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Le défi impossible que se lancent les Cavaliers

A Cleveland, jeudi après-midi alors que la deadline des échanges approchait, les Cavaliers ont défait en une heure le travail de toute une intersaison. Il était devenu clair depuis plusieurs semaines que l’effectif en place n’avait aucune cohésion et aucune chance réelle d’accéder aux finales NBA, si ce n’est même ressortir de la conférence Est victorieuse. La direction de la franchise n’a donc pas hésité à bouleverser sa structure dans le cadre de trois échanges successifs. Ces changements étaient nécessaires, mais refont-ils des Cavs des prétendants au titre ?

Les premiers mots de Koby Altman à la clôture de la période des échanges concernaient la culture de l’équipe. Il s’agissait d’un point primordial pour lui, mais c’est également une chose qui tient énormément à cœur à LeBron James. Altman ne voulait pas voir un effectif « mourant » et voulait retrouver un effectif vivant et énergique. Selon ses propres mots : « on voulait rendre les Cavs plaisant à regarder et plaisants à suivre ».

Depuis l’arrivée d’Isaiah Thomas dans le cinq majeur en janvier, les Cavs ont vu leur bilan chuter, ainsi que la majorité de leurs statistiques tant bien offensives que défensives. Thomas n’était pas seulement néfaste au collectif de l’équipe, mais il se montrait également bien plus volontaire à parler aux médias ou accuser ses coéquipiers qu’à défendre. On pourrait évoquer sa blessure à la hanche en sa défense, mais les Cavs lui ont offert la possibilité de se réhabiliter à Canton avant de retourner au niveau NBA. La suite est bien connue, et les résultats aussi. L’expérience IT ne fonctionnait pas après une quinzaine de piètres performances, de frustration et d’énervement. Les Cavaliers ont donc logiquement décidé de ne pas perdre de temps et de changer de cap.

Cependant, un échange au « profil pour profil » n’allait pas être évident dans une ligue où les meneurs scoreurs efficaces se font rares (malgré la disponibilité apparente de Kemba Walker sur le marché). La meilleure option pour les Cavaliers était de complètement revoir les attentes qu’ils s’étaient imposés et de changer de stratégie. Un choix osé, mais nécessaire.

Durant l’une des heures les plus chaotiques de ces dernières années en NBA, le jeune GM des Cavs a transformé son effectif en échangeant six joueurs (Isaiah Thomas, Derrick Rose, Dwyane Wade, Iman Shumpert, Jae Crowder, Channing Frye) et en récupèrant quatre (George Hill, Jordan Clarkson, Rodney Hood, Larry Nance Jr). On le remarque directement, il s’agit d’un nouveau groupe remarquablement plus jeune que le précédent (la moyenne d’âge est d’ailleurs passée de 30.3 ans, de loin les premiers de la ligue, à 28.7 ans, bon pour une cinquième place derrière les Spurs et les Warriors). Mais au-delà de la jeunesse apparente des nouvelles acquisitions, on remarque deux shooteurs expérimentés, Hill et Hood, ainsi que deux jeunes joueurs dynamiques à des postes qui posaient problème aux Cavaliers en termes d’énergie et d’explosivité. Ces échanges se font fait au prix d’une supposée troisième star à la mène, de joueurs acquis à la free agency passée, un mauvais contrat et, malheureusement, un role player adoré de tous qui apportait un shoot extérieur précieux à l’équipe. Le bilan ne semble pas terrible, mais penchons-nous sur l’apport de chaque nouvel arrivant.

Commençons par George Hill, qui n’a peut-être pas le talent de scoreur de ses prédécesseurs à la mène, mais se trouve être le meilleur défenseur au poste de meneur que les Cavs ont eu ces dernières années, voire même cette dernière décennie. Hill offre un ensemble de qualités très utiles notamment en défense grâce à son envergure (de 6ft9 comparée à celle d’Isaiah Thomas), mais aussi au shoot extérieur (meilleur pourcentage de la ligue cette saison à 45,5%, 38.4% en carrière) et grâce à son expérience en Playoffs. En comparaison avec IT, on remarque un pourcentage d’utilisation nettement plus bas (USG% de 16.9 cette saison, 18.4 en carrière pour Hill contre 29.0 pour Thomas cette saison) et une bien meilleure efficacité (TS% de 59.7% cette saison contre 49.3% pour Thomas). En principe, le fit est bien plus logique aux côtés de LeBron James et Kevin Love, une fois ce dernier ré-établit comme véritable seconde option offensive.

Ce changement à la mène devrait également avoir des répercussions sur le rendement de Tristan Thompson, qui était constamment forcé de compenser l’incapacité d’Isaiah Thomas à défendre son vis-à-vis et cédait des ouvertures au panier régulièrement à travers les matchs. Avec l’arrivée de George Hill, la fondation même de la défense aux postes arrières se trouve être grandement renforcée, et à défaut d’être à un niveau d’élite comme celle des autres prétendants au titre, devrait se maintenir à un niveau passable voire même, en cas d’exploit, respectable.

De plus, outre l’addition de Hill, il ne semble pas négligeable de préciser que les Cavaliers ont ajouté significativement plus de taille et de longueur à leur équipe en remplaçant Derrick Rose et Dwyane Wade par Jordan Clarkson et Rodney Hood. En principe, l’activité et le niveau d’énergie des Cavs sur le terrain devrait bien mieux se porter. De même que remplacer deux arrières ayant besoin du ballon en main, et au profil virtuellement similaire (rendant leur signature l’été dernier toujours aussi incompréhensible au passage), par un combo guard et un shooteur de premier ordre semble être bien plus avantageux pour l’attaque de l’équipe.

Jordan Clarkson n’est certes pas un très bon shooteur (33.2% à trois points de loin, TS% de 52.4 en carrière), et n’était peut-être même pas utile dans le cadre de l’échange, mais correspond d’une certaine manière au profil d’un Jamal Crawford que le front office recherchait il y a plusieurs mois. Dans un rôle de sixième homme, Clarkson pourrait apporter un boost à l’équipe lorsque James se repose sur le banc, un domaine qui se trouve être l’un des points forts des Cavaliers cette saison, cinquième équipe de la ligue en terme de points fournis par leur banc à 41.0 par match. Des quatre pièces acquises à la deadline, l’arrière de 25 ans est celui dont l’utilité pourrait être des plus discutables, mais il demeure tout de même plus complémentaire que les anciens arrières en place. On peut cependant noter que les Lakers ont préféré faire jouer le rookie Josh Hart et Kentavious Caldwell-Pope, même emprisonné, à Clarkson cette saison.

Quant à Rodney Hood, le jeune shooteur débarque avec l’intention de rectifier un gros problème à Cleveland cette saison : la production à trois points. Néanmoins, il présente aussi quelques interrogations, notamment sur sa sélection de tir et sa santé. En quatre saisons, il a manqué 63 matchs (dont 15 cette saison), en raison de différentes blessures au pied gauche, à la cheville droite, au dos et au genou droit selon Rotoworld. Sa durabilité sera à surveiller, ainsi que son statut d’agent-libre restreint cet été, mais dans l’immédiat, Hood apporte sa réussite à trois points (38.9% de réussite) et un jeu mi-distance amélioré pour complémenter ses nouveaux coéquipiers à l’aile. Paradoxalement, malgré ses progrès, Utah présentait une meilleure efficacité offensive sans Hood sur le terrain (offensive rating de 106.8 sans lui, 103.9 avec). Un changement de système pourrait lui être bénéfique, et les Cavaliers ont grandement besoin de shooteurs, donc le lien pourrait se faire automatiquement. Il reste désormais à lui désigner un rôle fixe parmi la multitude de postes extérieurs dont dispose Tyronn Lue.

Et enfin, la dernière pièce de ces échanges : Larry Nance Jr, fils d’une légende de la franchise et véritable boule d’énergie. Il ne fait aucun doute que le natif d’Akron s’adaptera rapidement à la culture de Cleveland et sera adoré des fans. Cependant, sa place dans l’équipe est assez délicate en tant que poste 4 n’ayant pas pour habitude de shooter de loin, et légèrement trop faible pour tenir de longues minutes au poste de pivot. On peut regretter le départ de Channing Frye sur ce point, lui qui avait construit une relation solide avec ses coéquipiers et qui s’était montré décisif dans son rôle en sortie de banc grâce à son shoot extérieur. Malgré cela, les capacités athlétiques et l’énergie de Nance Jr seront les bienvenues sur un jeu en transition, et on devrait voir cela plus souvent avec cet effectif revigoré qui devrait logiquement tenter de pousser le ballon en transition plus souvent. Par rapport à sa complémentarité avec Tristan Thompson, il faudra attendre de voir ce que les Cavaliers décident de faire au niveau du marché des buyouts et quels pivots se rendront disponibles.

Cela étant, Nance Jr n’est pas seulement plus athlétique et explosif que Thompson, il est également plus efficace que lui à l’intérieur, réussissant 70% de ses tirs pris sous le panier, contre 63.5% pour Tristan. On pourrait d’ailleurs enfin assister à un retour en forme de Thompson grâce à cette arrivée, puisque celui-ci peine à retrouver sa forme d’antan et continuera d’absorber le contact de différents intérieurs en l’absence de Love. Disposer de ces deux options sur pick-and-roll, avec une multitude de shooteurs autour et LeBron balle en main pourrait s’avérer être assez intéressant offensivement, mais les automatismes et les bonnes combinaisons prendront du temps à venir.

On remarque également des similitudes au niveau du profil défensif de Nance Jr et Thompson, puisque les deux intérieurs switchent régulièrement en défense sur pick-and-roll pour défendre sur le porteur de balle, et aucun des deux ne possède un BLK% supérieur à 2% en carrière (les meilleurs pivots protecteurs sont dans les 5 à 10%).

Ce que l’on peut affirmer, au sujet de Nance Jr et du reste des nouveaux arrivants, c’est qu’ils complémenteront les pièces centrales déjà en place et se montreront plus volontaires et énergiques que ce qu’on voyait jusqu’à présent. Dans l’immédiat, les Cavaliers se retrouvent avec des joueurs de talent, et individuellement de niveau respectable, mais surtout capables de s’insérer aux côtés de deux superstars en temps voulu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tyronn Lue, qui passe d’ailleurs une saison assez difficile, devrait être ravi des nombreuses options qui se présentent désormais à lui. Il dispose de joueurs de taille à chaque poste, de longueur en défense, de shooteurs et de joueurs athlétiques pour composer ses bench lineups dont il raffole tant. De George Hill à Jeff Green, en passant par Kyle Korver et Cedi Osman, qui gagne progressivement la confiance du coaching staff, Lue possède une multitude de combinaisons qu’il pourra mettre en place autour de LeBron, sans vraiment avoir à se soucier de compenser les défaillances d’un joueur en particulier.

Sur de nombreux points, l’ancien effectif ne présentait pas ces options. En réalité, il ne présentait aucune cohérence, ni aucune complémentarité, et semblait destiné à s’écrouler. La réussite de l’équipe reposait sur la capacité d’un meneur d’un mètre 75 revenant prématurément d’une blessure à la hanche de produire 20 à 25 points par match, sur les talents d’un ailier défensif qui n’était productif que dans un système méticuleusement mis en place par l’un des meilleurs coachs de la ligue, et sur deux arrières loin de leurs meilleures années et tout bonnement cramés.

Il s’agissait au passage de décisions uniquement prises par Dan Gilbert lors de la période de l’intersaison passée sans general manager, de juin à juillet. Gilbert qui a décidé en fin de saison dernière de laisser partir l’auteur de nombreux moves ayant permis aux Cavaliers d’accomplir l’impensable en 2016, j’ai nommé David Griffin, et de négocier avec les Celtics par lui-même en mettant de côté le reste du front office et sans en informer son franchise player. Il se murmurait également très récemment que Gilbert et Thomas échangeaient régulièrement et qu’une extension de contrat n’était pas inimaginable venu l’été. Il aura finalement fallu des performances absolument immondes de la part du meneur de petite taille pour changer les plans du propriétaire de la franchise.

Il n’est même pas certain aujourd’hui que les trois échanges montés à la dernière minute proviennent d’Altman ou de Gilbert. On voit cela comme un mal pour un bien pour le moment, puisque Gilbert continuera malgré lui ou non (on en saura plus en fin de saison) de payer la luxury tax pour permettre aux Cavaliers de rester compétitifs cette saison. Malgré tout, le manque de stabilité de la franchise continue de poser problème, et a requis cette année des interventions miraculeuses pour redresser la barre.

Bien que le potentiel final de ce nouveau groupe soit plus faible qu’espéré, les Cavaliers se trouvent désormais plus complémentaires, plus polyvalents mais surtout rajeunis à l’approche d’une intersaison décisive pour la franchise. Et à défaut d’avoir rétabli un Big Three à Cleveland pour satisfaire LeBron, l’idée de l’entourer au mieux avec de jeunes joueurs prêts à le soulager en saison régulière, lui qui joue 37 minutes par match cette saison, semble moins risquée et plus facilement abordable.

Avec ces multiples échanges désespérés, les Cavaliers se sont lancés le défi impossible de rectifier leur saison et de corriger leurs erreurs à moins de 30 matchs des Playoffs. L’objectif sera de redevenir une équipe d’élite à trois points, de rétablir les fondamentaux en défense, de former un collectif suffisamment solide pour affronter des équipes qui doucement mais sûrement à l’Est. Le tout sans leur intérieur All-Star et en s’appuyant toujours autant sur LeBron malgré les minutes déjà accumulées cette saison. Le chemin jusqu’au statut de prétendant au titre est long, mais cette équipe là semble mieux armée pour le faire qu’auparavant et se reposera sur des forces différentes.

On parle de la franchise qui a viré le coach qui les a emmenés en finale NBA dès sa première année pour ensuite aller gagner le titre, bien entendu, mais la marge de manœuvre des Cavs se réduit à vu d’œil chaque année, les problèmes s’empilent et les solutions se font de plus en plus rares.

Cette fois-ci, les dirigeants ont au moins pris la peine d’informer LeBron des intentions de la franchise à l’avance, notamment concernant son ami de longue date Dwyane Wade, et c’est déjà une rectification nécessaire par rapport aux décisions prises l’été dernier.

Enfin, pour terminer sur une inconnue, le front office des Cavaliers a également réussi à conserver le choix de draft de Brooklyn malgré les multiples échanges effectués. On ne saura que plus tard s’ils auraient dû l’échanger dans un blockbuster deal, et bien qu’il ce pick ne livre aucune garantie, il représentera sûrement l’ultime chance de convaincre LeBron James de prolonger son aventure dans l’Ohio quand viendra la draft. Enfin, si Dan Gilbert le veut bien.

Article rédigé par Amir