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Atlanta, une année pour rien ?

Intervenant régulier sur Débats Sports, Anthony Dubourg commet un nouvel article sur l’actu NBA. Draftologue confirmé, Anthony nous livre son analyse sur les plans de Danny Ferry pour les Hawks. 

C’est le  fait majeur de l’intersaison NBA en Géorgie : Joe Johnson, franchise player de son Etat, a fait l’objet d’un échange l’envoyant aux Brooklyn Nets contre un ensemble de joueurs de talent inégal. Mais il faut veiller à ne pas en éclipser un autre, qui le précède et le surdétermine.

L’arrivée de Danny Ferry

La carrière du nouveau General Manager est difficile à juger. Officiant précédemment dans l’Ohio, sous l’ère Lebron James, il fut incapable d’offrir au Chosen One une équipe pouvant viser le titre, la qualification aux Finals 2007 n’étant qu’un accident de parcours, du à une performance époustouflante de son ailier star contre Detroit. Il suffit d’ailleurs de jeter un œil à l’effectif d’alors pour s’en convaincre.

Dans le même temps, il fit venir des joueurs, tels que Mo Williams ou Antawn Jamison, qui, à défaut d’être des lieutenants dignes de ce nom, contribuèrent à un impressionnant record victoires-défaites de quand Ferry était aux commandes de la franchise. En outre il a occupé au sein de la maison Spurs, qui n’est pas réputée pour sa mauvaise gestion, des postes à responsabilités avant et après la période Cleveland.

En définitive, entre incompétence et trop faible attractivité de la ville de Cleveland et d’une franchise sportive sans succès majeur, il est difficile de trancher quant à la cause du semi-échec de l’ancienne gâchette.

Ce qui est certain en revanche, c’est que la tête pensante est venue avec un plan. Fraichement débarqué, il n’a pas tardé à marquer l’effectif de son empreinte. Où l’on en revient au blockbuster trade.

De quoi le transfert de Joe Johnson est-il le nom ?

« Iso Joe ». Le surnom de l’arrière est déjà révélateur de l’identité que possédait l’équipe avant cet été 2012. Se reposant uniquement, ou presque, sur l’isolation, la franchise se reposait ainsi sur la qualité intrinsèque de ses joueurs, et leur capacité à dominer leur adversaire en 1 contre 1. Stéréotypé, le jeu proposé par les Hawks a montré ses limites à de multiples reprises, n’atteignant jamais les finales de conférence. Responsable de ces ratés répétés, Johnson l’est aussi par ses absences en playoffs, qui lui valurent d’être considéré par les mauvaises langues dans la catégorie, théorisée par Reggie Miller, des « choke artists », c’est-à-dire des joueurs qui craquent dans les matchs à enjeux (ou dans les fins de matchs).

En se séparant de son franchise player, le GM a, de fait, profondément modifié le jeu même de son équipe. Alors que l’attaque était généralement initiée par Joe Johnson, dribbleur de haut vol, les playoffs 2012 laissaient déjà entrevoir la prise de pouvoir de Josh Smith, prenant la balle en tête de raquette pour faire la différence seul. En effectuant ce mouvement, Ferry achève, de manière irrévocable, la transition du déplacement de la primauté du jeu de l’extérieur vers l’intérieur et donne les clés de la franchise à son duo d’intérieurs Horford-Smith.

Parmi les joueurs obtenus, tous dotés de contrats expirants, on compte deux spécialistes du tir longue distance en les personnes de Deshawn Stevenson et Anthony Morrow.

Le General Manager ne s’est pas arrêté en si bon chemin puisqu’il a signé Kyle Korver, en provenance de Chicago, l’agent libre Anthony Tolliver et le rookie John Jenkins, trois joueurs habitués à séjourner derrière la ligne blanche.

Se dessine derrière ces décisions la structure d’une équipe se reposant sur une présence dans la raquette imposante et jouant l’alternance intérieur-extérieur avec son armada de shooteurs à trois points.

L’acquisition du 6ème homme de luxe et attaquant complet Lou Williams via la Free Agency, ainsi que celle du supersonique Devin Harris, adepte des pénétrations, rendent l’appareil offensif moins prévisible et l’animent.

En résumé, il s’agit de la mise en œuvre d’une philosophie nouvelle et bien éloignée de la précédente. Mais encore faut-il que l’ensemble de l’effectif adhère à cette identité de jeu et se l’approprie, à l’image d’un Josh Smith jouant un peu trop souvent le 1 contre 3 dans la raquette au lieu de faire vivre la balle lors du premier match de la saison.

Construction de fortune ou construction durable ?

Les plus fins spécialistes auront reconnu dans la description d’équipe précédente un modèle qui a déjà fonctionné au point d’accéder aux Finals, voire plus.

Un collectif fondé sur la présence d’un pivot dominant et idéalement bon passeur, éventuellement épaulé d’un ailier fort dans la raquette, entourée de shooteurs extérieurs, rappellera, selon les époques, l’ADN des Houston Rockets d’Hakeem Olajuwon de 1994 et 1995, celui du Magic d’Orlando de Shaquille O’Neal en 1995 ou encore celui du Magic 2009 de…Dwight Howard.

Alors que le Dwightmare est encore dans toutes les mémoires, il est de notoriété publique que l’organisation de sa désormais ex-franchise reçut des coups de téléphone émis de Géorgie cet été. Comptant dans ses rangs Josh Smith, ami d’enfance du géant de Californie, dont elle attend sûrement un lobbying intensif, Atlanta, dont la masse salariale permettrait une telle signature, se prend à rêver que le meilleur pivot de la ligue se prenne les pieds dans le tapis rouge hollywoodien et décide d’aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs.

Le plan de Danny Ferry souffre cependant de trois lacunes béantes qu’il lui faudra combler pour espérer attirer dans ses filets le meilleur pivot de la ligue.

D’une part, un ou deux joueurs majeurs jouant en périphérie sont indispensables pour nourrir de grandes ambitions. Si ces basketteurs s’appelèrent naguère Maxwell, Scott, Hardaway, Turkoglu ou Lewis, les faucons voient en Jeff Teague l’attaquant d’impact alliant pénétrations, création et adresse dont  ils ont besoin. Mais, quand bien même le meneur déçoive dans ce rôle, ils gardent l’opportunité de s’en procurer un sur le marché des agents libres, en complément de l’excellent Lou Williams, ou via le trade d’un Al Horford.

D’autre part, une fois le squelette offensif de l’équipe défini, il reste à s’assurer d’être en mesure de contenir la puissance de feu adverse. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les défenseurs extérieurs d’élite ne sont pas légion dans l’effectif, à l’exception du toujours valeureux, et bavard…, Stevenson.

Surtout, nous l’avons dit, la direction va devoir se reposer sur celui qui l’incarne depuis 8 ans : Josh Smith. Compte tenu de la faible attractivité sportive et économique d’Atlanta, et plus encore quand on la compare à celle de Los Angeles, un lobbying appuyé de J-Smoove ne serait sûrement pas de trop pour aider les têtes pensantes des Hawks dans leur entreprise.

Et c’est là que le bât blesse. L’ailier-fort, qui est désormais entré dans nombre de top 10 all-time de la franchise, a certes salué l’intersaison de Danny Ferry mais n’a donné aucune assurance quant à son avenir alors que son contrat arrive à échéance à la fin de saison.

Entre la perspective de jouer le titre avec une équipe prestigieuse, la fidélité à son club de toujours, et le manque de reconnaissance pour cet eternel oublié du All Star Game, le cœur de Josh Smith balance surement…et le plan de Danny Ferry avec.

Au-delà de l’accumulation de shooteurs, l’intersaison passée répond à une autre logique que celle du jeu en lui-même : la flexibilité. En effet, l’immense majorité des contrats signés cet été arrivent à échéance à la fin de l’année. Pour rendre la situation salariale encore plus lisible, il faut noter que seuls cinq membres de l’effectif seront contractuellement liés aux Hawks l’an prochain : Al Horford, Lou Williams, Jeff Teague, Ivan Johnson et John Jenkins.

Soit cinq joueurs aux profils utiles à toute équipe et dont seul le rookie, dernier cité, présente la particularité d’être un shooteur pur.

Cependant, Atlanta tient en Dallas un féroce rival. Disposant de l’espace dans sa masse salariale, l’organisation texane pourra faire valoir à Howard et à Smith la présence d’un Hall-of-Famer proche de la retraite qui aime s’écarter du cercle en Dirk Nowitzky et ainsi ravir à Danny Ferry sa paire rêvée d’intérieurs dominants, tout deux natifs de Géorgie de surcroit.

Mais, il ne faut pas se perdre dans des calculs d’apothicaire, le principal obstacle à l’achèvement de son plan demeure la franchise de Magic Johnson puisqu’il faudrait une faillite sportive totale des hommes du récemment engagé Mike D’Antoni, ainsi que des problèmes de vestiaire importants, pour décider Howard à plier bagages. Il pourrait y être rejoint par Josh Smith, tenté par l’aventure hollywoodienne, si ce dernier ne conçoit pas la suite de sa carrière sans le pivot. Un Josh Smith, dont le nom revient en outre régulièrement dans des rumeurs de transferts contre Pau Gasol, ailier fort des Lakers, depuis plusieurs mois…

Deux scénarii se profilent à l’horizon du GM : Soit la signature de D12, ou l’échec du General Manager dans son entreprise de séduction.

Le premier se distingue par une grande clarté. Scénario idyllique, Dwight Howard revient dans sa ville natale et forme la raquette la plus fermée avec son ami d’enfance, convaincu de resigner, pour tenter de ramener le Naismith Trophy en Géorgie.

Dépendants de sa réussite à trois points mais capable, après un transfert d’Al Horford contre un joueur extérieur majeur, de rivaliser avec les plus grosses cylindrées et de viser le titre, les faucons auraient alors fière allure.

Le second est bien plus flou. Les Hawks abordent l’intersaison 2013-2014 avec les poches pleines de billets verts mais seulement cinq joueurs sous contrat. Les possibilités sont alors multiples.

Tout d’abord, ils peuvent tenter de signer une des stars disponibles sur le marché des agents libres. Problème, ces dernières cherchent une équipe ambitieuse qui vise le titre, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’Atlanta ne correspondrait alors pas à cette description.

Reste alors l’option de signer un joueur soucieux de prouver sa valeur mais qui ne dispose pas du temps de jeu nécessaire dans une franchise compétitive. Mais il subsiste alors le risque que l’intéressé s’avère ne pas avoir les épaules suffisantes pour assumer les premiers rôles et plomber ainsi les finances de l’équipe.

Les exemples récents sont nombreux avec les cas Omer Asik et Jeremy Lin mais aussi de James Harden, bien que celui-ci ne soit pas passé par la free-agency pour changer de cadre de vie, la faute à un General Manager prévoyant.

Il ne faut pas oublier que les conséquences peuvent être désastreuses. Investir des sommes monstrueuses sur des joueurs, c’est les désigner comme des joueurs majeurs, et pour peu qu’on s’en soit laissé compter par l’agent d’un Ben Gordon ou d’un Charlie Villanueva…

Il convient de noter que c’est la voie prise par l’organisation il y a sept ans qui avait fait venir le 6ème homme de la machine de guerre des Phoenix Suns pour en faire la pierre angulaire de leur équipe. Un certain Joe Johnson…

L’autre hypothèse qu’il est possible de formuler est la signature de dix joueurs moyens afin de constituer un groupe médiocre qui visera les premières places de la Draft. Autrement dit, on assisterait à la première étape d’un rebuilding au long terme passant par cette grande messe annuelle. Si la logique est poussée jusqu’au bout, un transfert d’Al Horford, joueur d’impact s’il en est, contre un, ou plusieurs, choix de draft haut(s) placé(s) reste dans le domaine du possible.

Enfin, Danny Ferry peut proposer un gros contrat à son franchise player, Josh Smith. Mais encore faut-il que ce dernier n’ait pas d’envies d’ailleurs…et qu’il soit toujours dans l’effectif au début de l’été!

Sportivement parlant, la saison des faucons s’annonce comme une année de transition, en attendant l’été, conclue, comme à l’accoutumée, par une élimination au premier tour des playoffs. A moins qu’un Josh Smith, qui aurait exprimé à sa direction ses velléités de départ, ne vienne obliger Danny Ferry à enclencher le plan BEt à se contenter de Pau Gasol ?