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Ils vont marquer 2015. Bilan du mois de Janvier

Avec Janvier, la planète tennis s’offre un peu de repos pour rentrer dans le vif du sujet. Après 2 semaines de tournois, c’est déjà le 1er tournoi du Grand Chelem qui se profile. L’Open d’Australie, arrivant très (trop ?) tôt, les joueurs doivent d’entrée se mettre au niveau pour ne pas passer au travers de ce grand rendez-vous. Pour nos joueurs, c’était aussi l’occasion de débuter de bonne manière cette saison 2015, qui est, à degrés variables, importante pour chacun. Certains n’ont pas joué, d’autres ont commencé sur un rythme très calme, tandis que d’autres encore ont d’ors et déjà flambé en montrant les crocs dès le premier mois de compétition. Groupe par groupe, nous allons détailler leur mois, et parler de leurs ambitions pour Février, le seul mois de l’année ne présentant ni Grand Chelem, ni Masters 100, mais, en revanche, qui propose le plus grand nombre de tournois avec 12 titres mis en jeu à travers le monde.

Joueur le mieux classé de cette sélection, il est naturel qu’il soit l’homme dont on parle d’entrée. Et, aux antipodes, Kei Nishikori n’a pas déçu. Cependant, il n’a pas vraiment surpris non plus. Après trois tours relativement disputés contre Almagro, Dodig et Johnson, il a écrasé David Ferrer en 8ème de finale, en trois sets secs (6/3 6/3 6/3). Après ce match, on le pensait lancé, et on attendait avec impatience ses retrouvailles avec Stan Wawrinka, quatre mois après leur formidable combat à New York, dont le Nippon était sorti vainqueur.

Malheureusement, peu inspiré, le 5ème mondial n’a rien pu faire contre un Wawrinka en furie, s’inclinant en trois sets. Auparavant, à Brisbane, Nishikori s’était incliné en demi-finale contre Milos Raonic, dans ce qui représente un des nouveaux classiques du circuit ATP. (quatre matchs sur les six derniers mois de la saison  2014) Toujours 5ème mondial, il devrait faire le déplacement à Memphis pour y défendre son titre acquis l’an dernier.

Enchaînons avec Grigor Dimitrov. Tout comme Nishikori, le Bulgare est resté en Australie en janvier avec, au programme, Brisbane puis l’Open d’Australie. A Brisbane, il a buté en demi-finale, très sèchement, contre son modèle, Roger Federer. A Melbourne, il a réalisé un tournoi tout juste correct. Trois sets contre Brown, quatre contre Lacko puis cinq contre un Baghdatis retrouvé. Il a flanché en 8ème de finale dans le duel des magiciens, contre Andy Murray. Comme l’an dernier contre Nadal, ou comme à Wimbledon contre Djokovic, Dimitrov ne paraissait pas foncièrement en dessous de son adversaire mais il a craqué au moment le plus important du match. Alors qu’il menait 5-2 dans le quatrième set, il a perdu cinq jeux consécutifs pour s’incliner au final en quatre manches, en profitant au passage pour réussir le plus beau fracassage de raquette de ce début de saison. Du positif tout de même car ce match l’a vu évoluer tout proche du niveau du futur finaliste. Comme Nishikori, lui aussi aura un titre à défendre ce mois-ci, à Acapulco.

Après les deux jeunes aux dents longues, enchaînons avec les deux grands talents perdus de cette sélection. Et pour ouvrir le bal, nous allons parler de Gael Monfils. Seulement deux petits matchs en un tournoi pour « LaMonf ». Forcément, rien de positif. Lorsque l’on regarde plus en détails ce bilan, on se dit que malheureusement, Gael fait du Monfils. Au premier tour, contre un Lucas Pouille certes en pleine bourre (on en reparlera plus tard), mais totalement à sa portée, il a sévèrement déjoué, se retrouvant très vite mené 2 sets 0. Et puis il a haussé le niveau, profitant de sa marge pour s’imposer en cinq sets.

Avec cette impression folle de jouer un coup de temps en temps, de bouger quand il en a envie, de frapper fort sur quelques balles consécutives, laissant l’impression qu’il est enfin rentré dans le match, avant de redevenir mou et ennuyeux. Au deuxième tour, ce fut exactement la même chose. Mais, avec moins de marge sur son adversaire, il a chuté en cinq sets contre Janowicz, alors qu’il menait deux sets à un. Un premier tournoi décevant, lui qui avait annoncé qu’il n’avait pas la tête au tennis pour « raisons personnelles ». Comme les autres, il ira à Montpellier avec une couronne à défendre. Le problème restera toujours le même pour le parisien, son principal adversaire, c’est lui-même.

Et si le bilan de Monfils est décevant, que dire alors de celui d’Alexandr Dolgopolov. Le génial Ukrainien, qui avait un boulevard jusqu’en huitième de finale, a littéralement été humilié par le très modeste italien Paolo Lorenzi en trois sets très secs, faisant encore moins bien que l’an dernier où il n’avait pourtant atteint que le deuxième tour. Dans un style différent de celui du Français, l’Ukrainien laisse pourtant la même impression de gâchis, avec des choix tactiques parfois questionnables. Lui aussi avait fait le déplacement à Brisbane où il avait commencé la saison par une victoire sur Berlocq, avant de chuter contre un des joueurs les plus sous-côtés du circuit, le Slovaque Martin Klizan. Le natif de Kiev rentre dans une période où il aura beaucoup de points à défendre, puisque l’an dernier on l’avait retrouvé en février en finale à Rio de Janeiro et en demi à Acapulco, avant de le voir, en mars, en demi à Indian Wells. Il faudra afficher plus de régularité si « Dolgo » veut rester dans le top 30.

Désormais, nous allons parler des quatres joueurs qui devraient véritablement exploser cette saison. Pour deux, cette explosion est d’ores et déjà en bonne voix. Car il n’aura fallu attendre que deux semaines en 2015 pour voir Jiri Vesely s’offrir le premier titre ATP de sa carrière. Car après un premier tournoi compliqué et une défaite contre Haider-Maurer à Chennai, Vesely est allé s’offrir le tournoi d’Auckland. Sorti des qualifications, il s’est défait notamment de Belluci, Gulbis ou Anderson, avant de battre en finale le français Adrian Mannarino. Très costaud, avec un seul set perdu sur les sept matchs qu’il a joués en Nouvelle-Zélande, le tchèque est rentré dans le top 40 pour la première fois de sa carrière. Hasard du tirage au sort, il affrontait d’entrée à Melbourne Viktor Troicki, vainqueur à Sydney la même semaine que Vesely, en sortant lui aussi des qualifications. Dans ce « duel de la mort », le grand tchèque s’est incliné en quatre manches, dans un match relativement décousu. Mais avec ce classement aux alentours de la 40ème place qui va lui ouvrir les portes de nombreux tournois, la saison du natif de Pribran débute parfaitement.

Et après Vesely, c’est bien évidemment Nick Kyrgios qui a débuté la saison sur les chapeaux de roue. Dans son style, c’est à dire de manière bien plus clinquante et médiatisée que le tchèque. Battu par Janowicz à Sydney, le jeune Aussie a atteint les quarts de finale de Melbourne, devant son public. Profitant d’un tableau déserté par Roger Federer, il a sorti en cinq sets très disputés Delbonis, avant de battre Karlovic puis Jaziri. En 8ème, contre le tombeur du Maestro, Andreas Seppi, Kyrgios est revenu de l’enfer, après avoir été mené deux sets zéro, il a sauvé une balle de match dans le 4ème set pour s’offrir son deuxième quart de finale sur les trois derniers Grands Chelems. Désormais, le jeune homme de 19 ans ne fait plus rire personne. Terriblement aléatoire, il est le nouveau chouchou du public Australien. Sûr de lui, inconstant, parfois arrogant, il a gagné un nouveau surnom qui lui colle parfaitement à la peau, « The wild thing », littéralement « chose sauvage ». Désormais 35ème mondial, la progression ne fait que commencer pour un des futurs grands du tennis mondial.

Pour les deux autres, le début de saison ne s’est pas passé exactement comme prévu. Commençons par Dominic Thiem, qui n’a pas réussi à gagner un seul match en Janvier. Battu par Struff à Auckland, le tirage au sort ne l’avait pas gâté à Melbourne avec, d’entrée de jeu, le très costaud Roberto Batista Agut, contre lequel il n’a pu veritablement lutter, avec une défaite en quatre manches. 45ème mondial, Thiem ne va pas pouvoir profiter de son classement pour s’éviter des débuts de tournois compliqués, voire des passages par des qualifiquations. Plus qu’un coup d’arrêt, on préfère voir en ce début de saison compliqué, un petit frein à une saison qui doit le faire rentrer dans le top 30.

Pour le dernier homme, son mois de janvier présente tout de même de belles performances. A croire que nous sommes devenus très exigeants avec David Goffin. Demi-Finaliste à Chennai, il a chuté contre le maître des lieux, Stan Wawrinka. Et si à Sydney il a chuté contre Bolelli, avant de ne faire guère mieux à Mebourne avec une défaite dès le 2ème tour contre l’ancien finaliste du tournoi, Marcos Baghdatis. Malgré cela, son bilan de trois victoires et trois défaites, et surtout sa demi-finale en Inde, le belge a atteint le meilleur classement de sa carrière, en se retrouvant aux portes du top 20 (21ème). Lui profitera donc de tableaux relativement protégés dans les tournois auxquels il participera. A l’aise sur toutes les surfaces, il risque de continuer son ascension, puisqu’il n’aura que peu de points à défendre sur les prochains mois.

Pour finir, nous allons parler de nos cinq jeunes loups, qui ont eu un programme bien différent des joueurs cités au dessus. Trois sur cinq ont tout de même participé au tableau principal à Melbourne. Pour commencer, honneur à l’homme qui a réalisé l’exploit du 1er tour à l’Open d’Australie, Thanasi Kokkinakis. Contre la tête de série numéro onze, Ernests Gulbis, l’adolescent a mis le feu à la Rod Laver Arena en sortant le demi-finaliste de Roland Garros au terme d’un match épique, terminé dans la nuit Australienne sur le score de 8-6 au cinquième set. Peut-être emprunté physiquement, il n’a pu ressortir vainqueur d’un nouveau combat en cinq sets, s’inclinant contre son compatriote Sam Groth. A Brisbane, il avait également fait honneur à sa Wild-Card en battant Julien Benneteau dès le premier tour avant de chuter contre un…Australien au 2ème tour, Bernard Tomic. C’est maintenant sur les challengers qu’on devrait plus voir Kokkinakis, car sa 145ème place à l’ATP (meilleur classement de sa carrière) ne lui permettra que de très, très rares incursions sur le circuit principal. A lui d’être performant pour regoûter très vite à des « gros » matchs.

Également titulaire d’une Wild Card, Lucas Pouille a lui aussi fait honneur à l’invitation des organisateurs. Bien que sorti dès le premier tour, il a livré un combat homérique contre un Gael Monfils en dilettante, après avoir mené deux sets à zéro. Son tournoi d’Auckland l’a vu atteindre les demi-finales d’un tournoi ATP pour la toute première fois. Étrange tournoi, car il est passé tout près de retrouver en finale, Jiri Vesely, qui l’avait battu…au dernière tour des qualifications. Lucky Looser, il en a profité pour s’ouvrir les portes du dernier carré. A Brisbane, il était resté bloqué au premier tour des qualifications. 115ème mondial, sa puissance incroyable en coup droit peut gêner presque n’importe quel joueur. A l’instar de Kokkinakis, il va devoir profiter des challengers, notamment sur surface rapide, pour gravir les échelons et atteindre prochainement le top 100.

Une victoire, trois défaites. Voilà le bilan relativement maigre de Borna Coric sur ce mois de Janvier. Peu de contre-performances puisqu’il a chuté contre trois top 50 (Wawrinka à Chennai, Carreno Busta à Auckland et Chardy à Melbourne). Contre Chardy, il a réalisé un match solide, costaud, mais la puissance et l’expérience du Palois ont fait la différence. Coric, qui tourne aux alentours de la 90ème place, se trouve dans une situation similaire à celle de Lucas Pouille, avec un programme qui risque de passer en grande partie par les challengers. A tout juste 18 ans, Coric évolue sans pression, et va pouvoir continuer sa progression qui, même si elle ne sera pas forcément spectaculaire, sera bien présente.

Mais tout les joueurs n’ont pas eu la chance de disputer l’Open d’Australie. C’est le cas d’Alexander Zverev. Lui aussi est en progression constante, puisqu’il tourne autour de la 135ème place, ce qui en fait, pour lui aussi, son meilleur classement en carrière. Vainqueur en espoir l’an dernier à Melbourne, il a chuté dès le premier tour des qualifications contre l’obscur australien Smith. A Brisbane, il avait chuté d’entrée également contre le français Herbert. On devrait le retrouver au mois de février dans les qualifications de certains des nombreux tournois 250. Avec l’ambition d’avoir l’oportunité de rentrer dans un ou deux tableaux principaux.

Pour finir, nous allons parler du benjamin de cette selection. Lui était très loin de l’Australie en janvier, puisqu’il est resté au pays. Et il faut dire que Stefan Kozlov a commencé la saison sur un rythme de croisière honorable. 407ème mondial (Ce qui en fait son….meilleur classement en carrière), il a participé à deux futures et un challenger. Avec, à chaque fois, des quarts de finale. Deux « perfs » ce mois-ci pour lui, avec des victoires contre Novikov, 287ème mondial, et Milton, 382ème mondial. C’est ce circuit secondaire que Kozlov côtoiera toute l’année. A tout juste 17 ans, il continuera dès février sa très longue route qui doit le mener au plus haut niveau du tennis mondial.