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Jeff Hornacek débarque à New York

Trois saisons de suite sans playoffs, la pire saison de l’histoire de la franchise en 2014-15, les Knicks ne sont pas dans leur meilleure période. Cependant, les choses peuvent vite tourner en NBA et cet été pourrait être charnière pour Phil Jackson et les New York Knicks. Un été qui a déjà commencé avec l’arrivée d’un nouveau coach à Big Apple. Si cette arrivée est considérée comme une bonne chose, elle soulève également beaucoup de nouvelles questions.

Un choix inattendu

Jeff Hornacek est devenu le 28ème entraineur de l’histoire des Knicks le 2 juin dernier. L’ancien coach des Phoenix Suns, de 2013 à février 2016, a signé un contrat de 15M$ sur une durée de 3 ans, temps restant sur les contrats de Carmelo Anthony et Phil Jackson également. Si cette arrivée a pris tout le monde de court, elle n’en reste pas moins intéressante.

« Seules les personnes que je connais seront probablement considérées pour le poste »

Phil Jackson avait été clair en avril dernier. Pourtant, un mois après, le Zen Master a décidé de confier ce poste à une personne avec qui il n’a aucun lien direct, au détriment de son fidèle disciple Kurt Rambis, de David Blatt ami de longue date du GM Steve Mills, ou encore de Frank Vogel.

Qu’est-ce qui a donc poussé Phil Jackson à faire ce choix ? Tout d’abord, les deux hommes n’étaient pas si proches que ça. En effet, avant qu’ils se rencontrent pour discuter du poste, ils n’avaient pas eu l’occasion de discuter ensemble depuis les Finales 1998 où Jeff Hornacek, arrière du Jazz à l’époque, avait félicité Phil Jackson. Malgré cela, Hornacek a été la première personne à décrocher une interview pour le poste. Ce qu’il faut savoir c’est que Phil Jackson a toujours eu énormément de respect envers Jerry Sloan, ancien coach emblématique du Jazz et qui a eu Hornacek dans son staff pendant plusieurs saisons. Ensuite, le Président des Opérations Basket des Knicks aime tout simplement l’approche du jeu de l’ancien entraîneur des Suns, et il ne fait aucun doute que ce dernier a tout simplement réussi à le convaincre lors de leur entretien qui a duré plusieurs heures. Le nouveau coach des Knicks a aussi pu compter sur un CV solide, car même si son aventure à Phoenix s’est arrêtée précipitamment suite à un début de saison catastrophique notamment dû à des problèmes de blessures, il a réalisé de très bonnes choses dans l’Arizona. Lors de sa saison d’entraîneur rookie, les Suns étaient annoncés dans les profondeurs de la conférence Ouest, mais Jeff Hornacek avait réussi à tirer le maximum d’un effectif déséquilibré mais intéressant, pour finalement échouer à une victoire des playoffs dans une conférence redoutable. Il échouera également à la deuxième place du titre de Coach of The Year derrière Gregg Popovich.

Le plus surprenant est certainement le fait que son nom soit sorti dans les médias que quelques jours avant son embauche. Tout le folklore autour de cette recherche de coach et la conclusion surprenante confirme bien que personne ne sait réellement ce que pense Phil Jackson.

Une attaque en triangle remaniée

La question qui est tout de suite survenue suite à cette embauche concernait l’attaque en triangle. Il était difficile d’imaginer Jeff Hornacek utiliser cette attaque qu’il n’a auparavant jamais utilisée. Cependant, lors de sa conférence d’introduction il a très vite fait comprendre que l’attaque chère à Phil Jackson sera toujours d’actualité dans la Grande Pomme la saison prochaine.

« Pour moi l’attaque en triangle n’est juste qu’une façon comme une autre d’étirer le jeu. Il y a beaucoup d’aspects du triangle que je trouve intéressant et que je continuerai d’utiliser, comme les cuts, le jeu au poste.. »

Pour être précis, elle sera utilisée mais d’une autre façon, elle sera remaniée, voire modernisée. Phil Jackson s’est (enfin) rendu compte que le tir à 3 points est devenu une arme indispensable dans la NBA actuelle, et par conséquent, Jeff Hornacek aura la liberté d’utiliser sa propre version de l’attaque en triangle.

Quand il est arrivé à Phoenix en 2013, il a immédiatement aidé les Suns à améliorer leur efficacité offensive, passant de 29ème équipe de la ligue à 8ème dans le domaine. Le jeu des Suns version Hornacek était basé sur la pénétration et sur le spacing, ils jouaient bien souvent avec plusieurs porteurs de balle car ils avaient le personnel qui leur permettait cela. Chose intéressante, les Knicks sont une des équipes qui prend le plus de long-two ces dernières années en NBA, et quand on sait la place que commence à prendre les analytics dans la grande ligue, il s’agit d’assez loin le pire shoot dans la ligue actuelle. Les Knicks n’ont peut-être pas assez de bons shooteurs à 3 points, mais ils ne prennent pas assez de shoots longue-distance. Les Suns d’Hornacek avaient certes de meilleures armes longuesdistance, mais ils étaient classés 5ème équipe en nombre de tirs à 3 points pris/match en 2013-14. Nul doute que les Knicks version Hornacek prendront bien plus de tirs derrière l’arc, tout en continuant de considérer le mid-range qui reste une arme redoutable lorsqu’on a Carmelo Anthony dans son effectif.

L’éternelle question du backcourt

L’une des principales raisons de la bonne saison des Suns en 2013 était leur backcourt constitué de deux porteurs de balle très talentueux : Eric Bledsoe et Goran Dragic. Or, le backcourt est un problème récurrent à New York, depuis de nombreuses années. Dans une ligue où chaque contender possède un excellent meneur, les Knicks peinent à se faire une place. Et ce problème ne sera certainement pas résolu la saison prochaine. Tout d’abord il faut savoir que les Knicks ont pour l’instant trois meneurs sous contrat pour l’an prochain : José Calderon, Tony Wroten et Jerian Grant. Si les deux derniers sont deux jeunes joueurs qui pourraient trouver leur place dans le système Hornacek malgré un manque cruel de shoot, le premier peut devenir un réel problème. Le nouveau coach a fait comprendre qu’un changement défensif sera effectué la saison prochaine à New York. Il souhaite que les arrières mettent beaucoup plus de pression sur le porteur de balle et comptent moins sur les protecteurs de cercle (comme Robin Lopez ou Kristaps Porzingis) pour assurer leurs arrières. On peut comprendre cette volonté de Jeff Hornacek car la saison passée les Knicks ont battu un triste record : ils sont devenus l’équipe qui a provoqué le moins de pertes de balle sur une saison de 82 matchs depuis le début de la NBA moderne, en 1982. Ce manque d’agressivité défensive peut aussi expliquer pourquoi New York est l’équipe qui a scoré le moins de points en contre-attaque lors de ces quatre dernières saisons. Or, les Suns étaient l’équipe qui marquait le plus de points en contre-attaque dans la ligue lors de la saison 2013-14. Si Hornacek tente de faire des Knicks une équipe bien plus rapide, jouant bien plus de pick&roll et plus agressive sur le porteur, on a du mal à voir le vétéran espagnol se faire une place dans ce système. Phil Jackson tentera certainement à le trader, afin de faire de la place à des meneurs plus adaptés au jeu développé.

La free agency qui arrive est très pauvre en meneurs. Si Mike Conley est un des meilleurs meneurs 2-way de la ligue, il reste peu probable de voir les Knicks lui donner un contrat maximum. Rajon Rondo ne semble pas être un bon fit, tout d’abord car le joueur ne joue plus que d’un seul côté du terrain depuis maintenant plusieurs saisons, qu’il monopolise énormément la balle, qu’il risque d’être payé (trop) cher cet été mais surtout il ne réglera en rien les problèmes de shoot que possèdent les deux autres meneurs du roster. Les Knicks devront certainement se tourner vers d’autres cibles lors de cet free agency, comme Matthew Dellavedova, Brandon Jennings, Tyler Johnson voire le pari Ty Lawson. La Free Agency 2017 est bien plus riche en meneur, et on se demande même si il ne serait pas plus judicieux pour la franchise new-yorkaise d’attendre une année de plus afin de courtiser Russell Westbrook, Jeff Teague ou encore Jrue Holiday dans un an.

Le poste d’arrière est un problème pour les Knicks depuis deux saisons. Depuis l’arrivée de Phil Jackson, l’équipe a connu quatre joueurs différents à ce poste en deux saisons : Iman Shumpert, J.R. Smith, Tim Hardaway Jr., Arron Afflalo ; sans réel succès à chaque fois. Le dernier devrait vraisemblablement opt-out de son contrat dans quelques semaines, ce qui forcerait les Knicks à faire du poste 2 la priorité cet été. Sur ce poste deux cibles semblent se dégager dans les free agents : Courtney Lee et Kent Bazemore. Le premier s’avère être un simple 3&D sortant d’une bonne fin de saison à Charlotte, qui pourrait ne pas le conserver s’ils décident de prolonger Nicolas Batum tout en prenant en compte le retour de Michael Kidd-Gilchrist. Courtney Lee apporterait un réel upgrade en défense par rapport à Afflalo, et ce n’est pas un luxe pour New York d’ajouter un shooteur à 3 points dans ce roster.

Kent Bazemore est certainement un joueur plus intéressant, mais sera également plus courtisé et plus cher que Lee. Il sort d’une excellente saison à Atlanta où il a profité du départ de DeMarre Carroll pour montrer toute l’étendu de son talent. Bon défenseur, bon shooteur, Bazemore a un atout que ne possède pas Courtney Lee : il s’est avéré être un porteur de balle efficace avec les Hawks.

Capable notamment de jouer les pick and roll comme de lancer une contre-attaque, sa vision du jeu et ses qualités athlétiques peuvent faire de lui un joueur redoutable près du cercle comme à longue distance. Tout en sachant qu’il est polyvalent, capable de jouer arrière comme ailier, il serait très intéressant à avoir notamment dans une lineup où Melo et Porzingis occupent les postes 4 et 5, Bazemore pourrait être le complément parfait de ce duo. Reste à savoir quel saura son prix cet été avec les nouveaux droits TV.

L’utilisation de Kristaps Porzingis

Si beaucoup de fans des Knicks ne voulaient pas de Kurt Rambis en coach, c’est en grande partie dû à son utilisation douteuse de Porzingis. Le coach intérimaire ne lui a donné que très peu de minutes en tant que poste 5 et il a même déclaré qu’il imaginait le letton évoluer au poste 3. Or, ce serait une erreur fondamentale.

Si Porzingis n’est peut-être pas encore prêt pour évoluer à temps plein au poste de pivot, il ne faut pas s’y tromper c’est le poste qu’il occupera dans le futur. Dans une NBA qui se dirige de plus en plus vers small-ball, il possède tout les atouts qu’on puisse demander à un pivot : Protection du cercle, shoot à 3 points, jeu dos au panier, défense dans le périmètre grâce à une excellente mobilité. Nous avons encore constaté dans ces playoffs à quel point il était important d’avoir dans son équipe un pivot capable de switcher sur chaque écran. Porzingis a prouvé cette saison, par sa rapidité latérale, ses qualités athlétiques et ses longs bras qu’il pouvait défendre des arrières sur quelques séquences.

Nul doute qu’on risque de voir beaucoup plus Porzingis évoluer au poste 5 sous Jeff Hornacek, on devrait même retrouver une utilisation offensive du letton similaire à celle sous Derek Fisher.

Là où Kurt Rambis a voulu faire de Porzingis un joueur plus unidimensionnel, en insistant bien plus sur son jeu dos au panier, Hornacek arrivera certainement à utiliser la vraie force de Porzingis : sa polyvalence, qu’elle soit offensive ou défensive.

En 2013-14, les Suns possédaient un Offensive Rating (points marqués sur 100 possessions) de 115.4 et un Défensive Rating (points encaissés sur 100 possessions) de 103.8 sur 750 minutes de temps de jeu avec Markieff Morris et Channing Frye sur le parquet en même temps. En lisant cette statistique, on a hâte de voir Melo et Porzingis à l’oeuvre.

Robin Lopez continuera d’avoir un rôle important dans l’équipe, et il le mérite suite à sa très bonne saison, mais il devrait jouer environ 25 minutes par match comme sous Derek Fisher. On se souvient d’un match au mois de mars contre les Clippers où Rambis avait décidé de faire jouer Lopez l’intégralité de la seconde période et 44 minutes au total. Cela ne se produisait pas avec Fisher et ne devrait pas arriver avec Hornacek non plus.

Au final, Jeff Hornacek arrive avec un projet ambitieux, et on peut lui faire confiance quant à l’utilisation de Kristaps Porzingis, un diamant qui ne demande qu’à être poli. Néanmoins, nous devons encore attendre cet été et la free agency pour analyser le recrutement des Knicks et avoir de réelles attentes ou non pour l’exercice 2016-17.

Article rédigé par Antoine (@Hantwane_) de @Knicksfr