Débats Sports

Fin de l’éclipse à Phoenix

Phoenix-Suns-Alex-Len

A l’issue d’une draft peu lisible, Débats Sports livre ses premiers bilans. Qu’elles aient cherché des apports immédiats ou suivi des logiques à long terme, les franchises ont plus ou moins réussi leur draft ». Dernier volet d’une série dont notre draftologue a le secret avec les franchises dont la réussite de la draft ne pourra être jugée qu’à long terme.

Deuxième chapitre de cette rubrique avec les Phoenix Suns.

Les Phoenix Suns

Le dernier exercice des Suns n’a pas véritablement attiré les foules.

Suite au départ de Steve Nash, la franchise n’avait d’autre choix que d’opter pour une reconstruction lente passant par la Draft mais, pour cette première année, l’effectif ne comptait pas de jeunes pousses pleines de potentiel à scruter, les jumeaux Morris ayant de moindres prétentions et Michael Beasley demeurant noyé dans ses ennuis extra-sportifs.

Le quartier général de l’Arizona avait bien l’intention de remédier à ce relatif désintérêt au soir du 27 Juin dernier en s’attachant les services de possibles futurs joueurs majeurs, ce qu’il ne manqua pas de faire.

Malgré une saison rookie qui s’annonce parsemée de défaites, les hommes forts de demain ne manquent, en tout cas, pas d’ambition.

Alex Len pense qu’il sera le meilleur joueur de cette Draft dans 10 ans alors qu’Archie Goodwin a affirmé vouloir devenir le meilleur élément de la promotion et faire payer leur erreur aux franchises qui ne l’ont pas pris.

Alex Len a vu sa cote monter mais le pivot n’a pas vocation à dominer immédiatement comme l’échéance qu’il se fixe le démontre.

Un temps annoncé au premier choix, sa « chute » est finalement un mal pour un bien tant le caractère réservé du prospect tend à faire penser que le statut lié à cette sélection eût été trop lourd à porter pour l’Ukrainien.

Au sein du projet long-terme de Phoenix, le jeune homme aura le temps de progresser et de s’adapter à la vie NBA en douceur après avoir fait la transition de son quotidien dans son pays natal aux Etats-Unis il y a seulement deux années.

Sans présenter un rendement statistique impressionnant au niveau universitaire, le rookie a su faire montre d’une palette offensive intéressante pour un géant de 7 pieds couplée à de solides aptitudes défensives.

Archie Goodwin est aussi sévèrement descendu lors du soir le plus important de sa carrière jusqu’à présent. L’explication en est simple. L’arrière avait demandé à son entraineur de l’aligner au poste de meneur en lieu et place d’un coéquipier définitivement débordé parce qu’une telle configuration de l’équipe présentait un bilan sportif riche d’un plus grand nombre de victoires. Se sentant contesté dans son autorité, coach Calipari avait publiquement annoncé, en point d’orgue d’une relation conflictuelle, que certains de ses hommes étaient ingérables et ne pouvaient être formés, visant explicitement le néo-Sun.

Or, le technicien est rompu à la gestion des vedettes de demain qui s’avèrent souvent être des fortes têtes à l’image d’un Demarcus Cousins. Sa phrase, dont il mesurait pleinement la portée, n’en eut que plus d’incidence sur les décisionnaires de la NBA.

Phoenix a ainsi récupéré avec l’avant-dernier choix du premier tour le joueur le plus jeune de la Draft mais aussi l’un des plus prometteurs.

Si son comportement sera à surveiller sur et en-dehors du parquet, Goodwin a l’avantage de disposer de qualités athlétiques incroyables et d’une énergie au-dessus de la moyenne. Capable de devenir un défenseur et rebondeur d’élite à  son poste, le prospect a de plus laissé entrevoir un tir en amélioration durant la ligue d’été de Las Vegas.

Seules sa compréhension et sa vision du jeu laissent encore pantois.

A la charge des pédagogues de l’Arizona, le nouvel entraineur et légende du Jazz Jeff Hornacek en tête, de le modeler correctement  et de gérer son égo.

Enfin, la sélection d’Alex Oriakhi laisse plus circonspect dans la mesure où son corps musculeux n’apporte pas de plus-value au poste déjà complet d’ailier-fort.

Cependant, la pénurie de talent commence à se faire sentir au 57ème choix et jeter la pierre au stratège qui en est responsable relèverait de la mauvaise foi.

En résumé, le succès, ou l’échec, de la Draft de Phoenix ne pourra être déterminé qu’à long terme.

A l’heure actuelle, trop d’inconnues subsistent pour en dresser un véritable bilan.

La première d’entre elles concerne les autres arrivées de l’intersaison, à commencer par celles d’Eric Bledsoe et Caron Butler en provenance des Los Angeles Clippers.

Le meneur de jeu a particulièrement inspiré l’organisation de l’Arizona mais il n’a pas encore eu l’opportunité de donner sa pleine mesure, rendant son évaluation impossible.

Bloqué derrière Chris Paul dans sa précédente formation, il sera aligné à l’entame de la prochaine saison à l’arrière malgré sa petite taille dans un backcourt partagé avec le Slovène Goran Dragic.

L’efficacité d’une telle association doit avant tout être mise à l’épreuve.

Si elle fonctionne, les décisionnaires devront cerner la place à laquelle le néo-Sun peut prétendre dans une équipe visant le titre, ce qui conditionnera irrémédiablement son temps passé sur le parquet.

Sinon, l’un des deux coéquipiers sera relégué sur le banc, libérant une place dans le cinq de départ.

Quoiqu’il en soit, les résultats de l’expérience auront des conséquences sur l’espace alloué à Archie Goodwin au sein du groupe.

Quant à Caron Butler, il désirait jouer un rôle inattendu puisqu’il avait déclaré vouloir servir de tuteur à Michael Beasley.

Après cinq saisons pleines et entières dans la grande ligue, ce dernier marchait encore sur un fil.

Arrêté une énième fois par la police en possession de substances illégales, le numéro 2 de la Draft 2008 voyait sa carrière menacer, puisque Phoenix hésitait à l’écarter définitivement de ses locaux.

Pourtant, le vétéran persistait à croire en lui et espérait le voir bénéficier d’une dernière chance.

Derniers rebondissements en date : Butler a été prié de faire ses bagages pour rejoindre Milwaukee, la franchise de l’Arizona ayant signifié au joueur que son intention louable ne serait pas suivie dans les actes.

Puis, la direction a décidé, aujourd’hui même, de remercier l’enfant terrible.

S’il était parvenu à assimiler les concepts d’ «équipe » et de « collectif », l’Arizona aurait compté un Franchise-player et All-Star en puissance.

Mais les instances dirigeantes ont préféré écarter l’élément perturbé par peur qu’il ne se mue en élément perturbateur pour les nouveaux venus.

Une issue regrettable mais, malheuresement, largement prévisible pour les observateurs attentifs.

Cette manœuvre vient en tout cas entériner l’approche long-terme de l’organisation, qui n’attend désormais plus la potentielle éclosion d’un Beasley qui aurait accéléré le processus de reconstruction.

La conséquence d’une telle séparation tient aussi à ce qu’une place de joueur majeur dans le projet des Suns se libère.

De quoi ravir les rookies, d’aujourd’hui comme de demain.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres.

Le cas d’Alex Len est, de plus, tributaire de la situation du Polonais Marçin Gortat.

Le titulaire en place présente un niveau de jeu tout à fait respectable.

Sa participation au projet des Suns dépend du temps que prendra la reconstruction.

Agé de 28 ans, l’intérieur a toutes les raisons d’être conservé si Phoenix devient un prétendant légitime au titre dans les deux ou trois prochaines années mais, dans le cas contraire, la franchise a tout intérêt à le céder pendant que sa valeur marchande reste importante puisqu’il sera trop vieux pour aider l’équipe quand celle-ci sera fin prête pour viser le Graal.

De plus, le compétiteur a montré un individualisme forcené lors de sa friction avec Robin Lopez.

Sera-t-il un bon mentor pour un rookie voué à prendre sa place à terme ?

Acceptera-t-il le moment venu de redevenir un remplaçant, comme du temps de Dwight Howard à Orlando, derrière un 5ème choix de Draft dont on ne peut attendre moins qu’un niveau de titulaire ?

Les réponses à ces questions motiveront possiblement une modification, forcément imprévisible, du visage de la franchise.

Alex Oriakhi évoluera, pour sa part, au CSP Limoges la saison prochaine. Le puissant intérieur n’a probablement pas les épaules d’un titulaire en NBA. Sa capacité à s’intégrer dans les rotations s’écrit en pointillés puisque les places d’ailier en sortie de banc sont très convoitées comme le prouve la compétition entre les jumeaux Marcus et Markieff Morris ainsi que PJ Tucker. Sauf transfert, le 57ème choix de la Draft ne peut envisager son avenir en NBA avec sérénité.

Après une première saison dans les bas-fonds, les Suns entament une seconde année de reconstruction qui les situera certainement au même échelon de la hiérarchie de la NBA.

Pourtant, la formation n’est pas dénuée de jeunes talents et compte vraisemblablement déjà plusieurs des éléments-clés composant l’équipe compétitive qu’elle veut mettre en place d’ici plusieurs saisons.

L’exercice 2014 conservera donc un intérêt indéniable puisqu’il sera l’occasion de voir mûrir et s’affirmer les espoirs, joueurs majeurs de demain, en attendant l’arrivée d’un leader à la cérémonie qui se déroulera à la fin du mois de Juin 2014.

Vers une saison du rebond en 2014-2015 ?

 Les chances sont maigres tant la conférence Ouest gagne chaque intersaison en densité.

Cependant, l’arrivée de Ryan McDonough en tant que General Manager et ses premières décisions laissent à penser que les Suns n’attendront pas les calendes grecques pour retrouver la lumière.