Débats Sports

Les Nuggets doivent-ils reculer pour mieux sauter?

A l’orée de la Draft 2016, Denver se retrouve une nouvelle fois à une position qui lui est familière: la croisée des chemins. Croisée des échéances sportives, longues ou courtes, et des objectifs afférents de la campagne à naître, les playoffs ou le développement patient d’un noyau de talents destiné à s’élargir. Certes, la franchise du Colorado n’y souffre pas de la solitude. Après tout, son camarade de l’Arizona et celui de Floride, avec sa souris en peluche, ont coutume de se réunir au même endroit en période estivale pour chasser la vedette. Les gamins en profitent pour courir un bon coup même s’ils se doutent qu’ils rentreront finalement avec une galinette cendrée.

Ceci dit, quand viendra la fin de l’été, sur la plage, il faudra alors se quitter.

Un ménage de printemps inabouti?

Intersaison 2015. Les dirigeants du Colorado sont confrontés à une campagne qu’ils n’attendaient pas: un 7ème choix à la mesure de leur échec leur échoit. Le bateau a pris l’eau de toutes parts. Danilo Gallinari souffrit malheureusement de sa blessure annuelle mais ce défaut de la coque était déjà bien connu. Si le navire s’aventura dans le triangle des Bermudes cher à Phil Jackson, c’est que les matelots du Bounty se révoltèrent contre le capitaine pour le jeter à la mer! La volonté des joueurs de ne faire aucun effort pour obtenir la tête de l’entraineur sonna alors comme une fin de cycle. Fin d’une première expérience calamiteuse de head coach pour Brian Show. Fin de la confiance dans un groupe, tel que constitué, pour son comportement knysna-esque. Fin, aussi éventuellement, d’un projet sportif. Deux évènements soldèrent la révolution.

Avec la sélection n°7, Denver s’attacha les services d’un jeune meneur qui avait vocation à devenir la figure de proue de la franchise aux côtés de Gallinari: Emmanuel Mudiay.

Par ailleurs, le tenant de l’Ancien Régime et précurseur d’un certain Serge Aurier fut prié de plier bagages et d’émigrer, à Varennes ou ailleurs. Ty Lawson ne devait pas nécessairement être le seul joueur sur le départ. Il se murmura fort bruyamment que l’autre leader historique de l’équipe, Kenneth Farried, faisait l’objet de discussions avancées et on se gaussa du front office pour ne l’avoir débarqué dans les autres bureaux de la NBA afin d’entamer une reconstruction plus limpide.

En plus de révéler une pépite bien enfouie en la personne de Nikola Jokic, la campagne 2015-2016 révéla la nécessité pour le nouveau capitaine, Emmanuel Mudiay, de multiplier les raids pour passer maître dans l’art de la piraterie.

Dès lors, si le chef ressent le besoin de s’aguerrir une ou deux années supplémentaires, pourquoi ne pas recalibrer l’itinéraire à suivre pour l’intégralité de l’équipage… ou changer complètement de cap?

Trois coups de semonce au voilier or et bleu

Le GM Tim Connelly mène sa barque bon an mal an armé des sélections 7, 15 et 19 de la cuvée 2016 et d’une relative flexibilité vis-à-vis d’un effectif dont un nombre non négligeable de places a l’occasion de se libérer. Plusieurs pistes sont susceptibles de se présenter à lui.

1) La légende de Jimmy

Oui, d’après des bruits de couloir persistants, la star de Jimmy Butler serait disponible. Sentant le vent tourner avec des cadres sur le départ pour raisons contractuelles et un Derrick Rose en demi-teinte, le front office de la franchise de Chicago songerait à entamer une reconstruction. Face au temps requis pour construire autour de sa superstar, et de son attractivité sur le marché, les Bulls songeraient à capitaliser sur sa cote pour cumuler le plus grand nombre d’assets imaginables. La réputation fort flatteuse de la future promotion de rookies, en 2017, jouerait certainement un rôle dans une telle mise à l’étude de la piste par Gar Forman.

Rien n’empêche les Nuggets de se positionner, riche non seulement de leurs trois sélections 2016 mais aussi et surtout de deux choix pour l’année 2017. Dans cette configuration, le capitaine Mudiay pourrait être invité à voguer ailleurs au sein de la transaction. Jimmy Butler s’est découvert une âme de créateur, le Congolais constitue un jeune espoir toujours appréciable pour une reconstruction et le calendrier de son développement ne serait pas nécessairement pour saillir au néo-projet de Denver.

Gar(e) à la concurrence, entre autres des Celtes! Les chances demeurent minces compte-tenu de la compétition.

2) Rien à jeter

On est reparti comme en 40! La seconde option se résume en deux mots: status quo.

Les yeux posés sur la promotion d’agents libres estampillée 2017, les Nuggets chercheraient alors à faire bonne impression en croisant le doigt pour que les formations de leurs cibles flanchent, comme le Jazz de Gordon Hayward par exemple.

Quelle gestion de l’été? Rien que du très classique en termes de free agency avec sans doute un ou deux joueurs de qualité sans être transcendants. Pour la Draft se poserait un dilemme cornélien. Faut-il ajouter des éléments capables de remplir un rôle de complément? S’il ne s’agit que de jouer les utilités, pourquoi y sacrifier des picks favorables, de surcroit lorsque l’on ignore s’ils sauront véritablement surclasser les membres de l’équipe en place?

Faut-il au contraire se mettre en quête du meilleur potentiel même si l’espoir ne serait pas prêt à porter l’uniforme immédiatement? Afin de maximiser le bilan sportif pour séduire les basketteurs de la ligue, les petits jeunes frustes seraient relégués à la D-League. Une telle manoeuvre présente le risque de réduire la valeur des intéressés et de freiner leur progression… Pourquoi choisir un jeune homme dont les probabilités de tirer quelque chose sur le parquet ou à la table des négociations apparaissent déjà pour parties compromises?

Bien entendu, le trait a été grossi pour dessiner un noeud gordien. Il n’en reste pas moins qu’aucune des propositions ne se réaliserait dans un cadre idyllique.

Néanmoins, il n’y a rien de mieux que l’inertie de la sclérose! L’attentisme reste souvent de rigueur chez les dirigeants, et les propriétaires, dotés d’une équipe suffisamment ambitieuse pour viser raisonnablement les playoffs chaque saison.

3) Dansez sur moi

La dernière alternative se caractérise par sa radicalité. La référence musicale eut d’ailleurs pu se substituer pour l’occasion à la référence filmique du Dark Knight puisque le portrait de Tim Connelly prendrait alors les traits de la terreur de tous les braves gens qui n’aiment pas que l’on suive une autre voie qu’eux, Sam Hinkie. Le nom est lâché. En se fondant sur la conjugaison calendrier d’Emmanuel Mudiay et la réputation suscitée de la prochaine promotion d’étudiants, Denver porterait son regard non sur le marché des agents libres de l’été 2017 mais sur sa Draft. Une seconde phase de reconstruction serait alors enclenchée. Les derniers vestiges de l’Ancien Regime feraient l’objet de tractations, j’ai nommé Kenneth Farried et Danilo Gallinari. Dans le même temps, le choix 7 même serait mis en vente. Celui-ci ne pourvoira pas un énorme potentiel évident à concrétiser pour la franchise tandis qu’elle n’a cure d’efficacité instantanée. Pour un échange d’ampleur avec Philadelphie incluant les sélections des Sixers en 2017 contre tout ce beau monde?

Quoi qu’il en soit, les places à la cérémonie de la fin du mois de juin de l’année prochaine seront chères et un tel package pourrait ne pas suffire et entraîner une utilisation différente du pick 7, comme la descente dans l’ordre de sélection. D’autres interlocuteurs devraient éventuellement être trouvés pour garnir une collection de choix de premier tour qui comprend aujourd’hui celui des Nuggets et celui des Grizzlies, plus que jamais instables sportivement cet été, protégé top 5.

Quant aux deux autres choix de poids, 15 et 19, indifféremment du profil – plus ou moins prêts à faire gagner leur équipe -, ils auraient au moins la garantie d’un minimum de temps de jeu pour progresser.

Les Denver Nuggets ne sacrifieraient pas pour autant au « tanking » le plus éhonté dans la mesure où le reste du noyau de l’effectif, aguerri sans enflammer les foules, serait maintenu. Cependant, de la place serait ménagée pour les jeunes et leurs erreurs qui contribueraient à ancrer les résultats dans les tréfonds de la ligue pour une saison, la dernière, le temps de reculer pour mieux sauter?