Débats Sports

Coupe Davis : de l’équilibre de la finale

La République Tchèque a choisi. Ce sera sur dur, en indoor. Pas étonnant à cette époque de l’année de jouer en salle, et pas étonnant non plus de vouer une préférence à une surface rapide face aux espagnols. La dernière fois que les deux nations se sont rencontrées, ce fût en 2009, une nouvelle fois en finale, mais cette fois-ci en Espagne, sur dur, et pour une victoire sans appel (5-0) des partenaires de Nadal.

Premier principe du système de la Coupe, la rotation. Les ibères ayant accueilli la dernière confrontation face aux tchèques, il revient à ces derniers d’accueillir la finale. On ne peut objectivement pas remettre en cause ce principe, mais pour ce qui est du second on pourra être plus circonspect. La nation qui joue à domicile choisit en plus la surface. En plus de l’avantage de jouer à domicile, les locaux se retrouvent également à adopter leur surface de prédilection ou la surface où leurs adversaires seront les moins à l’aise.

On à l’habitude de dire que l’équipe évoluant à domicile mène déjà 1-0, mais dans le cas où elle a également l’avantage de la surface, le déséquilibre est total.

Parfois ce système est bénéfique. Sur les premiers tours, où des nations fortes se trouvent confrontées à des nations émergentes, ces dernières sont bien entendu remises sur un pied d’égalité. Mais le principe de la rotation casse cette réflexion. Tant et si bien que sur les quarts de finale, 7 des 8 nations engagées étaient des têtes de série. Seule l’Autriche a pu se défaire des griffes des russes, et cela en grande partie grâce au fait qu’elle jouait à domicile, sur une surface qu’elle a choisi. Mais qu’en sera-t-il lors du prochain affrontement lorsque les russes, qui recevront, choisiront la surface ?

Sur ce dernier exemple, le choix de la surface n’est pas déterminant, les deux équipes appréciant le jeu sur dur. Mais, outre la surface, ce choix a également un impact sur l’environnement. La France, évoluant à domicile, est sans doute plus à l’aise à Bercy, qu’au Country club de Roquerbrune où elle s’est inclinée cette saison face aux américains. Un autre exemple plus probant est celui de la finale de l’édition 2009 opposant la Serbie à la France. Le choix de la surface (dur indoor) n’a eu aucun impact mais la salle, étourdissante et chauffée à blanc, a probablement donné un avantage encore plus conséquent aux serbes.

Sur les dix dernières finales, seules 3 nations ont réussi à rattraper leur « retard », mais ces victoires sont relatives. Quand l’Espagne parvient à remporter le saladier en 2008 au détriment des argentins, ces derniers n’ont pas su tirer avantage du choix de la surface. Optant pour l’indoor à l’outdoor (alors qu’à cette époque de l’année dans l’hémisphère sud, il est tout à fait possible de jouer dehors) et le dur à la surface ocre, les argentins n’ont pas su perturber les habitudes des espagnols (privés de Nadal). Deuxième exemple à minorer, la victoire des croates en Slovaquie en décembre 2005. Eloignée de 400 kilomètres de la capitale croate, Bratislava n’offrait pas un avantage irrémédiable aux slovaques, au même titre que le choix de la surface.

Enfin l’exemple le plus convaincant est certainement la victoire russe à Bercy en 2002 (non Polo on ne t’en veut plus). Menés 2-1 après le double, les russes réussiront à ignorer l’ambiance survoltée de Bercy pour remporter les deux simples suivants. Malgré le désavantage de jouer à l’extérieur dans un environnement hostile, les russes ramèneront le saladier d’argent à Moscou.

Si le résultat final n’est pas entièrement déterminé par le choix de la surface et de l’environnement dans lequel la finale se déroulera, il y est trop fortement corrélé. En effet, les résultats de la dernière décennie démontre que le déterminant majeur de la victoire réside bien dans la capacité à choisir le lieu et la surface de la finale, plus encore que la distribution inégale des talents tennistiques individuels et collectifs. De telle sorte, qu’hormis le cinquième match d’une finale, la publication du calendrier est l’événement le plus dramatique de la quête du saladier d’argent. Et certainement le plus décisif.
La Coupe Davis, compétition collective que l’on peut remporter grâce aux exploits d’un seul homme, est suffisamment incongrue pour que l’on ne lui inflige pas le fardeau de ce privilège exorbitant de la nation qui reçoit.

Alors que certains des plus grands joueurs de l’histoire de ce jeu, tendent à se détourner de plus en plus de la Coupe Davis, il est urgent d’agir. Comme toute rupture avec des modes de fonctionnement bien établis notre proposition de réforme ne manquera pas de susciter les hostilités, ou l’ire des plus traditionnalistes.

La déconnexion du choix de la surface de celui du lieu d’organisation de la finale ne fait pas sens. En effet, quid des modalités d’organisation si l’équipe de France reçoit une nation qui aspire à jouer sur une surface (gazon) dont le pays est dépourvu, ou d’organiser la finale sur une surface classique mais dans un lieu saugrenu ? Ces quelques détails pourraient être résolus par un règlement de la Fédération Internationale de Tennis, mais l’on se méfie des idées qui sont déjà compliquées à expliquer.

La seule alternative viable, permettant de lier la victoire sportive au talent tennistique et non à une savante organisation logistique, réside dans l’organisation de la finale dans un lieu neutre prédéterminé en début de saison. Une telle solution présente a minima trois vertus :
– Elle permettrait une meilleure rotation des surfaces sur lesquelles doivent se dérouler les finales. A l’heure où l’ensemble des surfaces tendent à s’homogénéiser, il ne s’agit pas d’un détail.
– Elle autoriserait une meilleure rotation géographique des lieux d’organisation des rencontres de Coupe Davis.
– Et surtout elle autorise la réintroduction de l’aléa sportif dans la compétition

Qui aurait misé sur une victoire de la République Tchèque si Tomaz Berdych et ses amis n’avaient pas accueilli la précédente rencontre entre les deux nations?