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Le parcours des Cavaliers, la légende de James et les leçons à en tirer

Après de vaillants efforts, les Cavaliers se sont finalement inclinés 4-2 face aux Warriors en finale NBA. Ils ont connu de nombreuses épreuves au cours de cette saison qui n’ont pas rendu leur tâche facile et qui rend leur saison d’autant plus admirable, mais il s’agit tout de même d’une fin de saison douloureuse pour l’équipe de David Blatt.

« Si j’avais dit aux gars dans le vestiaire il y a six mois qu’on en serait ici aujourd’hui, ils ne l’auraient pas cru » disait LeBron James après le premier match des finales 2015.

« Toutes les histoires n’ont pas forcément une belle fin. Cela ne veut pas dire qu’il s’agissait d’une mauvaise histoire. » déclare David Blatt après la quatrième et ultime défaite de son groupe.

En effet, il était difficile d’envisager un tel scénario en janvier dernier lorsque Timofey Mozgov débarquait tout juste de Denver. Les Cavaliers présentaient un bilan de 19 victoires pour 20 défaites et semblaient rater tout ce qu’ils tentaient d’entreprendre pour redresser la barre.

Les diverses expériences incluant celle de Dion Waiters ont poussé le GM David Griffin à effectuer plusieurs changements au sein de sa franchise. Des changements qu’il a effectué avec réussite, puisque son travail leur a permis d’aller jusqu’aux finales NBA, alors qu’ils se dirigaient droit vers le mur six mois plus tôt.

Depuis son arrivée en mars 2014, Griffin n’a cessé de répéter qu’il souhaitait voir des joueurs « complémentaires » intégrer son effectif. Timofey Mozgov est complémentaire de Kevin Love. Il protége le panier grâce à sa taille imposante et profite de ses qualités athlétiques pour suivre ses coéquipiers en contre attaque, deux choses qu’ils ne possédaient pas avec Anderson Varejao et Tristan Thompson.

J.R. Smith et Iman Shumpert sont complémentaires de LeBron James. Ils défendent avec énergie, possèdent un tir extérieur qui espace le terrain et sont capables de scorer si besoin. Waiters, lui, était bien trop inefficace et mauvais défenseur pour tenir sa place dans le cinq majeur. Essentiellement, ces trois recrues s’en tiennent à leurs rôles et complémentent les autres pièces principales de l’effectif.

Un mois après ces échanges, les Cavaliers se baladaient face à leurs adversaires et semblaient de plus en plus menaçants après chaque victoire. Love trouvait ses shoots, Kyrie Irving continuait de dérouler, Mozgov, Smith et Shumpert s’adaptaient parfaitement aux rôles de troisièmes couteaux. David Blatt parvenait enfin à mettre en place le système qu’il souhaitait voir et pouvait penser aux Playoffs avec sérénité.

Cinq mois plus tard, Blatt a dû faire une croix sur ces schémas de jeu. Il s’est retrouvé à coacher les restes d’une équipe qui l’a amené jusqu’en Playoffs, ainsi que LeBron James, désormais esseulé.

Le plan de jeu du coach s’est adapté à chaque adversaire. Contre les Bulls, il a fait confiance à Tristan Thompson et Timofey Mozgov, ses deux seuls intérieurs connaissant le système, pour contenir le duo international de Chicago. LeBron James a pu compter sur ses coéquipiers pour élever leur niveau de jeu face à une opposition légèrement décevante.

Face aux Hawks, les Cavaliers étaient également donnés perdants. Pas assez défensifs, trop affectés par les blessures, jamais ils n’auraient pu sortir vainqueurs d’une série aussi longue… Quelques matchs plus tard, David Blatt faisait totalement disparaitre le duo jusqu’ici très performant d’Atlanta à l’intérieur. Il avait transformé le collectif des Hawks en une caricature de lui-même.

A ce stade de la compétition, David Blatt a déjà éliminé trois hommes placés devant lui au vote du meilleur coach de l’année en NBA : Brad Stevens, Tom Thibodeau et Mike Budenholzer (COY). Il révolutionne le style de son équipe en passant par la base de chaque équipe : une défense solide.

Seulement cette stratégie possède ses limites. On en parlait il y a une semaine avec l’aide de statistiques avancées (ici). Sur la durée, ce style de jeu épuise l’équipe qui l’utilise et en particulier le joueur au centre, en l’occurrence, LeBron James.

« Ce serait compliqué de jouer 82 matchs ainsi. On tirerait sur la corde avec LeBron, c’est certain. » déclare Mike Miller à ce sujet.

« Est-ce que ça peut durer ? Non. Et on ne veut pas que cela dure. Je ne sais même pas si ça peut durer sur l’ensemble de la série. » ajoute coach Blatt avant le Game 4.

C’est exactement ce qu’il s’est passé lors de ces finales. Malgré ses moyennes statistiques impressionnantes (stats), LeBron James a souffert dans cette série. Sans véritablement en avoir le choix, les Cavaliers en ont trop demandé de James. Possession après possession, il devait conduire le ballon à travers la meilleure défense de la ligue pour ne créer ce qu’il jugeait être de bons tirs. Eventuellement, les Warriors ont su maîtriser cette stratégie.

Pour James, c’était une évidence, les Cavaliers n’avaient simplement plus assez de talent :

« Nous avons épuisé notre réserve de talent. »

« Il faut savoir bien jouer au bon moment. Il faut aussi avoir de la chance. Nous étions sur de bonnes performances, mais nous n’avons pas eu de chance et nous avons subi des blessures. »

La tâche de James n’a pas été facilité par la rééaparition de Andre Iguodala, nommé MVP des Finales, qui s’est personnellement occupé d’épuiser James. On ne parle pas de stopper une force monstrueuse, car LeBron James a tout de même fini la série à 36 points de moyenne par match, mais plutôt de l’épuiser et de réduire son influence sur ses coéquipiers. C’est ce que les Warriors ont fait en prouvant au passage une vérité qui semblait s’effacer des esprits des fans et autres analystes.

James a besoin d’un créateur supplémentaire de la trempe de Irving à ses côtés. Il a besoin d’un ailier fort capable de s’écarter et d’apporter sa touche offensive à l’intérieur. Il s’agissait des fondements de l’attaque de Cleveland cette saison. Le fait que LeBron dicte le rythme du jeu de Cleveland et qu’il orchestre quasiment tout autour de lui ne suffit pas. Il lui faut des joueurs multidimensionnels à ses côtés pour réussir.

« L’organisation de cette équipe est claire. Pour être aussi bon que possible, il faut donner le ballon à LeBron autant de fois possible. Mais il faut également être très vigilant aux joueurs qui disposent du ballon lorsqu’il ne l’a pas. » observe David Griffin à ce sujet.

C’est notamment pour cela que la performance de James en Playoffs cette année reste impressionnante. Enlevez lui Love, et il s’en va éliminer les redoutables Bulls au second tour, construits de base pour rivaliser avec son équipe. Enlevez lui Irving, et il démolit les Hawks en finale de conférence, meilleure équipe de la conférence Est au cours de la saison régulière. Mettez lui Matthew Dellavedova comme arme extérieure principale, et il passe tout près du 3-0 en finale NBA face à la meilleure équipe de la ligue.

James a continué d’écrire sa légende, sans se précoccuper de ce que prédisaient les autres. C’est ainsi qu’il a toujours fonctionné et c’est ce qui l’a conduit jusqu’ici. Il a protégé ses coéquipiers tout au long de cette campagne, en prenant soin de compenser chaque perte subie par son équipe. Pourtant, certains seront capables de réduire son oeuvre à un simple bilan. Celui de sa réussite en finale NBA : 2-4.

En 2007, fort de ses quatre années d’expérience dans la ligue, LeBron James porte ses Cavaliers en finale NBA pour affronter les Spurs. Le sweep ne fait que refléter la différence de niveau entre les deux équipes, mais montre également que James est humain. Il ne peut compenser infiniment le faible niveau de ses coéquipiers. Surtout pas face à la meilleure équipe du moment, coachée par une légende vivante du sport.

En 2011, il s’agissait simplement d’une mauvaise prestation. Mauvaise communication avec les médias, mauvaise image publique, mauvaises performances. Il a coulé avec son navire face à une équipe des Mavericks pleine de motivation et d’envie. Pour une première année dans un nouveau système, il y a pire qu’une finale NBA (cela semble familier, n’est-ce pas).

En 2014, il fait de nouveau face aux Spurs mais en ayant cette fois-ci réalisé le doublé avec le Miami Heat. Double champion, double MVP des Finales, James a de quoi se défendre. Mais une fois de plus, il tombe face à meilleur que lui. La fluidité du jeu offensif et la complémentarité des Spurs en fait une équipe dont on se souviendra encore longtemps.

Cette année, il tombe face à une nouvelle équipe dominante. Face aux Warriors et sans deux All-Stars, James fait tout pour rivaliser mais au final, ses seuls exploits ne seront pas suffisants. On peut féliciter son équipe, infiniment meilleure que celle de 2007 et bien plus complémentaire. Ils avaient toutes les raisons du monde de se faire vulgairement sweeper, comme en 2007. Mais ce ne fût pas le cas.

Ils se sont battus. Ils ont suivi l’exemple d’un leader exemplaire en la personne de LeBron James. Plus qu’un joueur d’exception, James est également une personne qui donne envie de se lancer dans l’aventure avec lui. Il a pris J.R. Smith sous son aile et il a fait grandir Tristan Thompson. Grâce à lui, Timofey Mozgov s’est épanoui dans ces finales NBA avec des moyennes de 14.0 points, 7.5 rebonds et 1.5 contres par match (55.1% au tir, 75.0% aux lancers sur 6.7 tentatives).

Si nous ne sommes plus capables d’apprécier le fait qu’un joueur hisse une équipe aussi démunie aussi loin, tout en alignant des statistiques dignes de celles des meilleures saisons de Oscar Robertson, nous devrions sévèrement revisiter nos standards. Simplement comparer le bilan de James à celui de Michael Jordan ne suffit pas.

Cela étant dit, nous ne sommes pas ici pour nous attarder sur des possibles scénarios ou des comparaisons futiles. Nous parlons de ce que les Cavaliers ont accompli au cours de leur première expérience en Playoffs depuis le retour de leur numéro 23. Ils ont renversé la conférence Est. Ils se sont découvert une identité en tant qu’équipe défensive en faisant face à toutes ces blessures. Ils ont réalisé que cette saison supposée « transitoire » leur servira pour l’année prochaine.

Car la saison prochaine, en supposant que le même effectif revienne au complet, les Cavaliers seront l’équipe à craindre en NBA. Ils ont leurs bases en attaque, ils ont leurs bases en défense. Le coaching staff est à l’aise avec son environnement, les joueurs connaissent leurs rôles. L’équipe est en place pour de nouveau attaquer ses adversaires.

En attendant, LeBron James et compagnie profiteront de l’été pour se remettre de leurs diverses blessures. Outre les différents rapports de blessure publiés au cours des Playoffs, il ne fait aucun doute que les joueurs ont accumulé diverses pépins physiques nécessitant des soins attentifs.

Le résultat de la malchance aura coûté ses chances de titre à Cleveland (pour changer). C’est regrettable mais il s’agit peut-être d’un mal pour un bien. Les Warriors ont été dominant tout au long de cette saison. Offensivement comme défensivement, ils ont su maîtriser leurs adversaires.

Le fait que des Cavaliers aussi démunis se soient mobilisés pour sortir la meilleure défense que l’on ait vu jusqu’à présent face aux hommes de Steve Kerr est remarquable. Ils ont fait douter les favoris pendant l’espace de trois matchs en imposant un jeu lent et défensif qui a étouffé les Warriors.

Ce sont des bases sur lesquelles les Cavaliers pourront construire dès le début de la saison prochaine.

L’attente est déjà insoutenable.

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