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La relation entre Kyrie Irving et Rod Strickland

Si vous avez déjà regardé jouer Kyrie Irving et pensé : « il me rappelle quelqu’un », vous n’êtes pas seul.

Nous avons déjà parlé des capacités précoces de Irving à de nombreuses reprises et dressé des parallèles avec des anciens meneurs qui ont joué dans cette ligue et qui sont maintenant à la retraite. Cependant, Irving est le plus souvent comparé à Rod Strickland. Le vétéran de 17 ans, qui était à un moment le cinquième meilleur passeur de l’histoire de la NBA, partage le même style de jeu que Irving et ce n’est pas une coïncidence.

Strickland n’est pas seulement l’ami de toujours de Drederick Irving, le père de Kyrie, mais il est également le parrain de Kyrie. Il se souvient de son temps avec « Dred » :

Nous étions les deux meilleurs joueurs dans notre quartier (New York City). Les gens voient Kyrie aller au panier et rentrer ce genre de doubles pas… Drederick était également ce genre de joueur. Nous étions très similaires dans cet aspect du jeu, mais « Dred » était plus un scoreur, tandis que moi, j’étais plus un meneur.

En effet, la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre. Regardons de plus près ce qui réunit ces deux meneurs.

Attributs physiques

Irving et Strickland mesurent tous les deux environ 1m90, et alors que Irving est listé à 87 kilos comparément aux 79 de Strickland, ils ont tout le deux la même structure. C’est utile lorsqu’il faut absorber un contact lors d’une percée au panier (on y reviendra).

De plus, aucun des deux n’a de réelle explosion en lui. On ne les verra pas s’élever et finir au panier comme Russell Westbrook. Ils possède en revanche un premier pas très rapide leur permettant de laisser leur défenseur derrière eux.

Attributs techniques

L’une des marques de fabrique de Strickland était sa capacité à changer de vitesse et de direction lors d’une pénétration au panier. Là encore, il ne s’agit pas d’un don physique, mais plutôt une maîtrise supérieur du dribble qui permet à Strickland et Irving de naviguer à volonté à travers la défense.

Par exemple, lors d’une action face Indiana, Strickland va vers sa gauche, pause pendant un instant avant de débuter un dribble dans son dos pour le propulser au panier, tout en barrant la route à son défenseur (Travis Best). Le mouvement « start and stop » crée de l’espace et Strickland s’assure de ne pas manquer son opportunité.

Dans l’action ci-dessus, Irving imite ce mouvement d’hésitation et ralentit son dribble avant d’enchaîner un cross à droite puis à gauche pour accéder au panier. Même en sachant qu’il a créé assez d’espace entre lui et son défenseur (Jodie Meeks), Irving garde le ballon dans sa main gauche, censée être la plus faible, pour s’assurer que Meeks ne l’atteigne pas.

C’est dans le domaine de l’explosion au panier que Strickland admet que l’attaque de Irving « est meilleure » que la sienne l’était, même si les gestes sont les mêmes.

Egalement quelque chose à noter, les deux joueurs sont capables de finir avec leur main « faible ». La capacité à finir au panier avec finesse, malgré l’accélération soudaine qu’il a fallu pour arriver au panier est une qualité très rare. Le fait que Strickland et Irving parviennent à le faire avec leur main gauche les sépare des autres joueurs à leur position.

Autre exemple de la maîtrise de Irving avec son dribble. Ici face aux Knicks dans une situation critique, il bénéficie du champ gauche de la défense pour attaquer. Isolé face à lui, Iman Shumpert (futur coéquipier) est pris de vitesse par le crossover de Irving mais bénéficie encore de la présence de Amar’e Stoudemire en second rideau. Là encore, Irving conserve le ballon sur son côté gauche et finit en finesse avec l’aide du panneau, malgré son accélération soudaine.

La capacité à être imprévisible est également très précieuse lorsque l’on parle de pénétration au panier. Strickland et Irving ont tout les deux montré qu’ils étaient capables de surprendre les défenses adverses avec leur premier pas et leur prise d’appui soudaine. Plus bas, on voit Strickland passer son défenseur et utiliser l’intérieur adverse comme bouclier, tout en absorbant le contact pour finir au panier.

Tout comme Strickland, Irving parvient à prendre ses appuis dans quasiment n’importe quelle circonstance. Plus bas, on le voit en situation de 1v1 face à Greivis Vasquez. Contre une défense sur l’homme peu convaincante, Irving va s’appuyer sur son pied gauche, puis son pied droit pour monter au panier en très peu de temps. C’est peu conventionnel pour un droitier de monter pied droit au panier, et cela surprend également Jonas Valanciunas, qui ne parvient pas à ajuster son timing pour contrer le tir. Ensuite, c’est la créativité de Irving qui parle.

Dans ces deux dernières situations, on voit Strickland et Irving défier des contreurs tout en changeant leur mouvement dans les airs du haut vers le bas. Il ne s’agit pas d’exploits à la Michael Jordan, mais plutôt de réaction et d’intelligence de jeu pour des joueurs moyennement athlétiques. Avec assez de répétitions et d’expérience, des joueurs comme Steve Nash, Chris Paul ou Stephen Curry se servent également servi de tels moves afin de marquer au panier.

L’évolution du poste

Irving possède des parties de son jeu dérivées de celui de son parrain, Rod Strickland.

Strickland dit avoir été un meneur et facilitateur, contrairement au père de Kyrie. Ce n’est donc pas étonnant que Kyrie se retrouve aujourd’hui entre les deux. Une partie de cela est simplement dû au fait de l’évolution du poste de meneur. Selon ses récits, Strickland jouait aux côtés de Mark Jackson aux Knicks dans une formation à deux meneurs. Bien qu’ils aient été performants durant cette période, le basketball de l’époque n’était pas prêt pour une telle « innovation » qui nous est aujourd’hui commune.

Dans un contexte similaire, la notion d’un « meneur scoreur » n’était pas répandue dans la ligue. Pour que les joueurs gagnent des minutes à cette position, il fallait être capable de diriger une équipe et d’impliquer ses coéquipiers. Ainsi, il est normal de voir que Strickland n’a qu’un usage rate de 21.7% en carrière, avec un pic à 25.4% durant la saison 1995-96 avec Portland.

Parallèlement, Irving a un usage rate de 28.1% en carrière, en étant en-dessous de ses normes cette saison à 26.2%. Bien évidemment, le pourcentage de passes décisives en carrière de Strickland (37.3%) est bien plus important que celui de Irving (30.6%). Strickland était l’un des meilleurs créateurs de son ère en terminant sa carrière parmi les six meilleurs passeurs de l’histoire, avant d’être dépassé par Nash, Jason Kidd, Andre Miller et Gary Payton.

L’émergence du tir à trois points en tant qu’arme importante a donné une autre dimension au jeu de Kyrie, alors qu’il ne s’agissait pas d’une priorité à l’époque de Strickland. De ce fait, les statistiques de Irving apparaissent bien plus menaçantes que celles de Strickland. En carrière, Irving rentre 38.9% de ses tirs à trois point. Strickland, quant à lui, est loin derrière à 28.2%. Sa meilleure saison derrière l’arc est survenue à 1994-95 et encore, il ne prenait que 1.9 tirs de loin pour une réussite de 37.4%. Ici, on ne parle pas seulement de précision mais également de volume : Irving a tenté presque le double des tirs à trois points tentés par Strickland en 17 ans de carrière (1 170 contre 691).

Irving vs Strickland ?

Strickland donne alors son avis sur un potentiel duel face à Irving le sourire aux lèvres :

J’aurais du mal à le défendre, mais il aurait également des problèmes à me défendre. Je l’attaquerais, et il ferait de même. Mais son jeu offensif est bien meilleur que le mien l’a été…

En effet, Irving est une version évoluée de Strickland, avec les mêmes manières et les mêmes gestes, mais un jeu plus avancé et un public plus attentif à ses exploits. Les meilleures années de Strickland sont arrivées à Portland, avec plusieurs apparitions en postseason, et à Washington, époque durant laquelle il a mené la ligue au nombre de passes décisives, menant les Bullets (anciens Wizards) en Playoffs.

Pour Irving, ces accomplissements seraient un sommet dans sa courte histoire, en sachant comment ses premières saisons dans la ligue se sont déroulées. Cependant, un voyage en finale NBA marquerait une véritable évolution.

Malgré les similarités, Strickland a rapidement ajouté que la technique de Irving venait de son quartier et pas seulement de lui, son parrain.

C’est son histoire. Ça vient de son père, de moi, des gens de notre voisinage… Ça vient de cette racine.

Traduit et modifié de l’article d’ESPN rédigé par Amin Elhassan intitulé : « Lineage of style : Irving and Strickland (Ins) »

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