Débats Sports

Qui peut créer la surprise au Brésil?

La rédaction de debats-sports.com a le plaisir d’accueillir dans ses colonnes la dernière contribution d’une jeune plume. A 18 ans, Sébastien Girard a derrière lui plusieurs années de passion pour le football, le basket et la NFL. Il ambitionne de devenir journaliste sportif pour, qui sait, prendre la place de Pierre Ménès au CFC ! Il nous livre aujourd’hui son analyse sur les nations qui pourraient surprendre lors de la prochaine Coupe du Monde. 

Alors que les éliminatoires pour la Coupe du Monde 2014 au Brésil suivent leurs cours, nous sommes en droit de nous demander quelles sélections nationales feront vibrer leurs supporters. Bien que le football soit un sport dont l’aléa du résultat fait la beauté, on se laisse tenter par quelques pronostics. Parce que l’expérience du haut niveau est déterminante, nous avons sélectionné quatre nations qui sont déjà bien installées dans le paysage du ballon du rond mondial, mais dont les chances de succès nous semblent à ce jour minorées. On le voit bien surperformer et surprendre lors de la prochaine coupe du monde.

Le Japon

Lorsque l’on pense ballon rond au pays du soleil levant, on pense irrémédiablement à Hidetoshi Nataka et Shunsuke Nakamura, l’ancien milieu de terrain du Celtic Glasgow et de l’Espanyol Barcelone. C’est notamment grâce à eux que le football japonais est en plein essor. Participant à sa première Coupe du Monde en 1998, le Japon est une nation assez jeune dans le football mondial. Mais en arrivant deux fois en huitièmes de finales de la compétition (2002 et 2010), les joueurs nippons sont de plus en plus reconnus à l’échelle mondiale et s’exportent toujours plus nombreux en présents en Europe. Certains sont déjà connus du grand public comme Shinji Kagawa (BVB Dortmund puis Manchester United), Keisuke Honda (CSKA Moscou) ou Yuto Nagatomo (Inter Milan). Mais il existe beaucoup de talents japonais encore assez discrets. Ils sont surtout présents en Bundesliga.

On pense notamment à Atsuto Uchida, l’arrière-droit de Schalke 04, Takashi Usami, milieu offensif du Bayern Munich prêté à Hoffenheim (2 buts en six matchs), Takashi Inui, milieu offensif de l’Eintracht Francfort (3 buts et une passe décisive en six matchs) ou encore à Ryo Miyaichi le très grand espoir japonais prêté à Wigan par Arsenal.

Vous l’aurez compris, le Japon regorge de talents, principalement offensifs, et ils feront très certainement parler d’eux lors de la prochaine Coupe du Monde.

Les Etats-Unis

Les Etats-Unis sont un des pays les plus prometteurs au niveau footballistique. Véritable puissance économique et sportive, les USA ne se sont que très peu intéressés au football… jusqu’à maintenant. En effet, depuis quelques années, les américains découvrent ce sport et l’apprécient de plus en plus. Afin d’obtenir le droit d’organiser la Coupe du Monde 1994, la FIFA a obligé la superpuissance nord-américaine à créer une ligue de football professionnelle (qui n’existait plus depuis la fin de la North American Soccer League en 1984). Cet engouement est dû à plusieurs choses : les parcours de l’équipe nationale en compétitions internationales mais aussi l’arrivée de grands joueurs en MLS.

Tout d’abord, parlons des résultats des américains en compétitions. Quarts-de-finalistes en 2002, huitièmes-de-finalistes en 2010 mais surtout finalistes de la Coupe des Confédérations en 2009. Ces belles performances sont dues à une bonne génération. En effet, certains joueurs américains jouent ou ont joué dans des clubs européens. C’est le cas de Landon Donovan, incontestablement le meilleur joueur américain, qui a évolué sous le maillot d’Everton à deux reprises : à l’hiver 2010 et 2012. Il n’était pas le seul à évoluer chez les Toffees puisque le gardien Tim Howard réalise de très bonnes performances au Goodison Park depuis plus de six saisons.

Le défenseur Oguchi Onyewu a porté les couleurs du Standard de Liège, de l’AC Milan et du Sporting Portugal, notamment (sans jamais s’imposer). Clint Dempsey a marqué le championnat anglais de son empreinte en jouant plus de 220 matchs sous les couleurs de Fulham (60 buts) avant de rejoindre Tottenham à l’intersaison. Bien qu’ils soient talentueux, ce sont des joueurs vieillissants. Cependant, les américains comptent quelques jeunes talents. Au poste d’attaquant,, il y a bien évidemment Freddy Adu. Annoncé depuis des années comme l’un des plus grands talents de sa génération, il tarde à exploser. L’attaquant d’origine ghanéenne a débuté sa carrière en professionnel à seulement 14 ans ! C’est quatre ans plus tard qu’il décide de partir en Europe et rejoint le SL Benfica. Mais sur une période de quatre années au club, il ne disputera qu’une vingtaine de matchs, enchainant les prêts non-concluants. En 2011, il retourne au pays et signe au Philadelphia DC.

L’autre grand talent offensif américain se nomme Jozy Altidore. Lui aussi débute sa carrière très jeune (16 ans) et est cédé à Villareal à 18 ans contre 6M€. Il connaîtra le même destin que Freddy Adu et enchaînera les prêts avant de signer en 2011 à l’AZ Alkmaar. Bonne pioche puisque c’est un championnat qui a l’air de lui convenir. Pour sa première saison, il inscrit quinze buts en 28 matchs. Mais c’est lors de ce début de saison qu’il explose en inscrivant huit buts en seulement sept matchs d’Eredivisie ! Sa puissance fait des ravages aux Pays-Bas et certains clubs ont certainement dû le remarquer.

Mais pour aider ces jeunes attaquants, il faut un bon milieu offensif. Et ce sera le rôle de Michael Bradley. Ce joueur de 25 ans a déjà évolué au Borussia Monchengladbach, au SC Heerenveen et au Chievo Vérone. Il a joué dans plusieurs championnats européens mais c’est en Serie A qu’il se sent le mieux puisqu’il a signé à l’AS Rome cet été.  La particularité de ce joueur c’est qu’il a été formé au poste de milieu défensif mais dès son arrivée en Europe, il a été positionné plus haut.

Bref, les Etats-Unis disposent de plusieurs joueurs de talent. Les américains voient leur championnat s’améliorer d’année en année avec l’arrivée de joueurs comme Marco Di Vaio, Thierry Henry ou Alessandro Nesta. De ce fait, le soccer est de plus en plus suivi outre-Atlantique. De plus, ils disposent de bonnes infrastructures notamment de beaux stades. Mais est-ce que l’équipe nationale fait des progrès pour autant ?

Epoque Matchs joués % de victoires
1947 – 1960 40 38,5
1961 – 1970 22 36,4
1971 – 1980 81 38,9
1981 – 1990 88 48,9
1991 – 2000 202 54
2001 – 2010 188 64,6

Ce tableau montre bien que, malgré le fait que les USA soit dans une zone sans véritable opposition, la sélection progresse nettement. Le nombre de matchs internationaux joués par les États-Unis sont beaucoup plus nombreux qu’auparavant mais on voit nettement que le nombre de victoire a largement augmenté.

Bien que le soccer soit un sport essentiellement joué par les jeunes enfants qui ne peuvent pas s’adonner à la pratique de sports tel que le football américain, il est également considéré comme un sport féminin. En effet, les américaines sont réputées pour être les meilleurs joueuses du monde (et à juste titre). Cependant, le sport se développe énormément au niveau universitaire également. Entre 2006 et 2011, le nombre moyen de spectateurs assistant aux matchs a doublé passant d’environ 2500 pour les meilleures équipes à 5300 pour l’UC Santa Barbara en 2011 ! Mais ce chiffre reste encore très bas par rapport aux chiffres du football US, par exemple.

Le Ghana

Retraversons l’Atlantique et posons nos valises en Afrique. Au Ghana, plus précisément. De loin la meilleur équipe africaine du moment, l’équipe nationale du Ghana n’en finit plus de sortir de nouveaux talents. Pour sa première participation en Coupe du Monde, en 2006, les Black Stars atteignent les huitièmes de finale avant d’être éliminé par le Brésil. Lors de l’édition suivante, ils ont eu l’occasion de devenir la meilleure équipe africaine de l’histoire en atteignant les demi-finales mais le destin en a décidé autrement. Quart-de-finale entre l’Uruguay et le Ghana, les deux équipes n’arrivent pas à se départager au terme du temps réglementaire. Tout le peuple africain pousse les ghanéens lors de la prolongation et suite à un corner, Adiyah pense libérer ses coéquipiers grâce à une tête rageuse. Le gardien de la celeste est battu mais c’est sans compter sur Luis Suarez, aujourd’hui attaquant de Liverpool, qui renvoie le ballon de la main juste avant qu’il ne franchisse la ligne. Sanction sans appel : pénalty et carton rouge pour l’uruguayen. Asamoah Gyan s’élance pour tirer le pénalty mais il frappe la barre et les deux nations doivent se départager aux tirs au but. L’Uruguay sort vainqueur, tout le continent africain est en larmes, Gyan est inconsolable, Suarez est élevé au rang de héros.

Mais l’équipe nationale est très jeune. Aucun joueur n’a plus de trente ans et seulement trois ont plus de 26 ans. Les ghanéens sont de plus en plus nombreux à évoluer dans des bons voire très bons clubs européens. On peut citer Kwadwo Asamoah qui porte les couleurs de la Juventus de Turin. Le milieu de terrain polyvalent a été recruté en provenance de l’Udinese contre 9M€ (les turinois ne possèdent que 50% du joueur). Bien que certains aient des doutes sur son âge (son agent aurait falsifié son passeport pour lui retirer trois ans), il n’en reste pas moins un excellent joueur capable de mener sa sélection au sommet. Bien entendu, il ne pourra pas le faire tout seul. Mais le Ghana regorge de talents.

En France on connaît bien évidemment les frères Ayew, dotés d’un énorme potentiel. André a été le meilleur joueur ghanéen de la Coupe du Monde en Afrique du Sud alors que son frère fait preuve d’une intelligence assez limitée. Quoiqu’il en soit, ce sont d’excellents footballeurs. André s’est révélé en Ligue 2 lors de la saison 2009-2010 grâce à un prêt à Arles-Avignon alors que Jordan est resté au club et commence à avoir de plus en plus de temps de jeu et à marquer des buts (et insulter son entraineur).

Privés de leur capitaine, Michael Essien, lors de la Coupe du Monde 2010, les Black Stars ont vu l’émergence d’Anthony Annan alors joueur de Rosenborg en Norvège. Le petit milieu défensif s’est imposé en sélection avec des performances remarquables qui n’ont pas manqué d’attirer l’œil de nombreux clubs dont Schalke 04, qui s’est attaché les services du joueur.

Mais le nouveau petit phénomène ghanéen se nomme Christian Atsu.  Repéré à l’âge de 17 ans par le FC Porto, le jeune ailier a été prêté au Rio Ave lors de la saison 2011 – 2012 où il a été nommé joueur de l’année par les supporters. De retour à Porto, il compte bien gagner en temps de jeu, cette saison.

Les ghanéens ont toutes les qualités nécessaires pour, enfin, atteindre les demi-finales d’une Coupe du Monde compte tenu de la génération exceptionnelle dont ils disposent. Le Ghana est une lueur d’espoir dans le coeur des africains puisque année après année, leurs équipes s’effondrent. La Côte d’Ivoire, considérée par beaucoup comme un outsider sérieux en 2006 et 2010, à cause de joueurs comme Didier Drogba ou les frères Touré, n’a jamais dépassé les poules. Le Cameroun ne cesse de décevoir et vient de se faire éliminer par le Cap Vert en barrages de la qualification pour la Coupe d’Afrique des Nations pour la deuxième fois consécutive. Le Nigéria n’a plus les armes dont il disposait dans les années 90 avec des joueurs comme Okocha. Alors tous les espoirs d’un continent reposent sur le Ghana.

La Croatie

Nombreux sont ceux qui se souviennent de la demi-finale entre la Croatie et la France lors du mondial 98, principalement grâce au doublé de Lilian Thuram (ses deux seuls buts en sélection). Impressionnante lors de cette compétition, la Croatie termine à la troisième place derrière le Brésil et la France. Moins en vue les années suivantes, les croates ne surprennent presque plus.

Mais l’Euro 2012 sera-t-il le point de départ d’une génération dorée ? Je l’espère. Malgré un groupe compliqué (Espagne, Italie, Irlande), la nation au damier ne s’est pas laissée abattre et a surpris bon nombre d’observateurs. Menés par un Mario Mandzukic en feu, les hommes de Slaven Bilic ont touché du bout des doigts l’exploit d’éliminer les espagnols, champions du Monde et d’Europe en titre. Après une belle victoire, 3 – 1, face aux irlandais pour leur première rencontre de la compétition, les croates ont tenu en échec les quadruples champions du Monde, l’Italie (1 – 1). Malheureusement, un but de Jesus Navas dans les dernières minutes du match les prive d’une qualification alors qu’ils avaient réalisé un très grand match.

Cependant, cette élimination au premier tour laisse entrevoir de belles perspectives d’avenir. Un collectif bien rôdé, des individualités qui se confirment la Croatie ne manque pas d’arguments. Son plus gros atout réside au milieu de terrain et se nomme Luka Modric. Le virtuose croate sait tout faire et a tout naturellement tapé dans l’œil de José Mourinho. Extrêmement polyvalent, le natif de Zadar peut évoluer en milieu défensif, relayeur, offensif ou latéral. Autrement dit, il peut jouer de partout. Petite ombre au tableau, lorsqu’il évoluait à Tottenham c’est lui qui avait les clés du jeu. Idem en sélection. Mais au Real Madrid, ça risque d’être une autre histoire. Va-t-il s’adapter ou sombrer ? Pour la beauté du sport, on espère qu’il va réussir à prendre le jeu à son compte malgré la présence d’autres stars.

Mais ce n’est pas le seul atout dont dispose la Croatie. L’homme en grande forme c’est évidemment Mario Mandzukic. Auteur de trois réalisations lors du championnat d’Europe des Nations, l’ancien attaquant de Wolfsburg a fait chavirer le cœur de Jupp Heynckes, l’entraineur du Bayern Munich qui l’a recruté pour 15M€. Profitant de la blessure de Mario Gomez, le croate a déjà inscrit six buts en championnat en sept journées.

Le néo-bavarois partage le front de l’attaque de la sélection avec Nikica Jelavic, buteur d’Everton. Le Toffee est en pleine forme depuis son transfert sur les bords de la Mersey puisqu’il a été buteur à 13 reprises lors de ses 16 premiers matchs. Attaquant plutôt complet (tout comme Mandzukic), il est capable de marquer dans n’importe quelle position et de n’importe quelle façon.

Mais les croates disposent de nombreux jeunes talents comme Ivan Perisic, le milieu latéral de Dortmund (23 ans), Ivan Rakitic le cannonier du FC Séville (24 ans), Dejan Lovren le rugueux défenseur de l’Olympique Lyonnais (23 ans) ou Ivan Strinic, autre révélation croate de l’Euro (25 ans). Ces jeunes joueurs sont encadrés par des joueurs plus expérimentés comme Darijo Srna, capitaine de la sélection et du Chaktior Donetsk (29 ans), Ognjen Vukojevic, milieu défensif du Dynamo Kiev qui a réalisé un excellent Euro (28 ans) ou Eduardo, le brésilien naturalisé croate qui a évolué à Arsenal (29 ans).

En conclusion, les nations présentées ci-dessus disposent de nombreux talents au sein de leurs effectifs respectifs. Cependant, il n’est pas dit que chaque nation, ou même qu’un seul de ces pays, ne réussisse quelque chose sur le plan international. Ce sont juste les pays qui, à mon avis, risquent d’en épater plus d’un.