie Nerlens Noël, encore blessé à ce jour, et le choix de Draft 2014 de la Nouvelle  Orléans protégé pour le Top 5.

Le cercle des commentateurs NBA experts, mais sous pseudonymes évidemment, a officieusement inauguré une nouvelle tradition l’été dernier.

Le principe est simple : Crier haro sur l’infâme décisionnaire, méchant pas beau, qui a osé saborder une formation  ‘ultra-dominatrice’, c’est-à-dire incapable de se qualifier pour les playoffs.

Il y a un an, il était ainsi de bon ton de tirer à boulets rouges, avec la meute, sur Daryl Morey pour avoir déconstruit des Rockets qui avaient échoué deux saisons de suite à participer au tournoi d’après saison avec une équipe de trentenaires, donc sans avenir.

Un an plus tard, ceux-là même qui l’accablaient semblent prêts à ériger une statue à l’effigie de ce cerveau devant lequel Albert Einstein et Bobby Fisher pâliraient de honte.

Pourtant, Sam Hinkie, bras droit dudit Morey à Houston il y a quelques mois, obéit bien à la logique d’une stratégie, qu’il n’a pas pu cacher au propriétaire des Sixers lors de ses entretiens d’embauche.

Or, aussi surprenant que cela puisse paraître à certains, le nouveau stratège ainsi que l’argentier de la franchise n’ont pas un goût prononcé pour le gaspillage de temps et d’argent.

Les honnêtes gens se sont empressés, dans leur bonne foi caractéristique, de présenter l’échange comme le départ d’un All-Star incontestable et fantastique contre un mannequin en mousse et un choix si loin dans le temps que Mathusalem lui-même ne pourrait en tirer les bénéfices.

Jrue Holiday, All-Star ?

Certes, le dernier match des étoiles a permis de marquer le CV du néo-Pelican de cette distinction.

Cependant, les avis partiels oublient facilement les circonstances de ladite élection à ces festivités. L’ex-Sixer avait effectivement été invité à y participer mais bénéficiait de la conjugaison des blessures de Derrick Rose et de Rajon Rondo, soit de l’absence de deux membres du top 5 de la ligue à la position.

Un pamphlétaire oserait faire remarquer qu’avec des circonstances favorables un Jamaal Magloire ou un Chris Kaman ont aussi pu participer à cette rencontre.

Or, si l’ancien maitre à jouer des Sixers évolue au niveau All-Star, comme une quarantaine de joueurs NBA, il n’en est pas un en réalité.

En d’autres termes, Holiday est de ces généraux des parquets, dont l’importance est cruciale à leur équipe mais dont la production statistique se trouve rarement sanctionnée d’une invitation au match des étoiles.

Chauncey Billups et Tony Parker hier, Mike Conley voire Stephen Curry aujourd’hui, constituent les incarnations les plus visibles du profil de meneur qui, du fait de nombres de passes ou de points par match jugés insuffisants, ne reçoit que rarement les honneurs, à commencer par les participations au All-Star Game.

Compte-tenu de ces comparaisons flatteuses, pourquoi ne pas conserver le chef d’orchestre Jrue Holiday ?

Précisément parce que l’orchestre ne compte plus qu’un ou deux musiciens de talent et que l’obstination du maestro à agiter sa baguette n’aboutirait qu’à s’opposer au grand renouvellement de la troupe musicale.

Le départ du meneur participe, de fait, à ce travail de rénovation de l’effectif.

Ce dernier commence d’abord par l’arrivée de Nerlens Noël.

Comparé – abusivement il est vrai – à Anthony Davis, le pivot n’en a évidemment pas le potentiel offensif tant son arsenal rime avec vacuité.

Pourtant, il a tous les atouts pour devenir une tourelle défensive, important par ses actions comme par la peur qu’elle inspire aux attaquants souhaitant s’approcher du cercle.

S’il n’a évidemment pas la science du jeu ou l’expérience de Kevin Garnett ou Tyson Chandler pour organiser vocalement la défense afin d’en faire une forteresse imprenable, plusieurs années dans la ligue lui apporteront, à n’en pas douter, la maturité nécessaire pour être cette clé de voute du projet des Sixers.

De plus, il paraît tout à fait improbable que la Nouvelle Orléans finisse la prochaine saison dans les abysses de la ligue, réduisant ainsi ses chances d’avoir un des cinq premiers choix à peau de chagrin.

Les ambitions que peuvent nourrir les Pelicans résident dans une qualification en playoffs.

L’objectif sera très compliqué à atteindre au vu de la densité de la conférence Ouest mais il n’est pas hors de portée, et, bien évidemment, les esprits chagrins n’ont pas tardé à présenter son accomplissement comme une évidence pour décrédibiliser le General Manager de Philadelphie Sam Hinikie.

«Que feraient les Sixers d’un choix 17, par exemple ? », demandaient-ils avec lourdeur et causticité.

Un interlocuteur un tant soit peu provocateur aurait eu la malice de leur répondre de prendre, par exemple, un Jrue Holiday, choisi à cette position de la Draft en 2009…

Le transfert légitimé, Débats Sports affirme que, par leur logique comme par les joueurs sélectionnées, les choix de Philadelphie ne peuvent être correctement évalués à cet instant t.

En résumé, le succès, ou l’échec, de la Draft de Philadelphie ne pourra être déterminé qu’à long terme.

Le projet des Sixers s’étalant sur plusieurs saisons, il va de soi que les attentes de la direction envers ses espoirs ne concernent pas leur niveau de jeu actuel, mais bien les services qu’ils seront capables de rendre quand ils auront été rejoints par d’autres jeunes pousses, soit quand l’équipe sera compétitive.

Produire un jugement des rookies aujourd’hui n’a donc aucun sens dans la vision stratégique de l’organisation.

Principale recrue, Nerlens Noel n’est pas en mesure de jouer. Cependant, l’utilisation du 6ème pick apparaît tout à fait justifié dans la mesure où, au sein d’une Draft sans superstar affichée ni certitudes, le pivot faisait figure de prétendant à une élection au premier choix de la cérémonie.

Les points d’interrogation entourant l’ex-Wildcat résident avant tout dans son physique.

L’Iranien Arsalan Kazemi, choisi au second tour, sera vraisemblablement orienté vers un role de spécialiste du rebond ou défensif en sortie de banc. Le prospect possède des qualités enviables mais son intégration à la formation, immédiate et sur le long-terme, reste étroitement lié à la gestion des autres ailier-forts de la franchise parmi lesquels Arnett Moultrie et Thaddeus Young. En cas de transition de ce dernier vers le poste 3, une brèche se dégagerait qu’il faudrait se dépêcher d’emprunter pour le débutant.

Enfin, Michael Carter-Williams, obtenu via le choix de Philadelphie à la 11ème position de la Draft, présente certainement le profil le plus atypique des nouveaux Sixers.

Meneur de jeu de grande taille, l’ancien étudiant de Syracuse brille avant tout par ses capacités défensives et sa qualité de passe. Sa production en attaque se repose avant tout sur les double-pas en raison du handicap que constitue pour lui un tir inefficient.

Les véritables meneurs, dont les principales compétences résident dans l’organisation et l’exécution des schémas offensifs, ne sont finalement pas légions en NBA et le peu d’exemples fourni par ces spécimens rares incitent à la prudence.

Mis en concurrence par Tony Wroten, fraichement arrivé de Memphis, Carter-Williams sait qu’il sera relégué au poste de remplaçant s’il ne prend pas le dessus sur son équipier.

Avec une approche différente en termes d’altruisme, les deux rivaux essuient pourtant les mêmes critiques quant à leurs lacunes, semblables à celles endurées par le Grizzly Mike Conley à son arrivée dans la grande ligue, et qui s’y est imposé après quelques années.

L’émulation s ‘annonce en tout cas positive, et le dernier arrivé apporte une bonne solution de repli en cas d’échec du novice.

Fort heureusement, malgré ces zones d’ombres et prises de risques, incontournables, la Draft 2014 viendra livrer à la franchise son lot de prodiges, qui, sans faire immédiatement progresser drastiquement les résultats, consolideront le socle de la formation.

Ainsi, l’opportunité sera donnée aux détracteurs d’aujourd’hui, largement majoritaires parmi les observateurs, de devenir les groupies de demain vantant le génie du puissant stratège… avant de prendre pour cible un nouveau décisionnaire !

Cette nouvelle glorieuse tradition d’anticonformisme pleine de cohérence intellectuelle et d’éthique pourra alors se perpétuer…

Lynchage hâtif et irraisonné, à qui le tour ?

  • ClydeDrexler

    Bel effort !

    On s’est résigné à espérer que cette stratégie soit couronnée de succès donc je ne reviendrai pas dessus.
    Simplement, quand je vois que la mène sera partagée entre MCW et Wroten, ça me fout tout simplement les boules. Aucun des deux ne sait shooter et n’est apte à driver une équipe NBA, aussi bien au niveau du tempo que de l’organisation du jeu…

    • Jo

      On dirait que t’as eu faux ^^

      • Gajs

        En effet, le moins que l’on puisse dire c’est que les deux prospects excèdent largement les attentes. Pour Tony Wroten, il est toutefois encore permis de s’interroger sur sa capacité à driver une équipe, à organiser le jeu et à créer pour ses partenaires.

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