Débats Sports

Les sponsors doivent-ils choisir les pilotes ?

Alors que les saisons de Formule 1 et de WRC ne sont pas encore terminées, et qu’en Formule 1 le suspens sportif est à son comble, les spéculations vont bon train quant à la saison prochaine. Parmi elles, les futurs changements de baquets qui ne seront pas nécessairement guidés par des considérations sportives.

Si en sports mécaniques, l’argent est plus qu’ailleurs le nerf de la guerre, la généralisation des pilotes payants semble franchir un nouveau cap cette année.  On en vient à se demander si ce n’est pas les sponsors qui choisissent les pilotes.

Plus qu’ailleurs, les enjeux économiques et commerciaux sous-tendent l’existence même du sport automobile. Les compétitions, au delà de leur valeur sportive intrinsèque, servent avant tout de vecteur de communication pour les constructeurs automobiles. A ce titre, les stratégies de communications et les supports publicitaires ont toujours pris une place considérable dans les sports mécaniques. Les résultats sportifs servent de vitrine aux marques. Le prestige de Ferrari n’est pas étranger à ses succès en Formule 1, et Citrôen  a largement amélioré son image de marque grâce à l’hégémonie de Sébastien Loeb en rallye.

L’arrivée d’écuries privées clientes des constructeurs a ouvert la voie aux pilotes payants. Leur présence en sports mécaniques ne se justifiant pas par des intérêts commerciaux connexes, les structures clientes cherchent à attirer les investisseurs, et se sont tournés vers les candidats à un baquet pour ramener avec eux en plus de leur coup de volant quelques valises de billets.

Cette saison, les pilotes payants étaient légion en Formule 1, Charles Pic (Lagardère Unlimited), Romain Grosjean (Total), Pastor Maldonado (PDVA), Bruno Senna (Embratel, Gellette), Sergio Pérez (Telmex), Vitaly Petrov, mais aussi d’une certaine manière Fernando Alonso (Santander) et Michael Schumacher. Kamui Kobayashi qui était arrivé en Formule 1 avec le soutien de Panasonic au volant d’une Toyota, voit sa place chez Sauber être sérieusement menacée par le retrait des industriels nippons de la F1.

Alors qu’il était sous contrat pour plusieurs années avec HRT, Viantonio Luizzi a été éconduit par la structure espagnole qui lui a préféré un pilote disposant de davantage de ressources financières mais certainement pas un meilleur coup de volant, en la personne de Naraïn Karthikeyan. Il est loin d’être le seul. Rubens Barrichello, le pilote qui détient le record de départs en F1 avait été prié de quitter l’écurie de Grove pour faire de la place à son compatriote Bruno Senna et les millions d’euros qu’il apportait à l’écurie de Frank Williams. Alors même que Williams bénéficiait déjà des millions de PDVSA et de l’agence nationale du tourisme vénézuélienne.

Malgré sa situation, le pilote italien a exprimé avec une grande lucidité la dynamique actuelle.

Si vous avez le soutien d’un grand sponsor, vous devenez pilote de F1. Cela ne devrait pas être ainsi de mon point de vue. Certaines personnes pensent peut-être différemment, mais la Formule 1 c’est le pinacle du sport automobile et elle ne devrait compter que des talents ayant signé des résultats au cours de leur carrière, des pilotes qui bottent le cul des autres depuis qu’ils sont jeunes, pas juste des gens ayant de l’argent.

La réalité excède le panorama dressé par Liuzzi. De telle sorte que les pilotes payants étant devenus la norme, posséder des partenaires richement dotés ne suffit plus à s’assurer une place dans l’élite du sport automobile. Ainsi, Adrian Sutil n’a plus piloté une formule 1 depuis son départ de Force India et le jeune Valtteri Bottas attend qu’une opportunité se présente chez Williams ou ailleurs. S’il n’était pas finlandais mais mexicain, le talentueux troisième pilote Williams aurait trouvé place chez Sauber où Sergio Pérez sera remplacé par son compatriote Gutierrez. Loin d’être un hasard, à l’instar du nouveau pilote McLaren, Gutierrez est soutenu par Telmex, une des nombreuses sociétés de Carlos Slim, l’homme le plus riche du monde selon Forbes. Les Sauber devraient donc arborer de nouveau un large Mexico sur leur aileron.

En assurant leur survie financière par le recrutement de pilotes payants, les écuries oublient parfois la primauté de leur intérêt sportif. Bruno Senna n’est certainement pas à la hauteur de ses sponsors, et les sorties de piste répétées du talentueux mais fougueux Maldonado aurait certainement plus agacé son encadrement si ce dernier n’assurait pas la survie financière de l’écurie de Grove. Que dire de la présence de Karthikeyan ? Sans le soutien du constructeur automobile Tata, ce dernier n’aurait jamais eu sa chance en F1 tant il est constamment dominé par son coéquipier quel qu’il soit.

La même logique est en train de s’imposer en WRC sous l’effet des investissements émiratis. Après le soutien du Qatar à son pilote maison, Nasser Al-Attiyah également médaillé de bronze aux Jeux Olympiques de Londres en Skeet,  le voisin d’Abu Dhabi a aussi imposé un pilote à son nouveau partenaire…Citroën. En finançant à hauteur de 20 millions d’euros l’écurie française, pour voir les DS3 arborer les couleurs de l’Abu Dhabi Turism Authority, les investisseurs se sont assurés de la présence de Khalid Al-Qassimi dans une DS3. Pendant ce temps-là, Mads Otsberg vainqueur cette saison du rallye du Portugal, Daniel Sordo auteur de 32 podiums en WRC et le champion du monde 2003 Petter Solberg sont toujours à la recherche d’un baquet.