Débats Sports

Pour un cyclisme crédible

Le 23 octobre dernier, Roger Legeay, président du Mouvement Pour un Cyclisme Crédible (MPCC) annonçait avoir recruté 4 nouvelles équipes (Lotto-Belisol, IAM cycling, Netapp, Sojasun).

L’adhésion de ces nouveaux membres est une excellente nouvelle pour ceux qui aspirent à un cyclisme sans dopage. L’intégration de l’équipe Lotto-Belisol dirigée par Marc Sergeant au Mouvement Pour un Cyclisme Crédit marque un saut qualitatif d’importance. Il s’agit de la première grosse structure non française à rejoindre le mouvement crée en 2007 depuis l’adhésion de Garmin. Alors que l’affaire Armstrong vient de se traduire par la destitution du texan de ses titres et par un trou de sept années dans le palmarès de la Grande Boucle, le cyclisme doit entrer dans une nouvelle phase de la lutte contre le dopage. L’adhésion de Lotto au sein du MPCC est la première pierre portée à ce nouvel édifice.

L’affaire Armstrong offre une structure d’opportunité, pour les membres du MPCC de mobiliser de nouveaux moyens et de capter l’attention de nombreux acteurs du cyclisme mondial. Alors que l’opprobre est plus que jamais jeté sur les instances internationales du cyclisme, et que l’UCI de part son rôle ambigu dans la gestion du cas Armstrong et la promotion du système de l’UCI World Tour particulièrement incitatif à l’usage de produits dopants, le Mouvement Pour un Cyclisme Crédible sort du contexte essentiellement français pour s’imposer comme une alternative sérieuse au mode de régulation du cyclisme professionnel actuel.

Le Mouvement Pour un Cyclisme Crédible rassemble désormais 11 structures de 6 nationalités différentes (AG2R-La Mondiale, Argos-Shimano, Bretagne-Schuller, Cofidis, EuropCar, FDJ-Bigmat, Garmin-Barracuda, IAM Cycling, Lotto-Belisol, NETAPP et Sojasun). Avec Garmin et Lotto, le MPCC dispose de deux grosses structures internationales, dont les coureurs trustent les victoires, 73 à elles deux l’an passée. De quoi convaincre, des acteurs majeurs de rejoindre le mouvement. Il serait temps.

Genèse et principes de fonctionnement du MPCC :

Malgré l’instauration d’un code éthique dès 1998 à la suite de l’affaire Festina, les pratiques dopantes n’ont pas cessé. Et alors que le statu quo semblait s’imposera auprès de nombreux managers, les responsables des structures cyclistes françaises et allemandes ont pris l’initiative en 2007 de créer le Mouvement Pour un Cyclisme Crédible. C’est à la veille du départ du Tour de France à Londres, le 5 juillet 2007 que 8 équipes quittent précipitamment la réunion de l’association des équipes professionnelles AIGCP à savoir : AG2R Prévoyance, Agritubel, Bouygues Telecom, Cofidis, Crédit Agricole, Française des Jeux, Gerolsteiner et T-Mobile. Ces dernières s’insurgent contre le nom respect des règles et des chartes éthiques pourtant adoptées à l’unanimité. Un peu moins de trois semaines plus tard, ces mêmes équipes, moins la T-Mobile affectée par les révélations sur le dopage de Patrik Sinkewitz, créent le Mouvement Pour un Cyclisme Crédible. Elles seront rejointes par la seule équipe Rabobank, lors de l’appel lancé par les promoteurs du MCPP à l’adresse de toutes les autres équipes à les rejoindre.

Très rapidement toutefois, la crédibilité du MCPP est entachée par le contrôle positif à la testostérone d’un coureur de l’équipe Cofidis, Christian Moreni sur le Tour de France. La structure dirigée par Eric Boyer décide alors de se retirer de la Grande Boucle. Touchée par un nouveau cas de dopage avec le cycliste français Rémy Di Gregorio, cette année, Cofidis ne renouvellera pas son retrait du Tour. Malgré ces cas de dopage, l’engagement de Cofidis ne sera jamais remis en cause au sein du MPCC à l’inverse de la structure Colombia qui sera tout simplement exclue du mouvement pour non respect des engagements éthiques.

L’existence même du Mouvement Pour un Cyclisme Crédible interpelle. Comment admettre que des participants à un sport aussi mondialisé et médiatisé que le cyclisme puissent considérer que les normes, règlements et contrôles appliqués par les instances internationales de régulation ne sont pas suffisants, et qu’il convient de s’astreindre à des codes éthiques plus ambitieux ? Comment admettre que les participants considèrent  les instances de contrôle et de régulation comme défaillantes ?

Les promoteurs du mouvement ont compris avant les autres que les tricheurs portent des coups létaux à la crédibilité du cyclisme, sa popularité et par voie de conséquence à sa santé financière.

Suite à l’affaire Armstrong, Rabokank figure majeure du paysage du monde cycliste, a décidé de se retirer du sponsoring de la petite reine. Si les 28 coureurs cyclistes professionnels sous contrat avec la structure néerlandaise pourront courir au sein de l’équipe pour l’année 2013, l’avenir des moins confirmés d’entre eux s’est considérablement assombri au détour de la déchéance du Texan. Pire, Rabobank finançait des structures jeunes parmi les plus efficaces de la planète, ainsi qu’une structure féminine. Et la banque hollandaise n’est pas le premier sponsor de poids à se retirer sous l’effet d’une affaire de dopage. Les sociétés allemandes de T-Mobile et Gerolsteiner se sont également retirées après que le dopage les ait affecté de l’intérieur.

Dès lors, sur la base du volontariat, les membres du Mouvement Pour un Cyclisme Crédible défendent une stricte application du code éthique de l’UCI ainsi que le respect de certaines règles supplémentaires parmi lesquelles :

  • ne plus faire courir un coureur positif dès le résultat de la première analyse
  • ne pas engager de coureur positif qui a eu une suspension de plus de 6 mois (hormis dans les cas liés à un défaut de localisation) pendant les deux ans suivant la suspension
  • ne pas faire d’infiltration intra-articulaire de corticoïdes sans un arrêt de compétition de 8 jours
  • d’effectuer des procédures dès le 1er cas positif dans l’équipe
  • pratiquer l’auto-suspension en cas de plusieurs cas positifs lors des 12 derniers mois.

C’est l’essentiel de ces mesures qui furent reprises par les 5 grands quotidiens (L’Equipe, The Times, La Gazzetta dello sport, Le soir et Het Nieuwsblad) lorsqu’ils lancèrent le 27 octobre 2012 un manifeste pour un renouveau du cyclisme. Nous ne pouvons que plaider en faveur d’un élargissement non pas du MPCC mais des principes dont il est porteur.

Pour l’année 2013, le Mouvement Pour un Cyclisme Crédible appelle à une tolérance zéro et à ce titre formule des propositions adressées à l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) à l’UCI ainsi qu’aux organisateurs. A ces derniers ils proposent d’établir un mécanisme leur permettant de ne pas engager sur leurs épreuves les équipes qui ne respectent pas les règles éthiques. A l’AMA, ils suggèrent de renforcer la lutte contre les pratiques dopantes autour de trois axes :

  • pour l’augmentation des sanctions dès la première infraction
  • pour le retour à une réglementation sur les corticoïdes
  • pour interdire aux athlètes suspendus plus de 6 mois de participer aux Championnats du Monde et aux Jeux Olympiques

Afin de plus avoir à revivre l’expérience d’un palmarès resté vierge suite à la déqualification d’un ou de plusieurs tricheurs il convient de faire la chasse aux pratiques dopantes. Quitte à absoudre ceux qui ont triché par le passé mais qui souhaiteraient collaborer à démanteler les réseaux.

Le grand nettoyage passe par l’immunité accordée à tous ceux qui souhaiteront témoigner des pratiques dopantes auxquels ils auraient eu recours ou auraient été témoins par le passé. Aucune rétroactivité ne doit être appliquée. C’est un compromis indispensable pour inciter les témoignages et non encourager la loi du silence.

Face au Mouvement pour un Cyclisme Crédit, l’équipe Sky mobilise une autre stratégie.  L’équipe de Brailsford a instauré une chasse aux sorcières de tous ceux qui auraient été impliqués de près ou de loin à des pratiques dopantes par le passé. Ainsi, Bobby Julich qui a confessé s’être dopé entre 1996 et 1998, a été prié d’aller voir ailleurs. L’américain, troisième du Tour de France 1998 occupait les fonctions d’entraîneur spécialisé dans les contre la montre au sein de la structure britannique. Il n’est pas le seul a avoir été éconduit de l’équipe Sky. Steven de Jongh, directeur sportif des britanniques a aussi pris la porte.

Sky ne souhaite pas voir son nom associé à quelconque affaire de dopage et fait le ménage parmi les siens. A la suite de l’affaire Armstrong, Dave Brailsford a fait signé aux membres de son équipe une charte éthique anti-dopage dans laquelle il est stipulé « qu’il n’y a pas de place dans la Team Sky pour ceux qui ont une implication dans le dopage, présente ou passée ».

Pour autant, l’équipe aux 50 victoires la saison dernière n’a pas manifesté son intention de rejoindre le MPCC. Brailsford est bien venu assister à la dernière réunion du Mouvement en tant qu’observateur ce qui laissait le président de l’association, Roger Legeay envisager une intégration de la structure britannique : « A la dernière réunion, ils étaient là, révèle Roger Legeay, le patron du MPCC. C’est Dave Brailsford qui est venu. Je pense qu’il est en train de réfléchir à ça. Il est très à l’écoute, il est d’accord avec tout ce que l’on fait ». On est toutefois plus sceptique que Mr Legeay. La nouvelle politique de lutte anti-dopage de l’équipe Sky encourage davantage l’omerta que la transparence.

Les membres du MPCC, et 5 grands quotidiens appellent de leurs vœux une coopération totale afin de mettre un terme au fléau qu’est le dopage. Encore faudrait-il que l’UCI fasse amende honorable sur son implication dans l’affaire Armstrong et qu’elle tire un trait sur l’inepte règlement de l’UCI World Tour.