Débats Sports

Derrière des trades clinquants, une draft judicieuse?

A l’issue d’une draft peu lisible, Débats Sports livre ses premiers bilans. Qu’elles aient cherché des apports immédiats ou suivi des logiques à long terme, les franchises ont plus ou moins réussi leur draft ». Deuxième volet d’une série dont notre draftologue a le secret avec les franchises dont la réussite de la draft ne pourra être jugée qu’à moyen terme.

Second épisode de cette nouvelle série avec les Detroit Pistons.

Detroit Pistons

La chaise de Joe Dumars, ancienne gloire des Pistons et actuel General Manager de la franchise semblait bien inconfortable en ce soir de Juin.

Après les paris réussis qui amenèrent Detroit à devenir une place forte de la ligue, et même à remporter le titre en 2004 contre toutes attentes, le bilan de la gestion du stratège s’est corsé, avec divers paris ratés (Allen Iverson, Ben Gordon, Charlie Villuaneva).

La déchéance ne fut pas éphémère, et la formation persiste depuis plusieurs années à faire figure de mauvais élève, tardant à retrouver sa grandeur d’antan.

Certainement agacés par la longue durée des travaux de reconstruction, les propriétaires ont décidé depuis quelques mois de chercher les responsables de l’indigence prolongée des résultats sportifs.

Le principal cerveau de la hiérarchie ne pouvait dès lors qu’être sur la sellette.

Trois éléments laissaient penser que la Draft 2013 de Joe Dumars serait singulière :

  • Le facteur risque, incontournable pour tout General Manager de la ligue
  • La personnalité du décisionnaire iconoclaste (Billups, les Wallace, Villuaneva)
  • La situation délicate de ce dernier

Malgré sa solide réputation, l’ex-arrière des Bad Boys a réussi à sortir une nouvelle carte de sa manche pour surprendre son monde.

Caractérisée par un manque criant de talent sur les postes arrières, la formation devait également renforcer un banc qui fit pâle figure lors des dernières campagnes.

Affalés devant leurs écrans, les fans de Détroit ont du se pincer bien fort pour croire au déroulement des événements.

Après 7 sélections d’équipes concurrentes, la star régionale demeurait disponible. Trey Burke, issu de la faculté de Michigan, finaliste malheureux lors de la dernière March Madness, tournoi universitaire de fin de saison, s’était de plus imposé aux yeux des spécialistes comme le meilleur joueur à son poste de toute la promotion.

La franchise devait de surcroit gérer le cas Brandon Knight. Arrivé dans la Ligue fin 2011, le combo guard n’avait pas pleinement réalisé la transition vers la mène, suscitant toujours des interrogations quant à la position qu’il devait occuper.

L’associer à un meneur de jeu, pour le reconsidérer comme second arrière, faisait donc sens. Le General Manager allait profiter de cette aubaine et choisir le jeune Trey Burke, c’était une évidence !

With the 8th pick of the 2013 NBA Draft, the Detroit Pistons select… Kentavious Caldwell-Pope from University of Georgia.

Un tel choix n’était pas dénué de sens tant la franchise souffrait d’un manque de puissance de feu de loin pour diversifier le jeu proposé.

Cependant, l’ajout d’un arrière shooteur mettait de nouveau sur le tapis les difficultés de Brandon Knight à organiser le jeu.  Quelques jours plus tard, l’organisation s’attachait les services de Josh Smith, coutumier du poste 4, mais qui sera amené à évoluer en tant que petit ailier.

Or, la lacune d’un tir à trois-points dans son jeu, comblé par les qualités d’artilleur du néo-drafté, l’oblige à ne pas trop s’éloigner du cercle, rendant la question de la création d’autant plus cruciale.

L’addition d’un général des parquets comme Chauncey Billups, légende en activité de Detroit, incitait à l’enthousiasme mais elle fut bientôt éclipsée par l’arrivée de Brandon Jennings en échange de Brandon Knight, entre autres.

En raison de son talent, et de son contrat, celui qui était considéré comme le meilleur prospect de sa classe d’âge en sortant du lycée débutera sans doute les rencontres mais le mystère reste entier quant à sa capacité à prendre en main le groupe.

Bourré de talent, Jennings avait tendance à monopoliser le ballon, à Milwaukee mais cette mauvaise habitude s’explique aussi partiellement par le manque de talent de son effectif.

La présence du mentor Billups l’aidera grandement à réussir la transition mais sa capacité à faire briller les autres ou non déteindra nécessairement sur les performances de Caldwell-Pope

Le second risque, bien moins important, concernait la sélection de Tony Mitchell avec le 37ème choix. A la surprise générale, l’athlète avait glissé jusqu’au premier tiers du second tour.

Naturellement doué d’un physique hors-norme et d’une certaine qualité de tir, l’ailier fort a suscité de nombreuses inquiétudes.

Evoluant dans une conférence peu relevée, Mitchell avait réalisé une première saison intéressante avant de voir toutes ses statistiques revues à la baisse lors du second exercice.  Ne pas dominer le jeu contre des adversaires faibles déprécie déjà grandement la réputation d’un espoir aux yeux des scouts mais le QI basket faible affiché par l’intéressé fit redoubler les doutes.

Troublé par des problèmes de changement d’entraineur, il apparaît que le prospect fut un des premiers éléments du vestiaire à baisser les bras et son implication sur le terrain a nettement laissé à désirer.

En dépit de ses facilités, Mitchell reste un pari, aisé à prendre avec un choix 37, tant peu de professionnels parviennent à progresser drastiquement sur le plan mental.

Enfin, avec une sélection tardive au second tour, Dumars s’est laissé tenter par le champion NCAA 2013 Peyton Siva. Le meneur de jeu ne possède pas le niveau d’un titulaire, et, compte-tenu de l’amélioration constante des basketteurs jouant à cette position, rien ne garantit qu’il excède un jour le rôle de 3ème meneur. Avec un choix si bas, jeter la pierre au décisionnaire relèverait de la plus complète mauvaise foi.

En résumé, le succès, ou l’échec, de la Draft des Detroit Pistons ne pourra être déterminé qu’à court ou moyen terme.

Kentavious Caldwell-Pope sera vraisemblablement propulsé dans le cinq majeur sans plus attendre. Après s’être démultiplié pour les besoins de son université de Georgia, l’arrière occupera l’an prochain un rôle relativement restreint.

Habituées à ne disposer d’aucun spécialiste du tir longue distance, les troupes de Detroit pourront compter sur son adresse à trois-points pour étirer le jeu…quitte à le réduire à cette fonction.

Cependant, de cette fameuse adresse dépendra certainement la victoire de la formation à plusieurs occasions.

Associé dans un premier temps aux gourmands Jennings, Smith, Monroe et Drummond parmi les titulaires, Caldwell-Pope pourrait dans un avenir plus lointain être décalé en 6ème homme pour prendre en charge de plus grandes responsabilités offensives, mais une telle promotion reste tributaire de son développement individuel, ainsi que de l’évolution de l’architecture de l’équipe dans les prochaines années.

La capacité de Tony Mitchell à atteindre son potentiel ne sera pas mise en évidence immédiatement, dans la mesure où son développement nécessite un travail de fond, notamment sur son approche mentale.

Les espoirs de le voir intégrer le second cinq de l’équipe pour y amener de l’énergie à l’intérieur sont permis mais il faudra attendre pour savoir si l’ailier suivra l’itinéraire de Josh Smith, ou celui d’Anthony Randolph.

S’il obtient du temps de jeu d’emblée, sa motivation sur le parquet, clé de la réussite de sa carrière, sera particulièrement scrutée.

Quant au cas de Peyton Siva, le meneur auréolé du titre NCAA avec les Louisville Cardinals se retrouve dans le même cas de figure que Ray McCallum aux Kings, à devoir attendre son heure, puisqu’il est actuellement barré par Brandon Jennings, Will Bynum et le revenant Chauncey Billups.

Bien que la Draft puisse sembler mineure dans l’intersaison de Pistons qui y ont enregistré les venues de Josh Smith, de Chauncey Billups et de Brandon Jennings, deux rookies 2013 vont assurément jouer des rôles-clés dans l’ascension des Pistons au sein de la hiérarchie de la NBA.

Seul le temps pourra pourtant déterminer à quel point ils seront en mesure de briller, et pour une raison simple.

En NBA comme dans la vie, tout est question d’opportunités.