Débats Sports

Mais où es-tu passé, Paulo Henrique Ganso ?

Paulo-Henrique-Ganso

Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre. Karl Marx

 

Avant de décider d’augmenter le prix des transports en commun, les dirigeants brésiliens auraient été bien inspirés de se remémorer le Caracazo vénézuélien.  Aux mêmes causes, les mêmes effets. Face à une corruption galopante jusqu’au plus haut sommet de l’Etat et à une affectation douteuse des deniers publics, l’augmentation du prix du ticket de bus avait alors fait office de catalyseur de la révolte des classes populaires. Des manifestations et émeutes monstres avaient secoué le voisin du géant brésilien battant en brêche la stabilité du système politique vénézuélien.

Alors que les joueurs de la Seleçao ont affiché leur soutien[1] à des manifestants qui s’insurgent contre les investissements consentis pour l’organisation de la Coupe du Monde et des Jeux Olympiques, une autre histoire se répète dans l’anonymat général. Celle des espoirs déchus d’une promesse du football auriverde.

Au lendemain de la Coupe du Monde Sud africaine où le Brésil échoua pour la seconde fois consécutive au stade des quarts de finale, Mano Menezes souhaitait reconstruire les ambitions de la sélection brésilienne autour d’une doublette qui dominait alors le football latino-américain avec leur club de Santos, Neymar et Paulo Henrique dit « Ganso ».

Ensemble, les deux comparses ont remporté 5 titres en l’espace de deux ans dont la Copa Libertadores en 2011. Présentés comme les futures têtes d’affiche de l’attaque brésilienne, les deux coéquipiers n’ont pu confirmer les attentes. Si le néo-barcelonnais a brillé avec la sélection, inscrivant 4 buts dans une Coupe des Confédérations où les brésiliens ont sèchement défait la Roja en finale, Paulo Henrique dit « Ganso » n’a plus porté le maillot de la Seleçao depuis la finale perdue des Jeux Olympiques de Londres.

Il ne fait manifestement pas partie des plans de Felipe Scolari qui confie les clés du jeu à Oscar étincelant cette saison avec Chelsea.

Elancé (1m84 pour 73kg), élégant, doté d’une technique et d’une qualité de passe au dessus de la moyenne, Paulo Henrique a vu sa progression contrariée par des blessures récurrentes. Alors en équipes de jeunes du club de Santos, le prodige est écarté des terrains pour une durée de 7 mois, la faute à des ligaments des genoux distendus. Le même mal lu vaudra la même durée d’indisponibilité fin août 2010 alors qu’il venait tout juste de faire ses débuts en sélection sous les ordres de Mano Menezes[2].

Plus encore que les contrariétés physiques, son transfert à Sao Paulo marque le tournant de sa jeune carrière.

Convoités par les plus grands clubs européens à la suite de son succès en Copa Libertadores, les deux prodiges de Santos ne cèdent pas aux sirènes européennes et poursuivent l’aventure dans leur pays natal à quelques encablures de la Coupe du Monde organisée sur le sol brésilien.

Depuis, Neymar a fini par répondre favorablement aux sollicitations européennes cet été en rejoignant le FC Barcelone. Paulo Henrique est resté au Brésil. Il avait toutefois devancé son coéquipier en quittant Santos en septembre dernier pour rejoindre les rangs de Sao Paulo où Lucas était en partance pour le PSG.

Si la réussite de la transition de Neymar à Barcelone reste à construire, celle de Ganso de Santos à Sao Paulo n’a pas été dénuée de difficultés pour le joueur de 23 ans.

Des titres de Santos au banc de Sao Paulo

Dépositaire du jeu de Santos, sollicité par les plus grands clubs internationaux, Paulo Henrique a d’abord mal vécu d’être un des joueurs de l’effectif le moins bien rémunéré. Sa volonté d’être revalorisé, éconduite par le président Luis Alvaro de Oliveira Ribeiro, Ganso était placé sur le marché par son club et les fans de Santos l’ont rapidement affublé du qualificatif de mercenaire. Une situation qui a profondément affecté le jeune joueur.

« J’ai un des salaires les plus bas du FC Santos et les supporters me traitent de mercenaire. On ne peut rien faire contre ce type de réaction, cela fait malheureusement parti de la culture de notre pays. » « J’ai toujours aimé ce club. Je me suis toujours investi pour ce club, j’ai marqué beaucoup de buts et gagné des titres ».

Des propos qui ne l’empêchèrent pas d’être sujet aux brimades des supporters et à quelques jets de pièces de monnaies sensées symboliser sa cupidité. Pour ne rien arranger, le meneur de jeu signe, en septembre dernier,  un contrat de 5 ans avec le tricolor de Sao Paulo pour une indemnité de transfert chiffrée à 8 millions d’euros (+5% à la revente).

Une somme largement en deçà des standards évoqués un an plus tôt qui s’explique en partie par le fait que le club tricolor ne s’est porté acquéreur que de 32% des droits du joueur. Les 68% restants appartenant à la société DIS.

A son arrivée à Sao Paulo, Ganso est soumis à la concurrence d’un autre talentueux joueur local, Jadsón. La cohabitation n’étant pas une franche réussite. Ganso est déplacé du banc à une position plus avancée ou excentrée sur le pré qui ne lui permettent pas de retrouver l’influence qu’il avait sur le jeu à Santos si ce n’est par intermittences.

Les deux joueurs sont des organisateurs et vampirisent le ballon. Et Jádson a une longueur d’avance sur l’ancien coéquipier de Neymar. Si les deux joueurs réitèrent les affirmations sur leur compatibilité, ils ont trouvé un soutien de poids en la personne de Raï. L’ancien parisien est convaincu que les deux joueurs seront amenés à évoluer côte à côte sur le terrain.

« Je pense qu’à un moment donné, les deux vont jouer ensemble. Je suis content que Jadson soit en forme, au point de reléguer Ganso sur le banc. » « J’estime que Ganso est l’un des plus grands talents que le Brésil ait connu ces dernières années. Avec certitude, il va s’imposer petit à petit. Si Jadson continue à bien jouer, les deux évolueront ensemble à coup sûr».

A certains égards, Ganso paie les conséquences de son physique. S’il reste un technicien hors pair, évoluant constamment la tête levée, le regard fixé sur la prochaine passe qui fera la différence, lorsque l’intensité physique augmente d’un cran et que les espaces se réduisent, il disparaît trop souvent, ce qui alimente le scepticisme sur son adaptabilité au football qui se pratique sur le vieux continent.

La concurrence de Jádson en club se couple avec celle d’Oscar au sein de la seleçao. Les deux joueurs disposent des mêmes qualités mais le blues a pris une longueur d’avance sur son concurrent en s’imposant dans l’entrejeu des londoniens.

Scolari et la fin des espoirs de mondial ?

La nomination de Luiz Felipe Scolari à la tête de la Seleçao, en remplacement de Mano Menezes a certainement enterré les derniers espoirs de Ganso d’être le numéro 10 de la sélection brésilienne lors du mondial à domicile. Depuis que le champion du monde 2002 est aux manettes, Ganso n’a pas été retenu une seule fois.

Ses chances de disputer la Coupe du Monde au Brésil s’amenuisent au fils des matchs de la Seleçao et la victoire du Brésil lors de la Coupe des Confédérations ne plaide pas pour une modification des schémas de jeu établis par Scolari.

Ce dernier a par ailleurs accordé une confiance aveugle à un Oscar pourtant éreinté après une saison au cours de laquelle il aura pris par à 80 matchs. Scolari souhaite confier les clés du jeu au joueur de Chelsea. Placé dans l’axe, Oscar peut faire parler sa qualité de passe et son aisance technique. Des qualités qui sont celles de Ganso.

A moins d’un an du match d’ouverture à Sao Paulo, Ganso n’a pas complètement perdu espoir d’être convié au mondial brésilien. Pour ce faire il devra monter dans la hiérarchies de Scolari au détriment d’Hernanes ou de Jádson…celui-là même qui le concurrence au sein du tricolor.


[1] Interrogé sur le sujet en conférence de presse, Hulk : « Aujourd’hui, j’ai une position sociale privilégiée, mais je n’oublie pas que je viens d’un milieu pauvre. Ils ont raison de protester, ce qu’ils disent et ce qu’ils souhaitent est de bon sens. Le Brésil a besoin de progresser dans beaucoup d’aspects, c’est pourquoi nous les soutenons. Nous savons qu’ils disent vrai ».

[2] Si Dunga l’avait placé dans les 7 joueurs réservistes pour le mondial sud africain, il ne l’a jamais retenu.