Débats Sports

Carmelo Anthony à la croisée des chemins

 

Carmelo Anthony et les New York Knicks s’apprêtent à vivre une troisième saison d’affilée sans playoffs. Une descente aux enfers pour la superstar qui n’avait jamais raté la postseason lors de ses 10 premières saisons en NBA. Aujourd’hui, l’ailier ne fait plus l’unanimité à Big Apple, il divise les fans new-yorkais, et les avis divergent énormément à son sujet parmi les analystes de la balle orange.

Pourtant il y a trois ans les Knicks finissaient la saison régulière avec 54 victoires, Carmelo Anthony était au sommet de son art et échouait à la 3ème place du vote pour le MVP avant de s’incliner en 6 matchs face aux Indiana Pacers en demi-finale de conférence. Cette époque paraît désormais lointaine tant les choses ont changé. Phil Jackson est arrivé aux commandes de la franchise en février 2014 décidant de tout reconstruire : au final Carmelo Anthony est le seul rescapé de cette équipe des Knicks version 2012-2013. Free Agent lors de l’été 2014, Melo avait décidé de faire confiance au projet de Phil Jackson et a prolongé pour la modique somme de 120 millions sur 5 ans, soit un peu moins que le contrat maximum auquel il pouvait aspirer. Oui mais voilà, en deux saisons les Knicks ont déçu, et notamment la saison dernière où l’équipe a réalisé la pire saison de l’histoire de la franchise (17 victoires pour 65 défaites), exercice cauchemardesque pour tous les fans et également pour Carmelo Anthony qui a dû mettre un terme à sa saison après le All-Star Game pour se faire opérer du genou gauche.

Après un été mouvementé, tout le monde souhaitait oublier la saison passée et revoir les Knicks en Playoffs dès cette année. Si la première partie de saison a été prometteuse, la suite l’a été beaucoup moins. Carmelo Anthony a pris le blâme, que ce soit dans les médias ou de la part des fans pour cette saison difficile mais quelle est réellement sa part de responsabilité ?

Contrairement à beaucoup d’idées reçues, Carmelo Anthony n’effectue pas une mauvaise saison, elle est même satisfaisante dans l’ensemble. L’ailier a été capable de changer son jeu, et surtout certains aspects qui ont été fortement critiqués ces dernières années. Tout d’abord, il laisse beaucoup plus le jeu venir à lui, force beaucoup moins ses tirs et s’il y a bien une chose qu’on ne pas reprocher à Carmelo cette saison, c’est de ne pas avoir confiance en ses coéquipiers. Il n’est d’ailleurs pas étranger à l’éclosion prématurée de Kristaps Porzingis, les deux hommes ayant déjà une très bonne relation en dehors et sur le parquet. Melo tourne d’ailleurs à 4.2 passes de moyenne cette saison, son career-high. Selon basketball-reference.com, son USG% (Estimation du pourcentage de ballons touchés par un joueur lorsqu’il est sur le terrain) est le plus faible (29.8%) qu’il ait eu depuis la saison 2004-05, alors que son AST% (Estimation du pourcentage des paniers inscrits par l’équipe assistés par un joueur lorsque celui-ci est sur le terrain) est le plus élevé en carrière (21.9%). Enfin, Anthony ne prend « que » 18.2 tirs par match, son plus faible total depuis l’exercice 2004-05. Ajoutez à cela une défense bien plus active et vous pouvez constater que le joueur effectue une bonne saison, même s’il est en dessous de ses standards en terme de scoring (22 points/match), on ne va pas lui reprocher d’avoir une approche plus collective du jeu.

Comment expliquer alors les résultats décevants de l’équipe ? Tout d’abord Carmelo Anthony n’est pas LeBron James, ni même Chris Paul. Il n’est pas capable de gagner 50 matchs en saison régulière avec une armée de rôle players, et d’ensuite porter cette équipe en playoffs. Melo a réellement besoin d’aide sur le terrain, d’avoir un vrai lieutenant capable de le soulager, notamment au scoring. Dans ce domaine on peut dire qu’il n’a jamais été vraiment aidé depuis son arrivée à New York. Cette saison Arron Afflalo est bien trop irrégulier pour être une solide deuxième option, Porzingis a beau avoir dépassé les attentes il ne reste qu’un rookie, et Robin Lopez est un joueur bien trop limité offensivement pour endosser ce rôle à plein temps. Cependant, son duo avec le letton est plutôt efficace, comme nous le prouve ces statistiques :

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La plus grande satisfaction de la saison des Knicks, est de loin la relation Porzingis-Anthony. Les deux hommes ont montré une réelle complicité sur le terrain, et le rookie n’hésite pas à faire une sortie dans les médias quand il s’agit de faire comprendre à la star des Knicks qu’il ne veut pas le voir partir cet été :

« Evidemment que j’ai envie qu’il reste. On a besoin de lui, j’ai besoin de lui. Nous ne voulons pas le perdre. »

Voilà la question qui fait le plus parler du côté de New York depuis quelques semaines. Carmelo Anthony va t-il lever sa no-trade clause cet été ? Si on s’en tient aux propos du concerné, il n’en est pas question. Le joueur se dit attaché à la franchise, et suite à une discussion avec Phil Jackson lors du road-trip récent, il s’est dit satisfait du projet du Zen Master. Cependant, son body language et certaines déclarations du joueur après des défaites peuvent faire penser le contraire. Nous avons tous vu la photo de Carmelo Anthony seul sur le banc des Knicks pendant un temps-mort lors de l’énorme défaite des Knicks face aux Warriors. Ce genre de photo prise pendant les matchs prête toujours à plusieurs interprétations, mais une chose est sûre, Carmelo Anthony en a marre de perdre et il est actuellement très frustré. A bientôt 32 ans, l’ailier n’a disputé qu’une seule finale de conférence, connu beaucoup de déceptions en playoffs, et ne souhaite pas faire partie d’un processus de reconstruction, il veut gagner, et maintenant.

Mais alors que doivent faire les Knicks ? Ne serait-ce pas mieux pour les deux parties de se séparer cet été ? Carmelo Anthony pourrait aller chez un contender, pendant que les Knicks partiraient sur une construction de moyen/long-terme avec Kristaps Porzingis en franchise player. Ce scénario est une possibilité, mais il n’est pas certain qu’il s’agisse de la bonne solution pour la franchise. Tout d’abord, comme mentionné plus haut, Melo est très important pour le développement de Porzingis, on peut même dire qu’il l’accélère. Le letton a beaucoup moins de pression sur les épaules lorsque l’ailier est sur le terrain, et l’attention que génère Anthony médiatiquement le protège également. Le rookie apprend vite au côté de son mentor, et c’est un point à ne pas négliger. Les Knicks ont aussi montré beaucoup de difficultés sans leur superstar cette saison. Lorsque ce dernier était absent, l’équipe a un bilan de 0-9, et ce n’est pas un hasard si la meilleure et pire période de l’équipe coïncident avec celles du joueur. Lorsque les Knicks enchaînaient les victoires début janvier, Carmelo Anthony était à l’apogée de sa saison. Lors des victoires à Miami, Atlanta, face à Milwaukee et Boston, et même lors de la courte défaite à San Antonio, il a fait jouer tout le monde frôlant à plusieurs reprises le triple double.

La chute de l’équipe après cette période, débouchant d’ailleurs sur le licenciement de Derek Fisher, a lieu lorsque Melo est de nouveau confronté à ses problèmes de blessures. Carmelo Anthony donne un sens à cette équipe, mais pas suffisamment pour accrocher les playoffs. Au final les Knicks se trouvent dans une situation très délicate, ils ne sont pas assez forts pour décrocher leur ticket pour les playoffs, mais pas assez mauvais pour être dans les profondeurs du classement et décrocher un bon pick (encore faudrait-il ne pas les échanger), et ce en grande partie « à cause » de Anthony, qui permet aux Knicks de battre les équipes plus faibles qu’eux, en général.

C’est dans cette optique que la thèse du trade se défend complètement. Nous avons rarement vu une équipe passer du statut de non-playoffables à contender d’une année à l’autre (les Cavaliers sont le parfait contre-exemple mais LeBron James ne viendra pas à New York). Les Knicks ne joueront pas le titre ces prochaines années, même si dans le meilleur des cas Mike Conley arrive à New York et été. L’équipe retrouvera certainement les Playoffs grâce à ses qualités mais ne sera pas un réel prétendant aux Finals NBA. Or, Carmelo Anthony ne veut pas aller en demi-finale de conférence, il veut gagner le titre. A ce stade de sa carrière, il n’a plus de temps à perdre, et pourrait donc décider de quitter le navire new-yorkais pour rejoindre une équipe qui joue le titre, mais encore une fois ce n’est pas si facile que ça. Possédant une no-trade clause, le joueur possède un privilège rare en NBA : il possède un droit de véto sur chaque trade le concernant. Cette clause fait dire à des journalistes comme Adrian Wojnarowski que Carmelo Anthony « contrôle » New York plus que Phil Jackson. En effet, il possède énormément de pouvoir grâce à ça, il n’hésite d’ailleurs pas à envoyer des messages subliminaux au front office via les médias, faisant comprendre que si l’équipe ne signait pas de gros free agents cet été, il pourrait envisager de partir.

Dans l’hypothèse où Carmelo Anthony déciderait de lever cette clause, les maux de tête ne feront que commencer pour Phil Jackson. Il faudra trouver une destination voulue par le joueur, et on se doute qu’elles seront peu nombreuses pour plusieurs raisons. Tout d’abord, Melo veut gagner mais quel contender serait prêt à bouleverser son équilibre pour s’attacher les services de la superstar ? Car si Anthony est un All-Star en puissance, ce n’est pas un joueur facile à intégrer dans un collectif. Deuxièmement, un joueur de 32 ans qui a des problèmes de blessures, ce n’est jamais bon signe. Opéré la saison passée au genou gauche, Melo a rechuté mi-janvier et ses petits pépins physiques ont fortement altéré sa régularité et son taux de réussite au shoot. Enfin, avec sa no-trade clause il faudra transférer Anthony dans une équipe qui lui plaît, et on en voit très peu. Peut-être les Clippers, les Cavaliers ou le Heat mais est-ce que ces équipes seront intéressées par l’ailier, là est la vraie question. Sans oublier qu’il est toujours difficile de récupérer l’équivalence d’une superstar en assets dans un trade. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le salaire du joueur ne devrait pas être un problème pour un possible échange. Le salary cap augmentant cet été, beaucoup d’équipes auront la place pour accueillir un salaire comme celui-ci. Trader Carmelo Anthony pourquoi pas, mais de la bonne manière, et c’est là toute la difficulté.

Le feuilleton Carmelo Anthony est loin d’être fini à New York, on en saura certainement plus cet été mais en attendant une chose est sûre : qu’importe la décision du joueur quant à son avenir dans la grande ligue, il devra s’y tenir. Pour le meilleur et pour le pire.

Article rédigé par Antoine (@Hantwane_) de @Knicksfr