Débats Sports

L’ère de la médiocrité doit s’arrêter à New York

Trois participations en playoffs, une série de gagnée, douze saisons en dessous des 50% de victoires et, paradoxalement, un seul choix de draft dans les cinq premiers. Voici le triste bilan de la franchise new-yorkaise lors des 15 dernières années. Pendant tout ce temps les Knicks ont été un modèle de médiocrité, enchaînant les mauvais choix, privilégiant toujours le court-terme sur le long-terme à l’image des années d’Isiah Thomas à la tête de la franchise. Il est grand temps que ce cycle se termine et cela commence par un échange de Carmelo Anthony.

Tout d’abord précisons que le but de cet article n’est pas de dénigrer le talent de Carmelo Anthony. Avec des moyennes de 22.6 points, 6.1 rebonds et 3 passes, l’ailier effectue encore une saison complète sur le plan statistique. Oui mais voilà, le joueur va avoir 33 ans dans quelques mois, les Knicks n’ont pas été en playoffs depuis la saison 2012-2013 et ils comptent dans leur effectif un joueur sur lequel ils peuvent compter pour les 7-8 prochaines années en la personne de Kristaps Porzingis. Symbole du déclin du joueur, Carmelo Anthony va manquer cette année le All-Star Game pour la première fois depuis 2009. Il n’est pas compliqué d’en déduire que les Knicks et Carmelo Anthony perdent leur temps ensemble et qu’il est grand temps que leurs chemins se séparent.

A l’heure où ces lignes sont écrites, les Knicks sont 11èmes de la conférence Est avec un bilan de 21 victoires pour 27 défaites. Encore une fois Carmelo Anthony n’est pas le seul fautif de cette nouvelle saison décevante. On pourrait facilement se tourner vers la direction des Knicks et de Phil Jackson qui ont décidé cet été de passer dans une stratégie de « win-now » avec le trade pour Derrick Rose et les signatures de Joakim Noah et Courtney Lee. Alors qu’on pensait que l’ancien coach des Bulls et des Lakers se distinguait des anciens dirigeants des Knicks par sa façon de ne pas tout voir dans le court-terme, il a fortement déçu cette intersaison. Cependant, on peut le féliciter de pas avoir échangé des tours de draft, chose que d’anciens dirigeants de la franchise n’auraient pas hésité à faire. Cette décision de vouloir optimiser les dernières années de Carmelo Anthony était fortement discutable à l’époque et elle l’est encore plus aujourd’hui. Après presque 50 matchs, Phil Jackson doit se rendre compte de son échec. L’équipe ne gagne pas et le roster n’est pas construit dans l’optique d’avoir avoir une défense digne de ce nom aujourd’hui en NBA. Pire encore, les Knicks occupent certainement aujourd’hui la pire place qu’une franchise puisse connaître en NBA: le ventre mou. Pas assez bons pour effectuer les playoffs chaque année, pas assez mauvais pour récupérer un très bon tour de draft. Un cercle vicieux qui dure depuis maintenant trop longtemps dans la Grande Pomme et qui ne permet pas à la franchise de bien préparer son futur.

L’objectif de Phil Jackson devrait être le suivant: avoir une équipe compétitive dans 3 ou 4 ans, quand Kristaps Porzingis commencera à atteindre son niveau optimal. Selon Adrian Wojnarowski, le Président des Opérations Basket s’en est rendu compte et souhaite depuis quelques jours échanger son joueur star. Le problème est que Phil Jackson s’est mis des bâtons dans les roues lors de l’été 2014 en donnant une « no-trade clause » à la superstar avec son contrat de 120 millions de dollars sur cinq ans. Cette clause réduit fortement le champ d’action de Jackson et augmente le pouvoir du joueur. Anthony a un droit de véto sur chaque trade le concernant, et selon toute vraisemblance il n’accepterait qu’un échange aux Los Angeles Clippers ou aux Cleveland Cavaliers. Les seconds ont déjà exprimé leur refus quant à l’idée de faire venir Carmelo Anthony au côté de LeBron James en échange de Kevin Love. Les champions en titre ne devraient pas prendre le risque de faire venir un joueur pas facile à intégrer dans un collectif à ce moment de la saison. Il reste donc la piste des Clippers et il s’agit bien de la plus réaliste. A la recherche d’un ailier depuis des années, Carmelo Anthony serait un réel upgrade pour la franchise de Los Angeles. Cependant, Doc Rivers a bien fait comprendre qu’il n’échangerait pas un membre de son « big three » contre la star new-yorkaise. Si trade il y a entre New York et Los Angeles, attendez vous à ce que que les Knicks reçoivent en échange Austin Rivers, J.J. Redick ou encore Wesley Johnson.

S’il y a quelques années on nous aurait dit que les Knicks échangeraient Carmelo Anthony dans le cadre d’un salary-dump trade on aurait sans doute crier au scandale. Et d’une certain façon, c’est encore légitime de le faire aujourd’hui. Cependant cela mérite réflexion. La perte de Carmelo Anthony permettrait aux Knicks d’être bien moins forts dès cette saison et d’ainsi augmenter leurs chances à la prochaine loterie dans une draft qui s’annonce très prometteuse notamment au poste de meneur (on vous rappelle que Derrick Rose sera free-agent cet été). Il permettra aussi de libérer du cap space pour les intersaisons à venir, ce qui n’est pas non plus à négliger. On parle donc ici d’addition par soustraction. Bien sûr que lâcher Carmelo Anthony contre Austin Rivers et Wesley Johnson serait un aveu terrible de l’échec de Phil Jackson mais sur le long-terme il pourrait s’agir d’un choix gagnant. Quant à Carmelo Anthony, le joueur aurait l’occasion d’aller disputer les playoffs aux côtés de son ami Chris Paul, de Blake Griffin et DeAndre Jordan. Il devrait sauter sur l’occasion.

New York est médiocre depuis bien trop longtemps. L’ère Carmelo Anthony semble bel et bien terminée et il est temps pour le joueur et la franchise de passer à autre chose. Parfois en NBA et même dans la vie, il faut savoir reculer pour mieux sauter. Demandez à un fan s’il préfère connaitre quelques années de mauvais résultats afin de mieux préparer le futur ou s’il préfère vivre plusieurs années de médiocrité sportive à l’image des Knicks sur la dernière décennie. S’il est facile de critiquer le tanking d’un point de vue moral, il est tout aussi difficile de nier sa nécessité d’un point de vue pragmatique. La reconstruction est nécessaire dans chaque franchise et New York n’est certainement pas une exception.

Article rédigé par Antoine (@Antoine14B_) de @Knicksfr