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La Roja est-elle la meilleure équipe nationale de l’histoire?

L’équipe de France de Didier Deschamps va passer son premier véritable test ce mardi avec le déplacement au stade Vicente Calderón de Madrid pour y défier l’équipe d’Espagne. Tenante du titre, la Roja doit passer par une phase de qualifications pour obtenir le droit d’aller défendre son titre de champion du monde au Brésil. Pas de chance au tirage cette fois ci pour les bleus qui risquent bien de disputer un nouveau match de barrage pour valider leur billet pour Rio.

Cette Espagne serait-elle la meilleure équipe nationale de l’histoire du ballon rond ? Les précautions d’usage valent lorsqu’il s’agit de comparer différentes époques au surplus pour des équipes nationales qui disputent un nombre limité de rencontres. Si nous partageons un avis similaire sur les chances de succès de la France face aux espagnols, la rédaction de Débats Sports s’écharpe une nouvelle fois sur la question suivante : « la Roja meilleure équipe nationale de l’histoire du football ? ».

POUR (Gajs)

Peut-on définir si une équipe est meilleure que ses devancières, alors qu’on oppose des générations différentes, des styles de jeu différents, des époques qui n’ont plus rien à voir ? On tend à penser qu’il est possible de se livrer à de telles comparaisons en formulant l’analyse non pas en terme de niveau de performance intrinsèque mais en terme de domination. Ainsi, la sélection nationale espagnole entre 2008 et 2012 domine t-elle comme jamais auparavant une nation ne l’avait fait, le football mondial ?

Forte du triplé exceptionnel et unique avec l’Euro 2008, la Coupe du Monde 2010 et l’Euro 2012, la Roja a imposé une hégémonie quasi-totale sur le football mondial. En remportant trois titres consécutifs les espagnols ont marqué l’histoire du ballon rond. Cette génération y restera comme la meilleure de tous les temps.

A l’issue d’un champion d’Europe des Nations 2012, remporté par l’Espagne à l’issue de la victoire la plus large en finale de l’histoire de la compétition, le roi Pelé, avare en compliments,  a été forcé de concéder que la Roja réalisait des performances dignes des louanges qu’elle reçoit. Il n’en conclu pas pour autant que cette génération espagnole est la meilleure de tous les temps. Il voit davantage dans le Brésil 1970 la meilleure équipe du monde. Son argumentation se fonde sur les individualités composant les deux sélections. L’homme aux plus de 1 000 buts croit savoir que le Brésil 1970 possédait de meilleures individualités. La question mériterait une étude plus poussée. Mais on ne juge pas une équipe à l’aune des individualités qui la compose mais aux titres et rencontres qu’elle remporte.

Cette équipe d’Espagne a remporté 84,5% de ses matchs depuis le coup d’envoi de l’Euro 2008. Sur 70 rencontres disputées la Roja n’a concédé que deux défaites lors de compétitions officielles, en demie finale de la Coupe des Confédérations contre les Etats-Unis (2-0) et face à la Suisse lors du premier match de la Coupe du Monde 2010 (1-0). Cette génération au delà de son palmarès renverse les records :

  • La sélection espagnole détient le record de victoires consécutives en compétition officielle : 14 (record qu’elle partage avec la France et les Pays-Bas)
  • L’Espagne est la seule équipe à avoir défendu avec succès son titre de champion d’Europe (2008 / 2012)
  • L’Espagne détient le record d’invincibilité dans un championnat d’Europe (12 matchs, série en cours)
  • L’Espagne est la seule nation à avoir remporté successivement un championnat d’Europe, une Coupe du Monde et un championnat d’Europe.
  • L’Espagne détient le record d’invincibilité avec 35 matchs sans défaite (record co-détenu avec le Brésil)

Pelé a toutefois soulevé involontairement un point qui nous semble décisif. L’Espagne domine le football mondial de manière continue depuis 2008, sans pour autant compter dans ses rangs la star planétaire du ballon. Les sélections nationales qui ont par le passé exercé une forte domination étaient toutes emmenées par un joueur au dessus du lot : Pelé pour le Brésil 1970, l’Allemagne de Beckenbauer entre 1972 et 1976, Maradona avec l’Argentine, Zidane avec les Bleus, Ronaldo pour le Brésil de 2002 qui est sans conteste l’équipe qui a le plus écrasé une compétition. L’Espagne ne dispose pas d’un joueur qui sort du lot. Sinon lequel, Iniesta ? Xavi ? Casillas ? C’est la puissance et la maîtrise collective espagnole qui rend cette sélection insubmersible. Tout a été tenté contre cette équipe, pas grand chose n’a réussit. Cette génération est simplement au dessus du lot. Le pire c’est que rien n’indique que la sélection nationale espagnole va amorcer un déclin.

Des champions d’Europe 2012, seuls les trois gardiens, Xavi et Xabi Alonso sont trentenaires. Tous seront encore disponibles pour la coupe du monde 2014 et l’Euro 2016. La puissance collective de l’Espagne est telle que lors de la dernière compétition internationale, les observateurs s’accordaient pour considérer le latéral droit champion d’Espagne, Arbeloa comme le maillon faible de cette sélection. Il serait un maillon fort dans tant d’autres sélections.

Le Brésil qui a remporté trois des quatre Coupes du monde entre 1958 et 1970 ne constitue pas une « seule équipe ». Seul Pelé a participé aux finales de 1958 et de 1970 tandis que 8 joueurs espagnols ont participé aux finales de 2008 et 2012. Seule la Mannshaft sous la houlette d’Helmut Schön semble tenir la comparaison avec la Roja contemporaine.

CONTRE (Jag) 

A l’inverse de mon comparse, je ne suis pas d’accord lorsqu’il avance que l’on ne juge pas une équipe sur ses individualités. Si l’Espagne est aussi forte aujourd’hui c’est parce qu’elle compte des joueurs comme Xavi, Iniesta ou Casillas. Si Barcelone est si fort ces dernières années, Messi n’y est pas étranger. Et si la France de 98 a été aussi dominatrice, c’est car elle s’appuyait sur une défense hermétique et un Zidane hégémonique. Ainsi, cette même équipe de France proposait lors de l’Euro 2000 une équipe homogène à tous les niveaux, du gardien à l’attaque, et a confirmé son titre mondial, comme l’a fait l’Espagne.

Un autre point délicat que Gajs a judicieusement soulevé, peut-on comparer des équipes nationales d’époques différentes ? Il répond positivement, et cela en comparant les trophées remportés. Mais les trophées se gagnent face à d’autres équipes, et c’est sur ce point que l’on pourrait trouver une faille dans le système espagnol. La Roja domine outrageusement le football mondial c’est incontestable, même pour moi. Mais cela est-il du à la puissance collective de la sélection ou plutôt à un niveau relativement faible de la concurrence ? Assurément la deuxième réponse.

Lors de l’Euro ukrainien, le dernier carré était formé des grandes nations du football européen : Espagne, Allemagne, Italie et Portugal. La France, l’Angleterre et la République tchèque ayant été éliminées au stade précédent, on peut penser sur le papier que ces rencontres avaient vraiment l’allure d’affiches de rêves. Or il n’en est rien. Si l’Espagne est aussi forte aujourd’hui c’est parce qu’aucune équipe n’est capable de proposer un effectif complet et digne d’une grande compétition. La plupart des nations se cherchent une défense (France, Allemagne), quand d’autres peinent à trouver une cohésion au milieu de terrain (Angleterre), voire des attaquants (Portugal).

Au même titre que le débat sans fin entre les « dream team » de 1992 et 2012, on peut se demander si l’Espagne de 2012 arriverait à faire sauter le cadenas de France 1998 ou rivaliserait avec la puissance offensive du Brésil 1970. Ces nations ont atteint l’olympe après un combat face aux meilleures nations du monde. L’Espagne elle enfile les buts comme des perles face à l’Italie en finale de l’euro. Cette finale avait d’ailleurs laissé un goût amer. Incapables de proposer un jeu digne de ce nom lors de tout le tournoi, les espagnols ont semblé débuter leur compétition en finale.

Si l’Espagne est aussi dominatrice aujourd’hui, sa (ses ?) génération dorée y est pour quelque chose. Mais la faiblesse de la concurrence y est pour beaucoup.

On s’interroge aussi quant à l’effet de l’immédiateté sur le jugement de ceux qui voient dans la sélection espagnole la meilleure de tous les temps. Avant que les ibères ne remportent l’euro 2012, qui clamait sur tous les toits que la Mannschaft de Beckenbauer et de Gerd Muller était la meilleure sélection nationale de l’histoire du ballon ? Certainement pas les partisans de la Roja contemporaine. Or, les allemands avaient remporté le championnat d’Europe des Nations en 1972, avant de remporter la coupe du monde 1974 au détriment de l’équipe nationale des Pays-Bas de Johan Cruyff. Deux ans plus tard, les hommes de Schön n’ont pas réussit le triplé uniquement à la défaveur d’une séance de tir aux buts face à la Tchécoslovaquie.

Une nouvelle fois nous invoquons votre aide afin de nous départager.

La Roja (2008-2012) est-elle la meilleure équipe nationale de l'histoire?

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