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In Phil We Trust

PhilJackson

Arrivé aux Knicks en tant que Président des Opérations Basket en février 2014, Phil Jackson a très vite été vu comme le messie aux yeux des fans dans une saison qui tournait à la catastrophe pour la franchise après un exercice 2012-13 plein de promesses. Pourtant après deux saisons et demie, les avis ont bien changé à son sujet. Aujourd’hui beaucoup de fans en veulent au Zen Master, et certains le pointent du doigt pour tous les maux de la franchise alors qu’il en est bien souvent pas responsable. Même les médias, qu’ils soient new-yorkais ou français, semblent se faire un malin plaisir à critiquer Phil Jackson, le décrivant comme le principal responsable de l’échec new-yorkais. Pourtant, nous allons vous montrer qu’il y a beaucoup de raisons de croire en lui, et que la plupart des erreurs qu’on lui attribue ne sont pas légitimes.

Tout d’abord, commençons par le commencement. Lorsque Phil Jackson arrive dans la Grande Pomme la franchise est dans une situation très délicate. Elle ne jouera certainement pas les playoffs après avoir terminé à la deuxième place de la conférence la saison précédente, et la situation salariale est complexe. En effet, dès son premier été, le nouveau Président des Opérations Basket ne possédait aucune marge de manoeuvre de par des contrats bien trop onéreux qui l’empêchaient d’avoir de la place dans le salary cap, à l’instar de ceux de Amare Stoudemire et Andrea Bargnani à qui ils restaient encore un an de contrat, et surtout Carmelo Anthony était un agent libre sans restriction et pouvait signer où bon lui semblait. Il y a des contextes plus faciles pour commencer sa carrière de dirigeant, et c’est certainement par inexpérience dans le domaine que Phil Jackson va commettre sa première et plus grosse erreur depuis son arrivée à New York.

Beaucoup de personnes aujourd’hui lui reprochent d’avoir prolongé Carmelo Anthony, mais c’était le bon choix. Ne disposant d’aucun asset pour le futur, il ne pouvait laisser sa seule superstar s’en aller contre aucune contrepartie. Cependant, dans les négociations, il va donner à Melo un pouvoir non-négligeable, qu’il négligeait peut-être à l’époque, une no-trade clause. Cette clause, rarement donnée aux joueurs en NBA, permet au joueur d’avoir un droit de veto sur chaque trade le concernant. Phil Jackson doit s’en mordre les doigts actuellement car cette seule clause permet à la star d’avoir beaucoup d’influence sur la franchise, et de mettre beaucoup de pression sur le Zen Master par médias interposés. Malgré cela, Jackson a tout de même réussi à faire résigner le joueur sans lui donner véritablement un contrat maximum, et face à une concurrence redoutable (Chicago et Houston étaient sur le dossier), ce qu’on ne doit pas sous-estimer.

Lors du même été, Phil Jackson a également fait le choix (logique) de se séparer de Mike Woodson, coach de l’équipe à l’époque. Cherchant un disciple pour faire appliquer l’attaque en triangle, les Knicks ont fini par signer Derek Fisher qui venait tout juste de prendre sa retraite en tant que joueur. Après une saison et demie, l’ancien joueur des Lakers a été démis de ses fonctions en février dernier. Par ce licenciement, Phil Jackson reconnaît clairement son échec. Même si Derek Fisher n’était pas un si mauvais coach que les gens peuvent le penser, sa relation avec Jackson a fini par lui coûter son emploi. Phil Jackson considère la relation Front Office/Coach comme sa priorité, et il a certainement sous-estimé ce facteur lors de sa recherche en 2014. Derek Fisher souhaitait garder la main sur son groupe et n’appréciait pas que Phil Jackson intervienne lors des entraînements et dans la vie du groupe. Toutefois dans toutes les critiques qu’on peut trouver sur Jackson et notamment sur son choix d’engager Fisher pour le licencier peu de temps après, beaucoup oublient que son premier choix était Steve Kerr qui a préféré Golden State (qui peut d’ailleurs remercier le dirigeant new-yorkais d’avoir mis le COY 2016 dans leurs petits papiers à l’époque). Cependant Jackson peut réparer son erreur dès cet été. Nul doute que si les Knicks commencent la nouvelle saison avec David Blatt ou Frank Vogel à la tête de l’équipe, la plupart des fans auront très vite oublié Derek Fisher.

Les Knicks ont également connu la pire saison de l’histoire de la franchise sous Jackson, avec 17 victoires. Mais on peut tout de même reconnaître la lucidité du dirigeant, qui a très vite abandonné la saison afin d’avoir le meilleur pick possible, alors que les anciens dirigeants des Knicks auraient certainement essayé de gagner 10 matchs de plus afin d’avoir un bilan plus « propre » mais en draftant à la 9ème place au lieu de la 4ème, ce qui est une énorme différence (Je vous rappelle que Frank Kaminsky a été drafté à la 9ème position de la draft 2015). Cette triste saison était malheureusement nécessaire dans le processus de « reconstruction » de Phil Jackson, et il s’agissait de la bonne année pour être mauvais car nous possédions notre tour de draft.

Parlons désormais de l’attaque en triangle. Considérée par beaucoup d’observateurs ou de simples fans comme une attaque archaïque, elle est énormément critiquée et certains la considèrent même comme responsable de beaucoup de défaites de la franchise, ce qui est une vision très simpliste des choses. Bien sûr, l’attaque en triangle des Knicks en 2014-2015 ne ressemblait pas à grand chose, mais il n’y a rien d’étonnant. C’était un nouveau système pour tout le roster, roster qui n’était d’ailleurs peut-être pas adapté à cette attaque. Mais cette saison, nous avons pu voir beaucoup d’améliorations, avec des joueurs que Phil Jackson a choisi pour appliquer cette attaque. En effet, le triangle a pu permettre de mettre en exergue les qualités de passeur de Carmelo Anthony, le jeu au poste de bas d’Arron Afflalo et de Robin Lopez, et la qualité de passe dos au panier de Kristaps Porzingis, joueur au Q.I Basket très élevé. Les Knicks restent l’une des équipes dans la Ligue qui prend le plus de long two, les pires tirs dans la NBA actuelle, mais je ne suis pas persuadé que ceci soit un problème structurel du système prôné par Tex Winter, mais davantage lié aux joueurs. Carmelo Anthony est certainement l’un des joueurs les plus frustrants à voir dans ce domaine, lui qui est le spécialiste du fameux tir avec les deux talons sur la ligne à 3 points. Il suffirait de faire un pas en arrière, mais très peu de joueurs dans le roster ont ce réflexe. De plus, les Knicks disposent de très peu de bons shooteurs à longue distance. Jose Calderon est de loin le meilleur mais il est incapable de se créer son tir désormais.

Beaucoup de personnes affirment que des joueurs comme Michael Jordan ou Kobe Bryant ont fait gagné le triangle et non pas l’inverse, ou encore que le triangle n’a jamais fonctionné sans la présence de ces deux légendes de la balle orange. Le premier argument est valable, même si l’inverse peut-être aussi observé. Quant au deuxième argument, l’équipe des Bulls de 1993-1994 est le parfait contre-exemple. Michael Jordan venait de prendre sa première retraite, et l’équipe se retrouvait avec Scottie Pippen en Franchise Player, qui est certes un joueur très talentueux mais pas du tout comparable au talent offensif des deux personnages cités au-dessus. Résultat, les Bulls remportent 55 matchs en saison régulière avant de s’incliner en 7 matchs en demi-finale de conférence contre les Knicks avec un arbitrage qui avait fait beaucoup parler à l’époque.

Cette saison des Bulls démontre que l’attaque en triangle est un système comme un autre, et qu’il est contradictoire de faire le procès de cette attaque sous prétexte qu’elle a été rendue populaire grâce à Michael Jordan tout en occultant cette saison des Bulls privée de leur superstar. De plus, aucun système n’est connu dans l’histoire de ce sport pour faire gagner un effectif moyen, chaque système ou attaque nécessite un roster complet et talentueux. Quant aux personnes qui disent que Phil Jackson est bien trop « borné » dans cette attaque en triangle, au point de ne pas considérer certains candidats, sa récente rencontre avec David Blatt prouve le contraire.

Comme mentionné plus haut, Phil Jackson est arrivé sur un champ de ruines en février 2014 et il en était conscient. Mais encore aujourd’hui, il paie les erreurs passées. Les fans auraient une vision bien différente de l’exercice 2015-2016 des Knicks si James Dolan n’avait pas échangé le choix du premier tour de draft contre Andrea Bargnani en 2013. Phil Jackson va arriver là dans son deuxième été où il aura de la marge de manoeuvre, et nombreuses sont les raisons d’être optimiste, surtout quand on voit comment il a géré l’été 2015. Outre le fait qu’il a drafté contre vents et marrés Kristaps Porzingis (donnant par la même occasion une vision de long-terme à la franchise) et qu’il a réussi à obtenir un premier tour de draft contre Tim Hardaway Jr. (!), Jackson est parvenu à signer des free agents avec des bons contrats tout en gardant de la marge salariale pour les années suivantes. Il fallait être naïf pour croire qu’une équipe qui sortait de deux saisons sans Playoffs allait avoir la capacité d’attirer des free-agents comme LaMarcus Aldridge ou Marc Gasol. Robin Lopez est certainement un second couteau, mais aucun doute qu’il a prouvé cette saison qu’on pouvait compter sur lui dans le futur. Comment ne peut-on pas considérer qu’une équipe qui sort d’une saison à 17 victoires et recrute Arron Afflalo, Robin Lopez, Kristaps Porzingis et Jerian Grant (entre autres) le même été n’effectue pas une bonne intersaison ? Ce n’est pas là un manque d’ambition de recruter tout d’abord des agents libre de seconde zone, mais peut-on dire que la stratégie de donner des gros contrats à des stars a porté ses fruits dans le passé ? Stephon Marburry et Amare Stoudemire sont de parfaits exemples. Je pense que l’on peut dire sans se tromper que les Knicks ont bien fait de donner 54M/4ans à un pivot au profil de Robin Lopez plutôt que de donner à Greg Monroe le contrat qu’il souhaitait, c’est à dire 50M/3ans.

Les fans des Knicks doivent aborder l’été avec confiance envers Phil Jackson pour toutes ces raisons. Bien sûr le choix du coach qui devrait arriver dans les prochains jours sera déterminant. Kurt Rambis ne semble pas être le meilleur choix, mais Phil Jackson l’aurait compris selon certains insiders.

Les fans des Knicks doivent faire confiance à quelqu’un et Phil Jackson semble être d’assez loin la personne pour ce rôle. James Dolan et Carmelo Anthony ont eu leur chance de 2011 à 2014, notamment le joueur qui a eu beaucoup d’influence dans les choix des Knicks lors de ces saisons et on ne peut pas dire que cela a débouché sur de bons résultats (le licenciement de Mike D’Antoni, la promotion de Mike Woodson qui possédait le même agent que la star…). Il serait injuste de ne pas laisser du temps à Phil Jackson. N’oublions pas que l’entraîneur le plus titré de l’histoire n’aborde que son deuxième (vrai) été en tant que dirigeant.

Article rédigé par Antoine (@Hantwane_) de @Knicksfr