Débats Sports

Où Joaquim Rodriguez va t-il signer ?

Recalée du World Tour, l’équipe Katusha s’est vue décliner une invitation pour le prochain Tour d’Italie et vient de voir son appel rejeté par le Tribunal Arbitral du Sport. Parallèlement à l’appel contre la décision de la commission des licences de l’UCI du 18 décembre 2012 qui la contraignait à évoluer en Continental Pro, la formation russe avait demandé à être temporairement réintégrée dans le World Tour jusqu’à ce qu’une décision définitive ne soit prise. C’est cette demande de dérogation temporaire que le TAS vient de rejeter, l’appel principal reste quant à lui toujours en cours et une décision devrait être rendue dans les « meilleurs délais ». Quoiqu’il en soit, et alors que Katusha n’a toujours pas été informé des motifs de la perte de sa licence[1], le départ de Joaquim Rodriguez n’est plus qu’un secret de polichinelle.

Le leader de la formation russe est en partance pour une équipe World Tour en mesure de lui garantir une participation sur les principales épreuves de la saison. Et principalement sur le Tour de France. En effet, face à un tracé montagneux, celui qui a terminé à la première place du classement UCI la saison dernière nourrit de solides ambitions sur la Grande Boucle. L’espagnol ne souhaite pas laisser passer une telle occasion de briller sur les routes de juillet. « Le parcours est plus montagneux et il y a moins de contre la montre. Il s’adapte donc parfaitement à mes aptitudes. Et je ne sais pas quand nous reverrons un tel tracé ». Purito a élaboré son programme en fonction du Tour de France. A cet effet, il a prévu de s’aligner sur les épreuves suivantes : Tour de San Luis, Tour d’Oman, Tirreno-Adriatico, le Tour de Catalogne, l’Amstel Gold Race, la Flèche Walonne, Liège-Bastone-Liège, le Tour de Romandie et le Tour de Suisse. Du grand classique pour les prétendants de juillet.

Avec un tel programme et des ambitions réelles, Purito ne peut prendre le risque de rester au sein d’une structure qui risque bien de ne pas être invitée à découvrir les routes de Corse le 29 juin prochain. Un départ de la formation Katusha est donc inéluctable. Il lui faudra toutefois recevoir l’autorisation de l’UCI de quitter la formation russe pour laquelle il est sous contrat. Mais eu égard à la spécificité de sa situation et à l’incapacité de la formation dirigée par Viatcheslav Ekimov à lui permettre de respecter son programme, cela ne devrait être qu’une formalité.  Alors quelles sont les destinations possibles pour Rodriguez ?

Les médias espagnols annoncent déjà, sans relayer les mêmes informations, que le grimpeur-puncheur aurait déjà accepté une proposition qui sera officialisée dès que l’UCI lui aura notifié sa liberté contractuelle.  Considérant que l’espagnol est un des rares coureurs capables de jouer la victoire sur la Grande Boucle[2], que ses émoluments chez Katusha sont à la hauteur de la fulgurance de ses accélérations et eu égard à son programme déjà défini, quelles sont les structures susceptibles de l’accueillir ?

Il n’y signera pas…

Au lendemain du nouvel an, les rumeurs envoyaient l’espagnol du côté de chez Argos-Shimano avant que cette dernière ne démente l’information. Compte tenu de l’incertitude de la situation de l’espagnol, on ne peut pas exclure que ce démenti ne serve uniquement à protéger l’équipe d’un éventuel revirement de situation. Toutefois, on ne voit pas comment l’espagnol pourrait se laisser convaincre de signer dans une équipe organisée autour de deux des plus grands espoirs du sprint et où il ne pourrait bénéficier du soutien nécessaire sur les courses à étapes. Pour des raisons similaires, les grosses armadas disposant d’un leader bien établi pour le prochain Tour de France sont des destinations peu probables. La Sky a déjà suffisamment à faire avec les ambitions respectives de Wiggins et Froome, la Radioshack dispose en Andy Schleck d’un leader dont le Tour de France est le seul objectif de la saison à l’instar de la Saxo-Tinkoff avec Alberto Contador. Si ses chances de succès sont infimes, Van den Broeck est le leader incontesté de la Lotto sur les courses à étapes et son remplacement dans ce statut de leader par l’espagnol ne figure pas dans les plans d’une équipe qui visera aussi le maillot vert et les victoires d’étapes avec André Greipel sur les routes de juillet.

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Le profil de Purito aurait pu intéresser la formation Biancho (ex-rabobank) si cette dernière savait de quoi son avenir sera fait. Rabobank a accepté de financer la structure au cours de cette année mais se retirera définitivement de la petite reine à la fin de la saison. Sans argent, Biancho n’ajoutera pas un chapitre à l’histoire des coureurs espagnols passés par l’équipe néerlandaise avec Joaquim Rodriguez.

De la même manière, Euskatel ne dispose pas des ressources financières pour recruter Purito. Loin d’être en capacité de se renforcer, la formation basque a du se résoudre à procéder à un recrutement exotique afin de glaner de précieux points pour garantir son avenir dans le World Tour…

Face à la volonté de l’espagnol de jouer sa carte personnelle sur la 100ème édition du Tour de France, seules les équipes ne disposant pas d’un leader naturel pour cette épreuve sont susceptibles d’accueillir l’espagnol.

Le leader d’une formation française? 

Quand bien même Thibaut Pinot ne peut pas être considéré comme un candidat au titre dès la prochaine édition du Tour de France, son entrée dans le top 10 de la Grande Boucle pour sa première participation à tout juste 22 ans lui confère une certaine légitimité. Il est l’avenir à moyen et long terme de la structure. On voit mal Marc Madiot lui mettre un Joaquim Rodriguez dans les roues. Parmi les équipes françaises, Ag2r présente un profil plus intéressant. Jean-Christophe Peraud et John Gadret pourraient être les principaux lieutenants de l’espagnol et Vincent Lavenue a déjà démontré son attrait pour les leaders étrangers. Reste à définir la surface financière d’une telle opération mais la formation devrait au moins tenter sa chance. Vacansoleil dispose grosso modo des mêmes arguments et des mêmes faiblesses. Si ce n’est que la formation néerlandaise possède en Thomas de Gendt un leader qui pense être en mesure de jouer le top 5 du Tour de France.

Après avoir vu Vincenzo Nibali quitter le navire, la structure de Peter Sagan pourrait se porter candidate à la venue de l’espagnol. Toutefois, cette hypothèse semble difficilement envisageable. D’une part, la situation économique d’une structure qui a du se résoudre à laisser partir son champion national sans le remplacer ne laisse pas sous entendre une marge de manœuvre économique nécessaire à la signature de l’espagnol. Par ailleurs, Cannondale a clairement décidé de faire une croix sur le classement général sur les Grands Tours pour se consacrer entièrement à sa pépite, Peter Sagan, capable de gagner sur tous les terrains.

Omega-Pharma-Quick-Step dispose quant à elle du budget nécessaire à finaliser le transfert de Joaquim Rodriguez et n’a aucun coureur capable de jouer les premiers rôles au classement général des courses à étapes. Mais la formation belge ne planifie pas de jouer le classement général des grandes courses à étapes. C’est davantage le profil de puncheur de Rodriguez qui pourrait susciter un intérêt de Patrick Lefevere. L’âge avancé de l’espagnol n’en font pas non plus l’idéal type du coureur de grands tours que recherche Lefevere pour 2014. Et pour cette année, la marge de manœuvre semble étroite. Avec Mark Cavendish dans l’équipe et peu de coéquipiers à même de l’aider en montagne, OPQS n’est pas la destination idoine pour Purito et ses ambitions estivales. Pas plus que ne l’est la piste Orica-Greenedge qui semble se désintéresser complètement des classifications générales des épreuves à étapes.

La Lampre qui dispose d’un effectif solide mais pas en mesure de jouer la gagne sur le Tour de France pourrait être une destination plausible, tout comme la Garmin où Hesjedal devrait défendre son titre sur le Giro acquis au détriment de…Rodriguez.

Rodriguez, leader dans une grosse structure. 

Malgré tout, trois favoris se dégagent. Dans l’ordre croissant des probabilités de les voir accueillir l’espagnol.

Après le retentissant échec de Cadel Evans en juillet dernier, la BMC pourrait bien saisir l’opportunité de signer l’espagnol et d’apporter à son effectif un leader crédible pour la victoire finale sur le prochain Tour de France. En effet, le profil du parcours de la 100ème édition de la grande boucle n’est pas tout à fait conforme aux qualités de l’australien. Par ailleurs, l’âge avancé de Purito permettrait à la structure d’engager un coureur capable de briller dès juillet sans compromettre les perspectives de développement de Tejay Van Garderen encore un peu vert pour jouer la victoire avec le statut de leader sur les épaules. Le savoir faire de la BMC est un atout non négligeable. On gage qu’une proposition de la formation australienne ne laisserait pas de marbre Joaquim Rodriguez.

Tout comme un retour au sein de la Movistar où Valverde commence à se faire une raison. Il ne sera jamais le coureur de Grand Tour qu’il aspirait devenir. La piste Movistar présente le double avantage d’être une structure connue par l’espagnol, Purito a évolué pendant au sein de la Caisse d’Epargne entre 2006 et 2009, et de regorger de coéquipiers solides en montagne.

Enfin, Astana semble en mesure de convaincre Joaquim Rodriguez de venir la renforcer. Certes la formation kazakhe a procédé à un recrutement hivernal de première classe. Avec la signature de Vicenzo Nibali, l’équipe dirigée par Vinokourouv s’est dotée d’un des plus solides candidats à la victoire sur les grands tours. Mais cette saison l’italien a décidé de jouer la victoire sur le Giro. Il reste donc une place de leader à occuper sur les routes de juillet. Avec Nibali sur le Giro, Gasparotto, Iglinsky et Rodriguez (les vainqueurs des trois classiques ardennaises de la saison passée) sur les classiques, l’espagnol et Fuglsang sur le Tour de France, Astana pourrait bien truster les victoires en 2013.

A quelques encablures du début de saison, c’est le numéro 1 mondial qui ne sait toujours pas au sein de quelle structure il évoluera l’année prochaine. Au delà de ses ambitions personnelles c’est l’état des rapports de force sur les Grands Tours qui pourrait bien être chamboulé par sa décision.


[1] La formation russe paierait la récurrence des cas de dopage auxquels elle a été confrontée ces derniers mois, ainsi que la présence de Menchov mentionné dans le rapport de l’USADA qui a conduit à la destitution du palmarès de Lance Armstrong.

[2] Pour rappel, l’an passé, Joaquim Rodriguez s’est classé deuxième du Giro et troisième de la Vuelta.