Débats Sports

Cela s’est passé à Austin.

La découverte du tracé lors des essais libres de vendredi nous avait laissé songeurs. Ce tracé est certainement l’un des plus beaux de la saison. Au pays du Nascar roi, le jour même de la finale de la discipline, la Formule s’est certainement installée pour un cycle long à Austin. Le spectacle offert par les pilotes n’y est certainement pas étranger. Et les 117 000 âmes qui ont assisté à ce premier Grand Prix texan ne devraient pas se faire prier pour y revenir l’année prochaine.

S’il reste placé en toute fin de saison, avec un système de points récompensant de 25 unités le vainqueur d’un GP, le circuit des Amériques d’Austin a tous les atouts pour devenir un haut lieu du sport mécanique.

Red Bull perturbée par Lewis Hamilton, et un alternateur récalcitrant

Sa première édition restera dans les annales. Les Red Bull Racing sont allées chercher leur troisième titre de champion du monde des constructeurs consécutif et le suspens pour le titre de champion du monde des pilotes est à son comble.

Certes, Sebastian Vettel a consolidé son avance sur Fernando Alonso de 3 points, mais le nouvel abandon de son coéquipier Mark Webber sur un énième problème d’alternateur bien connu de l’écurie autrichienne a de quoi donner des sueurs froides au pilote allemand. En réalisant la pôle position, et en laissant Lewis Hamilton sur le mauvais côté de la piste, Vettel pensait certainement avoir fait le plus dur. Mais c’était sans compter sur la soif de succès de Lewis Hamilton qui s’apprête à quitter McLaren pour Mercedes qui n’a plus marqué le moindre point depuis le Grand Prix de Singapour.

Seul à pouvoir rivaliser avec le plus jeune double champion du monde de l’histoire lors des qualifications, le britannique a évolué à un rythme exceptionnel tout au long des 56 tours de piste du circuit des Amériques. Distancé au départ par Mark Webber, le pilote McLaren n’a attendu que le 4ème tours pour se défaire de la première Red Bull. Sebastian Vettel a été plus coriace mais a du s’avouer vaincu au 42ème passage. Bien aidé par l’utilisation du DRS, Lewis Hamilton a dépassé Vettel. Un dépassement serré mais sans bavure. L’allemand qui avait tout à perdre dans un mano a mano viril avec Hamilton se devait être prudent. Il l’a été et la supériorité de la McLaren a fait le reste.

Pour que le titre constructeur échappe aux Red Bull ce dimanche, la Scuderia devait reprendre 40 points à l’écurie autrichienne. L’abandon de Mark Webber dès le 17ème tour n’a donc pas eu de conséquence sur la quête du graal pour l’écurie. En revanche, il pourrait bien jouer un rôle significatif dans la lutte pour le titre de champion du monde des pilotes. En effet, suite à cette nouvelle défaillance de l’alternateur du moteur Renault qui a déjà coûté deux abandons à Sebastian Vettel (à Valence et à Monza), les Red Bull Racing ont décidé de monter un nouvel alternateur sur leurs monoplaces. Or l’introduction de nouvelles pièces présente toujours un risque supplémentaire au niveau de la fiabilité.  Cette fiabilité qui fait la force de la Scuderia cette saison.

Sebastian Vettel part du Texas avec une avance plus importante que celle avec laquelle il était arrivé aux Etats-Unis. Pour autant, la peur a changé de camp.

La Scuderia Ferrari : des tréfonds aux sommets

 La Scuderia aura mobilisé l’attention des observateurs lors de cette semaine à Austin. Le weekend des transalpins a commencé par des performances en essais libres décevantes là où Sebastian Vettel dominait outrageusement. Et les qualifications ne furent pas plus glorieuses pour les Ferrari. Fernando Alonso n’a pu réaliser mieux que le neuvième temps en Q3, laissant son coéquipier le devancer de près d’une demie seconde pour la seconde fois cette saison. Pire, le leader de la Scuderia accusait 1,6 secondes de retard sur son adversaire pour le titre.

Fernando Alonso synthétise à la perfection sa performance du weekend.

Ce fut un podium inattendu à la fin d’un week-end particulièrement difficile. Nous n’avions pas le rythme pour suivre Red Bull et McLaren, alors ne perdre que trois points à Vettel est en fait un beau cadeau

Pour être exact, Fernando Alonso n’a pas été dans le rythme tout au long du weekend. Son coéquipier Felipe Massa, en revanche a semblé plus performant que jamais sur le tracé Texan. Avec le rythme affiché en course, le brésilien aurait certainement pu jouer la victoire finale si son écurie n’avait pas décidé de briser les scellés sur la boîte de vitesse de sa monoplace afin de lui faire subir une pénalité de 5 places sur la grille qui avait pour mérite de faire gravir un échelon à Fernando Alonso seulement 8ème (après le déclassement de Romain Grosjean) mais surtout de permettre à l’espagnol de s’élancer du bon côté de la piste.

Si le choix de Ferrari est cruel pour Felipe Massa à qui l’on reproche de ne pas retrouver son niveau d’avant son accident à Budapest, et à qui on coupe l’herbe sous le pied dès qu’il a l’occasion de devancer son coéquipier au prétexte que ce dernier joue le titre de champion du monde des pilotes. Ce choix fut sur le bon sur le plan stratégique. Il suffit de jeter un œil aux changements de positions intervenus au départ entre les pilotes s’élançant du côté propre de la piste et ceux le faisant du côté sale pour s’en laisser convaincre.

Les pilotes s’élançant du côté sale de la piste ont perdu 15 positions, seul Maldonado a perdu des places en s’élançant du côté propre de la piste tandis que Fernando Alonso grignotait 4 positions. L’espagnol ne gagnera une place supplémentaire qu’au bénéfice de l’abandon de Mark Webber.

Avec seulement 13 points de retard sur le leader du championnat du monde des pilotes, Fernando Alonso a assuré l’essentiel : rester à portée de fusil de Sebastian Vettel afin de profiter d’une éventuelle défaillance du pilote allemand ou de sa monoplace dans le tumulte brésilien. Or le problème d’alternateur du moteur Renault qui affecte les monoplaces autrichiennes et les conditions météorologiques annoncées au Brésil plaident en faveur d’un scénario semé d’embuches pour le double tenant du titre. Et un Felipe Massa retrouvé pourrait bien être une menace supplémentaire pour le double champion du monde allemand.

De son côté le pilote  le natif des Asturies n’aura rien à perdre. Et dans la maison, on doit se souvenir que fort d’un retard de 17 points à deux GP du terme de la saison (à une époque où la victoire ne rapportait que 10 points à son auteur), un certain Kimi Raïkkönen est allé chercher le titre au nez et à la barbe des deux pilotes McLaren, Lewis Hamilton et…Fernando Alonso.

Les autres enjeux du Grand Prix d’Austin.

La lutte pour la dixième place au classement du championnat du monde des constructeurs n’aura pas connu d’évolution lors des 56 tours du circuit des Amériques. Les Marussia avaient devancé lors des essais qualificatifs les deux Caterham, elles mêmes devançant les deux HRT. En course aucune de ces six monoplaces n’a semblé en mesure de tenir le rythme et de décrocher une 12ème place salvatrice. Les Caterham ont une nouvelle fois dominé leurs concurrentes mais n’ont pu faire mieux que la 17ème place de Petrov.

On vous invitait lors de notre présentation de l’avant dernier Grand Prix de la saison à surveiller la performance de Michael Schumacher. Ce dernier signa le 6ème temps des qualifications avant de grimper à la cinquième place sur la grille à la suite de la pénalité infligée à Romain Grosjean. L’opportunité pour Mercedes de terminer dans les points ? Malheureusement pour le septuple champion du monde, non. Dès le départ, Schumacher n’a pas bénéficié de son positionnement du bon côté de la piste pour grignoter quelques positions. Il fut d’ailleurs un des rares pilotes à ne pas en bénéficier (la faute à Alonso). Pour cause sa voiture manquait déjà de grip. L’allemand a passé l’essentiel de son grand prix à lutter avec – contre ses gommes. Il termine à la 16ème place et Mercedes clôt son cinquième grand prix vierge consécutif. Mercedes est à portée de Sauber pour la 5ème place du championnat du monde des constructeurs.

Komui Kobayashi s’approche quant à lui un peu plus de la sortie. Parti 16ème sur la grille, il termine la course à la 14ème.position. Dans l’indifférence générale. Il ne lui reste plus qu’une cartouche pour se faire remarquer.

On aura donc assisté à un Grand Prix passionnant sur un tracé remarquable sans que l’issue de ce dernier n’empiète sur le suspens au championnat du monde. Certes, le titre des constructeurs a été décerné à Red Bull, mais le titre des pilotes est toujours aussi ouvert. L’avance de Vettel ne tient qu’à un…seul alternateur.

Au final on ne regrettera qu’une seule chose de ce Grand Prix d’Austin, l’absence du podium de Kimi Raïkkönen. On aurait apprécié voir la réaction d’Iceman lorsque que le chargé marketing de Pirelli lui aurait présenté le Stetson Pirelli à porter lors de la remise des trophées. On ne peut pas tout avoir…