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Kristaps Porzingis et l’optimisation des qualités d’un joueur

Tous les observateurs sont unanimes, Kristaps Porzingis est un autre joueur cette saison. Après un Eurobasket très convaincant et le départ de Carmelo Anthony, le letton était attendu au tournant par tous les fans des Knicks. Au bout d’une quinzaine de matchs et à seulement 22 ans, Porzingis a déjà éclaboussé de tout son talent le Madison Square Garden. Il a démarré l’exercice 2017-18 avec des excellentes statistiques : 28.9 points, 7.3 rebonds et 2.2 contres de moyenne, le tout en ayant des pourcentages très corrects (49.3% FG, 40% 3PTS). Oui mais voilà, un débat persiste réellement. Quel poste optimise toutes ses qualités offensives et surtout défensives ? Si le joueur a déclaré qu’il se sentait plus à l’aise en 4, les statistiques et les matchs prouvent que l’équipe tourne mieux quand « KP » joue au poste de pivot. Explications.

Pour l’instant, Porzingis a démarré tous ses matchs en 4 au côté de Enes Kanter. Si le turc n’effectue pas une mauvaise saison statistique, le duo n’est pas très efficace ensemble (-2.2 de Net Rating). Ceci s’explique facilement. Kanter est un formidable attaquant. Le turc possède une panoplie de moves très efficace tout en étant un très bon joueur au rebond offensif. Depuis son arrivée dans la ligue, l’ancien joueur du Jazz et du Thunder a toujours connu de grandes difficultés en défense, notamment à cause de sa lenteur latérale, de son manque de qualités athlétiques et de mobilité. Il possède d’ailleurs le deuxième pire défensive rafting de toute l’équipe (110.4), derrière Michael Beasley. Lorsque Porzingis est avec lui sur le parquet, il se retrouve obligé de défendre des 4, qui sont aujourd’hui bien souvent des ailiers donc des menaces extérieures. La défense des Knicks se voit donc priver de son meilleur protecteur de cercle au détriment d’un Enes Kanter bien impuissant.

Comme le montre le tableau ci-dessous, Porzingis force ses adversaires à shooter à 36.5% sous le cercle, ce qui fait de lui le meilleur protecteur de cercle de la ligue statistiquement parlant.

(via NBA.com/stats)

 

Si les Knicks veulent maximiser les qualités défensives de Porzingis, il faut que ce dernier soit le plus proche du cercle. Le problème c’est qu’avec un roster composé de beaucoup de pivots ( Kanter, O’Quinn, Hernangomez, Noah), Jeff Hornacek est contraint de faire jouer le letton au poste 4, ce qui coûte cher à la défense collective, et à l’impact également du joueur. Cependant, en fin de match le coach n’hésite pas à jouer petit et à mettre Porzingis en 5, ce qui a déjà contribué cette saison à deux comebacks dans le dernier quart-temps. Le premier, ce fut le 7 novembre dernier contre les Hornets. Les Knicks ont remporté le dernier quart-temps de 15 points. La défense fut la clé de cette victoire, l’équipe n’encaissant que 19 points dans les 12 dernières minutes. Hornacek décide de terminer le match avec une lineup NtilikinaHardaway McDermottThomas – Porzingis. Il s’agit certainement de la meilleure configuration défensive des Knicks : entourer l’axe Ntilikina – Porzingis de 3 ailiers shooteurs/athlétiques. Démonstration avec une possession défensive de fin de match.

 

 

Cette séquence montre bien la grande force de cette lineup. Les Knicks peuvent switcher du poste 1 à 4 et les extérieurs se permettent d’être agressifs sur le porteur avec Porzingis en protecteur de cercle. Charlotte n’a jamais trouvé la solution face à cette lineup. Knicks win.

Deuxième exemple avec l’autre comeback de New York cette saison, face au Jazz dernièrement. Même lineup avec Courtney Lee à la place de Lance Thomas, même résultat. Les Knicks n’encaissent encore que 19 points dans le dernier acte et remportent le match.

 

 

Sur cette action, on comprend pourquoi Porzingis est excellent proche du cercle en défense. De par sa taille et ses longs bras, il change complètement la trajectoire du tir de Donovan Mitchell, le forçant à manquer. Si Jeff Hornacek avait laissé son cinq de départ sur le parquet pour terminer le match, Kanter n’aurait jamais réussi à faire ce stop. C’est l’une des raisons pour lesquelles les Knicks ont gâché une avance de 23 points face aux Cavaliers, le coach est resté trop longtemps avec Kanter sur le parquet en fin de match, forçant beaucoup d’aides à l’intérieur et LeBron James a pu facilement trouver ses coéquipiers ouverts à 9 mètres.

Offensivement avec Porzingis en pivot, le spacing des Knicks est optimal puisqu’il est souvent entouré de bons tireurs. (Lee, Hardaway, McDermott…) Le letton a également tendance à beaucoup plus jouer le pick&roll plutôt que le pick&pop puisque la raquette n’est plus embouteillée par Kanter. Ce qui force souvent une aide et génère un tir à 3 points ouvert comme sur cette séquence face au Jazz.

 

Rodney Hood est obligé de venir aider sur Porzingis qui roll, ce qui donne un tir à 3 points dans le corner complètement ouvert à un bon tireur comme McDermott. Avec Kanter, cette action n’aurait pas été possible puisque son défenseur serait venu aidé dans la raquette. Cependant, Porzingis en 4 n’est pas un réel problème en attaque puisque le joueur profite enfin cette saison de sa taille.

Ses deux premières saisons laissaient supposer que le meilleur mismatch pour KP serait finalement de vitesse (sur les pivots) plutôt que de taille (sur les ailiers/guards) car on l’avait observé avoir beaucoup de mal face à Marcus Smart ou encore Jrue Holiday. Les équipes n’hésitaient pas à switcher sur Pick&Roll et à forcer le plus petit défenseur à jouer très physique sur le letton, qui était perturbé et précipitait un tir.

Cette saison, Porzingis a montré de réels progrès dans le domaine. Il prend son temps et shoote tranquillement au-dessus de son adversaire. Les arbitres ont également tendance à siffler plus aisément tout contact illégal avec le letton ce qui parfois empêche les ailiers plus petits de jouer physique avec lui.

Ce changement se ressent donc dans sa sélection de tirs. Il prend beaucoup plus de tir à mi-distance, souvent à haut pourcentage grâce à son toucher. Son utilisation au poste a également été multipliée, et nul doute que les équipes adverses vont désormais songer à le doubler beaucoup plus, ce qui forcera Porzingis à très vite ressortir sur ses coéquipiers, domaine où il a encore besoin de progresser.

Ce n’est pas la première fois que la franchise est confrontée à un débat autour du meilleur positionnement pour sa star. On se souvient de Carmelo Anthony qui ne souhaitait pas jouer au poste 4 malgré le fait que l’équipe était bien meilleure quand il occupait ce poste. Le letton n’a jamais refusé de jouer pivot mais a tout de même déclaré cet été qu’il se sentait plus à l’aise en power forward.

Si l’effectif particulier des Knicks lui permet de démarrer et de jouer beaucoup de minutes à ce poste, le letton doit se rendre à l’évidence que pour le bien de l’équipe et de lui-même, il est préférable qu’il joue au poste de pivot le plus possible. Le small-ball n’est pas une affaire de taille mais une affaire de skills, et Porzingis possède toutes les qualités pour s’épanouir dans la NBA d’aujourd’hui.

Article rédigé par Antoine (@Antoine14B_) de @Knicksfr