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L’histoire des premiers choix des Cavaliers (deuxième partie)

Aujourd’hui, deuxième partie de notre dossier sur l’histoire des premiers choix de draft effectués par l’équipe. Alors que nous revenions hier sur deux joueurs majeurs de la franchise, nous abordons aujourd’hui la carrière à Cleveland de celui qui est sans conteste le plus connu de tous les choix de Cleveland à l’heure actuelle : LeBron James.

LeBron James, l’Élu devenu traître

LeBron James. À jamais, ce nom restera attaché à la franchise de l’Ohio. Pour le meilleur comme pour le pire. Parmi les premiers choix de draft qu’ont obtenu les Cavaliers, nous pouvons incontestablement affirmer que le plus marquant fut celui de 2003. Jamais peut-être un premier choix de draft n’avait était autant convoité que celui de cette année-là : si cette draft s’annonce exceptionnelle en qualité et en quantité, le fait de choisir en première position semble primordial pour toutes les équipes de bas de tableau.

En effet, malgré le nombre de talents présents au Madison Square Garden ce 26 juin 2003, c’est un adolescent de 18 ans attire tous les regards : LeBron James. Le jeune homme est originaire d’Akron, dans… l’Ohio, et sort de quatre saisons au lycée de Saint Vincent-Saint Mary. Ces quatre saisons ont suffi à faire de lui une star.

Lors de sa dernière saison au sein de l’équipe des Irish, avec lesquels il forme le « Fab Five » d’Akron en compagnie de ses quatre meilleurs amis, ses matchs sont souvent retransmis à la télévision dans toute l’Amérique. Il gagne le surnom de The Chosen One (l’Élu) et chacun de ses matchs est ultra-médiatisé, rassemblant des dizaines de journalistes.

Il se déclare éligible pour la draft le 25 avril 2003, et signe un contrat de 90 millions de dollars avec Nike. A l’instar de Kevin Garnett ou de Kobe Bryant, il fait l’impasse sur l’université.

De son côté, Cleveland réalise une saison catastrophique en 2002-03 avec seulement 17 victoires, le pire bilan de la ligue cette année-là à égalité avec les Nuggets. Mais peu importe, tout le monde dans l’Ohio espère que la lottery donnera aux Cavs la chance de pouvoir sélectionner James. Et le destin va redonner espoir à cet état que l’on aurait pu croire maudit. Les Cavaliers récupèrent le premier choix de la draft, devant Detroit (Choix de Memphis), Denver, Toronto et Miami. Gordon Gund, alors propriétaire majoritaire des Cavaliers, tue immédiatement le peu de suspense existant en présentant un maillot floqué James. D’ailleurs, les médias ne parleront pas de draft lottery mais tout simplement de LeBron lottery.

L’arrivée de King James dans l’Ohio provoque un incroyable engouement médiatique, d’une envergure jamais vue pour cette franchise du nord du pays, même lors des glorieuses campagnes de playoffs dix ans plus tôt. La pression est immense pour ce gamin de 18 ans, sur qui repose tous les espoirs d’un État. Pour son premier match, et malgré la défaite, LeBron réalise une performance impressionnante compte tenu du contexte, en signant 25 points, 9 passes, 6 rebonds et 4 interceptions. Le ton est donné.

LeBron James va passer sept saisons à Cleveland, sept saisons au cours desquelles il mènera les Cavaliers plus loin qu’ils n’avaient jamais été. Mais aussi sept saisons sans qu’il ne réussisse à les emmener au sommet, avec, comme point d’orgue, une finale NBA perdue face aux Spurs de Tony Parker en 2007. Là réside tout le paradoxe James à Cleveland.

Durant toute sa saison rookie, il ne va cesser d’impressionner, et finira meilleur rookie de l’année malgré la concurrence de Carmelo Anthony. Il deviendra le troisième joueur de l’histoire à tourner à 20 points,cinq passes et cinq rebonds de moyenne lors de son année rookie, après Oscar Robertson et Michael Jordan (Tyreke Evans les rejoindra par la suite). Avec lui, l’équipe gagne 18 matchs de plus que la saison précédente. Pendant ses sept saisons sous le maillot de Cleveland, LeBron James va battre des records de précocité, en particulier au scoring. Il devient par exemple le plus jeune joueur de l’histoire à réaliser un triple-double, et le plus jeune à marquer plus de 50 points dans un match.

Malgré cela, sur le plan collectif, les deux premières saisons de LeBron restent décevantes. Il n’emmène pas Cleveland en playoffs malgré un nombre de victoires croissant. C’est lors de la saison 2005-06 que LeBron James va s’affirmer comme l’un des tous meilleurs joueurs de la ligue. Individuellement et collectivement, il va exploser. Il tourne à plus de 31 points de moyenne, prend 7 rebonds et délivre 6,5 passes de moyenne chaque soir, le tout à 48 % aux tirs. Il devient en février le plus jeune joueur de l’histoire à être élu MVP du All Star Game, et mène les Cavaliers à leur première post-season depuis 1998, ces derniers atteignant le plateau des 50 victoires pour la première fois depuis 13 ans.

Pour ses grands débuts en playoffs, là où les grands joueurs deviennent des légendes, il réalise un triple-double d’entrée, puis les Cavs sortent les Wizards de Gilbert Arenas en six matchs, avant de pousser les Pistons à disputer sept matchs. L’équipe ne parvient pas à faire tomber la franchise du Michigan, mais LeBron a désormais goûté aux playoffs.

Sa saison 2006-07 est statistiquement moins accomplie, mais il compile tout de même 27 points, 6 passes et presque 7 rebonds de moyenne, ce qui continue de faire de lui l’un des tous meilleurs joueurs de la planète. D’ailleurs, en playoffs, il passe la vitesse supérieure. Les Wizards puis les Nets tombent. En Finales de conférence, Detroit se met à nouveau en travers du chemin des Cavaliers. Cette fois-ci, ces derniers passent l’obstacle. Mené 2-0, Cleveland gagne quatre matchs de suite pour s’imposer. Durant cette série, le Game 5 est peut-être le plus grand match réalisé par LeBron James à Cleveland. Il score 29 des 30 derniers points de son équipe, dont le panier de la gagne en prolongation. Grâce à lui et pour la première fois de leur histoire, les Cavaliers vont goûter aux Finales NBA.

Malheureusement, les Spurs vont écraser les Cavaliers en quatre matchs, avec un James décevant, trop esseulé et parfaitement cadenassé par la défense de San Antonio. Malgré cela, tous les espoirs sont permis, car en seulement quatre ans et avec un effectif assez « léger », Cleveland a connu les Finales. Pourtant, et bien que ça semble impensable à l’époque, ce sera la seule et unique finale jouée par James avec les Cavs.

L’année suivante, l’Élu est de nouveau MVP du All Star Game. Pour la première et la dernière fois à ce jour, il finit également meilleur marqueur de la ligue avec environ 30 points inscrits chaque soir.

Le 22 mars 2008, après seulement 5 saisons dans la ligue, James devient même le meilleur scoreur de l’histoire des Cavaliers en totalisant 10 414 points. Cette même année, l’équipe remporte 45 matchs mais s’incline en Finales de Conférence face aux futurs champions, les Celtics. LeBron souffre dans la série, et ses 45 points dans le Game 7 ne changeront rien.

La saison 2008-09 est, statistiquement, la meilleure saison de l’histoire de la franchise, qui affiche un bilan de 66 victoires pour 16 défaites. James est élu MVP de la saison régulière pour la première fois, en tournant à 28,4 points, 7,6 rebonds et 6,3 passes, 1,7 interceptions et 1,1 contre, à 49% de réussite aux tirs. Alors que les playoffs arrivent, James et les Cavaliers sont en pleine possession de leurs moyens. Au premier tour, les Pistons sont balayés. Même son de cloche pour les Hawks au second tour. Arrivent les Finales de Conférence contre le Magic de Dwight Howard.

Alors que le Magic vient de sortir les Sixers en six matchs avant de se défaire des champions en titre en sept matchs au tour précédent, il semble presque impossible de voir Orlando sortir Cleveland. À la surprise générale, Orlando prend le premier match à la Quicken Loans Arena de Cleveland. Lors du second match, Orlando mène de deux points à une seconde de la fin. Sur une ultime remise en jeu, LeBron James sort alors l’un des plus gros shoots de sa carrière derrière l’arc et donne la victoire à Cleveland. Durant le reste de la série, l’espoir est entretenu, mais jamais la raquette de Cleveland n’arrivera à gêner Howard.

Le Magic sort les Cavaliers en six matchs, privant ainsi les fans d’un duel Bryant-James en Finales. Et cela, malgré les 38,5 points, 7,7 passes et 8,3 rebonds de LeBron sur la série.

James arrive dans sa dernière année de contrat et veut gagner, vite, pour s’inscrire dans la légende de la NBA. Il demande du renfort, et l’obtient : alors que Mo Williams, présent depuis un an, est néo All Star, c’est dans le secteur intérieur que le soutien attendu arrive, avec le futur Hall of Famer Shaquille O’Neal. Puis, à la mi-saison, Antawn Jamison pose ses valises dans l’Ohio. Cleveland finit premier de la saison régulière, LeBron est encore MVP.

Les playoffs arrivent, et l’échec n’est pas une option. Et pourtant, les vieillissants mais toujours dangereux Celtics vont faire tomber l’équipe de LeBron qui, encore une fois, n’arrive pas à mener ses Cavaliers au sommet. Lors du Game 6, l’enfant prodige du pays quitte le terrain, sans saluer ses bourreaux. Il enlève, avant de quitter le parquet, son maillot des Cavaliers. C’est la dernière fois qu’on le verra portant ces couleurs.

À l’issue de la saison, LeBron James est en effet agent libre. Depuis quelques mois, les rumeurs vont bon train. New Jersey, New York, Chicago, tous veulent attirer le double MVP de la ligue. Avec la défaite en playoffs, l’assurance de le voir rester à Cleveland s’amenuise. Une rumeur folle née dans les médias après l’élimination. La possibilité de voir Chris Bosh et LeBron James rejoindre Dwyane Wade à Miami surgit de nulle part. Une rumeur qui semble folle, sachant que jamais dans l’histoire de cette ligue deux franchise players n’en ont rejoint un troisième, surtout au sommet de leur carrière, et en faisant un sacrifice financier. Le 8 juillet 2010, c’est au cours d’une émission spéciale qu’il annonce son choix, émission sobrement intitulée par la chaîne « The Decision ».

« In this fall, I’m going to take my talents to South Beach and join the Miami Heat. »

Cette phrase va briser les supporters de Cleveland. Le roi sans couronne quitte « sa » franchise, pour rejoindre le Heat et former les Three Amigos. La suite, tout le monde la connaît.

Pour Cleveland, c’est évidemment un incroyable coup de massue. La preuve, l’équipe n’a, trois ans après, toujours pas revu les playoffs. LeBron James part après sept saisons à Cleveland, en tant que meilleur marqueur de cette équipe avec 15 251 points. Il est également présent dans le top 5 aux rebonds et aux passes de la franchise, et dans le top 10 de grand nombre de statistiques diverses et variées.

Aux yeux des fans, la trahison est totale tant l’enfant de l’Ohio semblait tout avoir en sa possession pour écrire une magnifique histoire en donnant enfin un titre à cet État qui l’avait vu naître. En réponse à ce départ, Dan Gilbert avait par ailleurs promis que Cleveland gagnerait un titre avant LeBron James. Évidemment, ce ne fut pas le cas.

Trois ans se sont écoulés depuis et Cleveland se reconstruit patiemment. Une rumeur laisse entrevoir un retour de l’Élu aux Cavs à l’été 2014. Une rumeur folle. Aussi folle que celle qui envoyait James et Bosh à Miami quelques jours avant « The Decision »…

Article rédigé par Titouan Dudognon